Ligne minière Est et port phosphatier : Djellaoui met la pression
Le ministre des Travaux publics et des Infrastructures de base, Abdelkader Djellaoui, a entamé samedi une tournée de trois jours dans l’Est du pays, entre Annaba, El Tarf, Guelma, Souk Ahras et Tébessa, pour inspecter l’avancement de la ligne ferroviaire minière Est et du port phosphatier d’Annaba, deux infrastructures piliers du Projet phosphate intégré (PPI).
Une visite marquée par des inspections nocturnes et qui intervient trois jours seulement après la signature, mercredi, des contrats EPC confiés à l’italien Saipem et au chinois CHEC pour la réalisation des unités de transformation et des installations portuaires du même projet. Première étape de cette tournée, le port phosphatier d’Annaba, où le ministre, accompagné du wali Abdelkrim Lamouri, s’est penché sur l’état d’avancement des travaux d’extension, en particulier la construction du futur quai minéralier. Sur les 1 332 pieux prévus, plus de 680 ont déjà été enfoncés, tandis que les travaux du mur du quai et de remblaiement de la plateforme se poursuivent. Depuis le 15 juin dernier, environ 1,2 million de m3 de sable marin ont été remblayés au moyen d’une drague spécialisée. Le ministre a également suivi la pose des poutres en béton armé, les préparatifs pour les dalles préfabriquées destinées à la superstructure du quai, ainsi que la mise en place, par la société Meditram à l’aide du navire « Illizi », de blocs de béton préfabriqués renforçant la digue contre l’action des vagues. Il s’est aussi intéressé à la technique des puits verticaux préfabriqués (PVD), utilisée pour accélérer la consolidation des sols compressibles et renforcer leur capacité portante. Sur le chantier du brise-lames, un nouveau front a été ouvert pour acheminer pierres et roches directement par camions, dans l’objectif d’accroître la cadence.
Intensifier le suivi sur le terrain
Le ministre a demandé aux entreprises engagées « d’intensifier le suivi sur le terrain » et de « renforcer la coordination permanente entre les différents intervenants afin de garantir l’achèvement des différents travaux dans les délais fixés ». La tournée s’est poursuivie sur le tracé de la ligne minière Est, longue de 422 km et destinée à relier le port d’Annaba au gisement de phosphate de Bled El Hadba, dans la wilaya de Tébessa. À El Hadjar, Djellaoui a mis en service l’ouvrage supérieur du PK 10, qui supprime un passage à niveau et doit améliorer la sécurité routière et la fluidité de la circulation. À Chihani, dans la wilaya d’El Tarf, il a inspecté le tunnel n°03 du PK 30, dans le cadre du projet d’évitement d’El Tarf. Deux des trois tunnels que compte ce tronçon sont déjà achevés et livrés ; pour le troisième, toujours en chantier dans un contexte géologique complexe, le ministre a appelé à renforcer les moyens humains et matériels afin d’accélérer la cadence, tout en respectant les normes de qualité, de sécurité et les délais contractuels. À Bouchegouf, dans la wilaya de Guelma, il s’est enquis de l’état d’avancement de la gare voyageurs de Boudroua, au PK 50, et du programme restant avant son achèvement.
Sur l’ensemble des chantiers visités, le même mot d’ordre a été répété , accélérer sans compromettre la qualité. Le ministre a demandé aux entreprises de renforcer leur mobilisation et d’améliorer la coordination entre intervenants pour respecter les échéances fixées. Le ministre maintient donc la pression avec un tournée étalée sur trois jours et la programmation de visites nocturnes sur plusieurs gares, chantiers et tronçons de la ligne, afin de vérifier sur place le rythme réel des travaux durant la nuit et de s’assurer de la mobilisation effective des moyens humains et matériels.
Coup d’accélérateur
Cette pression ministérielle intervient dans un contexte de nette accélération du Projet phosphate intégré. Mercredi, Sonatrach et la société Algerian Fertilizer Company (AFC) ont signé deux contrats EPC (Engineering, Procurement & Construction) avec Saipem et CHEC pour la première phase du projet. Le contrat conclu avec Saipem porte sur la réalisation des installations de transformation et de production d’engrais aux sites de Bled El Hadba, dans la wilaya de Bir El Ater, et d’Oued El Keberit, dans la wilaya de Souk Ahras, tandis que le contrat signé avec CHEC concerne les installations portuaires à Annaba. Sonatrach n’a pas communiqué les montants, mais Saipem a évoqué de son côté une enveloppe de 500 millions d’euros. Le projet sera mené selon le mode accéléré EPC Fast Track, ce qui doit permettre de produire les premières quantités de phosphate enrichi dès le premier trimestre 2027 et de lancer la production d’engrais au quatrième trimestre de la même année. Le directeur général adjoint de CHEC, Chen Zhong, a affirmé que le contrat relatif aux infrastructures du port d’Annaba « constitue un maillon essentiel de la chaîne de production », son entreprise s’engageant à réaliser les première et deuxième phases du projet portuaire « dans les délais impartis ».
C’est donc dans le sillage immédiat de cette signature que le ministre des Travaux publics a choisi de multiplier les inspections de terrain, y compris de nuit, pour s’assurer que le calendrier fixé par le président de la République qui a exigé l’arrivée des premières cargaisons de phosphate au port d’Annaba au premier trimestre 2027 soit respecté. Le raccordement ferroviaire entre Bled El Hadba et le complexe portuaire d’Annaba doit, à terme, assurer l’acheminement des produits miniers vers les installations portuaires et renforcer les capacités logistiques de l’Est algérien, pièce maîtresse d’une chaîne industrielle qui va désormais de l’extraction du minerai jusqu’à l’exportation des engrais.
Sofia Chahine

