Abdelghani Merabet nommé à l’UNESCO : L’Algérie mise sur sa diplomatie culturelle
L’ambassadeur Abdelghani Merabet a officiellement pris ses fonctions de délégué permanent de l’Algérie auprès de l’UNESCO. La cérémonie de remise des lettres de créance s’est déroulée il y a quelques jours au siège de l’organisation, en présence du directeur général Khaled El Enany, marquant le début de son mandat. Le nouveau représentant algérien n’aborde pas ce poste en novice. Sa carrière s’est construite pas à pas au sein du ministère des Affaires étrangères, où il a occupé successivement les fonctions de directeur des Affaires politiques internationales puis de directeur général des Relations multilatérales. Son parcours s’est ensuite étendu jusqu’à New York, où il a exercé comme conseiller principal du président de l’Assemblée générale des Nations unies entre 2014 et 2020. Il avait auparavant présidé, en 2012, le Groupe des 77 lors du sommet de la Terre Rio+20, un épisode qui reste une référence dans son parcours onusien.
Juste avant de rejoindre l’UNESCO, Abdelghani Merabet a piloté deux dossiers sensibles pour l’Algérie. De janvier 2022 à août 2026, il a présidé le Comité national de prévention et de lutte contre la traite des personnes. Entre avril 2024 et août 2026, il a également dirigé le Comité national de suivi des sanctions ciblées du Conseil de sécurité de l’ONU. Ces deux responsabilités témoignent d’une expertise qui dépasse le seul champ culturel et couvre aussi les questions de sécurité et de droits humains.
Sa nomination intervient dans le cadre d’une relation ancienne entre l’Algérie et l’organisation, puisque le pays est membre de l’UNESCO depuis 1962. Le patrimoine algérien y occupe une place notable, avec sept biens inscrits sur la liste du patrimoine mondial, parmi lesquels la Casbah d’Alger, les sites archéologiques de Tipasa, Timgad et Djémila, la Kalâa des Béni Hammad, la vallée du M’Zab et le Tassili n’Ajjer. À cela s’ajoutent treize pratiques et expressions culturelles inscrites au patrimoine immatériel, quatre chaires et réseaux universitaires relevant du programme UNITWIN, trois inscriptions au Registre international de la Mémoire du monde ainsi que neuf réserves de biosphère.
L’un des volets les plus symboliques du dossier algérien concerne justement le patrimoine vivant. L’Algérie a été le premier pays au monde à ratifier, dès 2004, la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, une antériorité qui lui confère une responsabilité particulière dans la promotion de ce traité. Le pays abrite et finance également le Centre régional pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel en Afrique, placé sous l’égide de l’UNESCO, à travers lequel il accompagne d’autres États africains dans l’inventaire et la préservation de leurs traditions.
Sur le plan de la gouvernance, l’Algérie occupe depuis 2024 un mandat au sein du Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, où elle a été élue à l’unanimité pour représenter le groupe arabe jusqu’en 2028. Cette position lui permet de peser directement sur l’orientation des politiques mondiales en la matière et sur l’examen des candidatures internationales d’inscription.
C’est ce dossier étoffé qu’Abdelghani Merabet aura désormais la charge de porter depuis Paris, en assurant la liaison entre le secrétariat de l’UNESCO, les ministères algériens concernés, notamment ceux de la Culture, de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, et les autres États membres de l’organisation. Son arrivée est perçue par plusieurs diplomates comme le signe d’une volonté d’Alger de consolider sa voix sur les enjeux liés à l’éducation, à la science et à la préservation du patrimoine, dans un contexte international où la diplomatie culturelle prend une place grandissante.
Mohand S.

