Culture

Théâtre des verdures : El Besta ressuscite le Raï

Jeudi soir, le Théâtre de verdure du Complexe Lâadi-Flici d’Alger affichait complet. Guichets fermés, public debout, le groupe El Besta, révélation du Raï nouvelle génération, a livré un concert organisé par l’établissement Arts et Culture de la wilaya d’Alger qui restera dans les mémoires.

La soirée a commencé dans la douceur, avec le DJ Rabah qui a chauffé l’atmosphère par une mise en bouche musicale immersive, installant ce climat de complicité particulier que seuls les soirs de concert réussis savent créer. Puis El Besta a fait son entrée, accueilli par une ovation qui donnait déjà le ton. Formé en 2022, soit hier, à l’échelle d’une carrière musicale, le quatuor a pourtant la maturité scénique d’un groupe rompu aux grandes soirées. En quelques années à peine, ces jeunes artistes se sont imposés dans le paysage du Raï algérien avec une constance qui force le respect.

Le secret d’El Besta tient peut-être dans ce choix assumé de l’authenticité. Pas de surenchère électronique, pas d’artifices superflus, seul l’accordéon au premier plan, le texte Raï dans sa version la plus ancestrale, et une voix, celle de Sofiane Merabet, puissante et chaude, qui porte les mots avec une conviction rare. Dès les premières mesures, le public a reconnu ce son-là,  ce son de l’origine, celui qui remonte aux grandes figures tutélaires du genre comme Ahmed Zergui ou Boutaiba Esseghir. Ce retour aux sources n’est pas une posture nostalgique, c’est une déclaration artistique.

Le répertoire de la soirée a balayé plusieurs décennies de patrimoine Raï. Les fans ont repris en chœur « Mazal souvenir aândi » et « El Beïda », deux titres rendus en hommage au regretté Cheb Hasni, disparu en 1994 à 26 ans seulement et dont l’ombre tutélaire plane encore sur toute une génération d’artistes. Le groupe a également interprété « Aâlach aâlik », titre emblématique du duo cheb Khaled et cheb Mami, « Kif kif » et « Sidi Rabbi » de Bilel, ou encore le mythique « Wahran Wahran » titre emblématique d’Ahmed Wahbi repris par Khaled. Autant de standards qui, sous les doigts d’El Besta, retrouvaient leur fraîcheur initiale sans perdre leur charge émotionnelle.

Ce qui frappe dans la démarche d’El Besta, c’est justement cette capacité à restituer l’ambiance originelle du Raï sans tomber dans la reconstitution muséale. La musique respire, le chanteur dialogue avec le public, et la salle répond. Cette alchimie-là ne s’achète pas et ne se programme pas, elle se construit dans les quartiers populaires où le Raï a pris racine et s’est forgé avant de conquérir les grandes scènes. El Besta a grandi dans ce bain-là, et ça s’entend. Le public algérois, réputé exigeant, a rendu son verdict sans ambiguïté, une ovation finale qui en disait plus long que n’importe quelle critique.

À l’heure où le Raï cherche parfois ses repères entre influences internationales et impératifs commerciaux, El Besta rappelle que la force de ce genre réside dans ses racines. Et que la jeunesse algérienne, loin d’avoir tourné le dos à son patrimoine musical, sait très bien le reconnaître quand on le lui présente avec talent et sincérité.

Mohand S.

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