Actualité

Ambassadrice d’Italie à Alger : « L’Algérie compte parmi les pays prioritaires » du plan Mattei

L’Algérie a confié à Saipem un contrat clé pour son mégaprojet de phosphate intégré à Tébessa. L’ambassadrice d’Italie à Alger Alessandra Schiavo y voit bien plus qu’un chantier minier en saluant un projet « très ambitieux et visionnaire » qui, selon elle, illustre la doctrine africaine de Rome. Interrogée par l’agence de presse italienne Nova, en marge de la cérémonie de signature des contrats confiés au chinois CHEC et à l’italien Saipem, mercredi dernier, la diplomate a rappelé que l’Algérie figure parmi les partenaires que Rome considère comme prioritaires, avant d’expliquer en quoi le chantier de Tébessa incarne selon elle cette approche. Le projet ne se limiterait pas à la vente de technologies ou à la fourniture de matières premières, mais vise à renforcer les capacités industrielles du pays partenaire, à développer les compétences locales et à créer des emplois. Dans cette perspective, la participation de Saipem pourrait favoriser un transfert de savoir faire et l’implication d’entreprises algériennes dans la construction et l’exploitation des futures installations.

Clairvoyance du Président Tebboune

L’ambassadrice qualifie l’initiative de « très ambitieuse et visionnaire », y voyant la preuve d’une réelle capacité de planification et de clairvoyance de la part du président Abdelmadjid Tebboune et de son gouvernement

Elle souligne aussi que le contrat conclu avec Sonatrach selon un modèle dit EPC Fast Track impose en effet à Saipem des délais que la diplomate elle-même juge « particulièrement serrés », transformant le chantier en un test technologique et organisationnel pour l’entreprise italienne. Saipem, dont le nom reste associé depuis des décennies aux hydrocarbures algériens, s’apprête ainsi à sortir de son terrain habituel. Le groupe contribuera à l’édification des infrastructures nécessaires à l’extraction du minerai à Bled El Hadba, dans la wilaya de Tébessa, avant sa transformation en engrais sur le site d’Oued Kebrit, dans la wilaya voisine de Souk Ahras. Pour Alessandra Schiavo, cette implication marque un tournant dans la relation économique entre les deux rives, longtemps concentrée sur le gaz naturel et la sécurité énergétique. Une nouvelle étape s’ouvrirait désormais, étendant la confiance bâtie autour des hydrocarbures vers des secteurs jusque là secondaires comme les mines, la chimie, l’agriculture ou encore l’automobile.

Le calendrier fixé par les autorités algériennes ne laisse que peu de marge à cette ambition commune. Le ministre de l’Énergie et des Mines, Mohamed Arkab, a confirmé lors de la cérémonie de signature que la procédure accélérée avait été retenue pour tenir un objectif jugé ambitieux, celui d’un démarrage de la production de phosphate enrichi dès le premier trimestre 2027, suivi quelques mois plus tard de la mise en route de la production d’engrais au quatrième trimestre de la même année.

Sécurité alimentaire

Au delà du symbole diplomatique, l’ambassadrice inscrit également ce chantier dans un registre qui dépasse le cadre minier et industriel. Selon elle, la transformation du phosphate en engrais s’inscrit pleinement dans la stratégie algérienne visant à renforcer la production agricole et à réduire la vulnérabilité du pays aux crises internationales. « La souveraineté alimentaire d’une nation est aussi sa souveraineté tout court », a-t-elle déclaré, soulignant les risques liés à la dépendance aux importations, aux fluctuations des prix et aux ruptures des chaînes d’approvisionnement. Le projet relierait ainsi quatre secteurs jusqu’ici disjoints, les mines, la chimie, l’agriculture et le commerce extérieur, faisant d’une ressource enfouie dans le sous sol de Tébessa un instrument de sécurité alimentaire et de développement économique.

Samir Benisid

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *