Une photo de Ghaza censurée à Deauville : Quand on tente d’effacer la mémoire palestinienne en silence
Une photographie du photojournaliste palestinien Jehad Alshrafi montrant un match de football disputé au milieu des décombres de Ghaza a été discrètement retirée à la mi-août d’une exposition en plein air organisée à Deauville, dans le nord de la France, provoquant l’indignation de plusieurs élus et défenseurs de la liberté de la presse qui dénoncent une censure exercée sous la pression d’activistes sionistes et pro-israéliens. Le cliché, réalisé le 14 février 2026 par ce photojournaliste Ghazaoui collaborant avec l’agence Associated Press, montrait des joueurs du Ghaza Sports Club affrontant une équipe égyptienne sur une pelouse improvisée, cernée d’immeubles éventrés par les bombardements de l’armée d’occupation israélienne. Il figurait depuis juin dans le cadre du festival Deauville Sport Images, qui rassemble jusqu’au 6 septembre environ 300 photographies de plus de 300 photographes venus du monde entier, autour du thème du sport dans ses dimensions humaine et sociale.
C’est Sylvain Larcher, secrétaire de la section locale du Parti socialiste, qui a constaté le 20 août le remplacement de l’image par une photographie de cyclistes. Ému par ce cliché lors d’une première visite, il a aussitôt interrogé la municipalité, s’inquiétant d’une atteinte portée à la liberté d’expression artistique. Sollicitée par la presse, la mairie de Deauville, dirigée par Philippe Augier, a reconnu que la photographie n’avait « en rien » un caractère pro Hamas et qu’elle illustrait pleinement l’esprit de l’exposition en montrant que le sport peut se pratiquer partout, même dans les circonstances les plus dramatiques. Elle a néanmoins assuré n’avoir subi « aucune pression », justifiant le retrait par un simple « souci d’apaisement », sans fournir davantage de précisions sur l’origine des demandes évoquées dans un premier temps auprès de la presse locale.
Cette explication n’a pas convaincu la classe politique de gauche française. Le député socialiste du Calvados Arthur Delaporte a réclamé la réinstallation immédiate de l’œuvre ainsi que des excuses publiques, dénonçant une « censure à bas bruit » incompatible avec la mission du photojournalisme, qui consiste à montrer le réel dans toute sa complexité. Le député insoumis Emmanuel Fernandes a de son côté accusé des activistes pro-israéliens d’avoir voulu effacer la réalité de la guerre menée par l’entité sioniste dans l’enclave palestinienne, appelant à diffuser largement l’image. L’eurodéputée Emma Fourreau a qualifié la décision d’« indigne », évoquant une invisibilisation du peuple palestinien jusque dans le champ artistique, tandis que le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure a résumé la situation en rappelant que la presse est interdite à Ghaza et les photos désormais interdites à Deauville.
La secrétaire générale d’Amnesty International, Agnès Callamard, a pour sa part estimé que le simple fait de montrer cette photographie constituait un acte de résistance face à la censure. Jehad Alshrafi documente depuis le début du conflit les conséquences humanitaires de la guerre génocidaire sioniste sur la bande de Ghaza. Sa série consacrée aux effets de la famine et de la guerre avait été retenue parmi les finalistes du prix international Luis Valtuena de photographie humanitaire en Espagne. Son travail est régulièrement repris par les médias internationaux comme témoignage direct de la situation sur le terrain et de la résilience de la population palestinienne face à la destruction et aux tentatives sionistes d’effacement de la mémoire et de l’identité palestiniennes.
M.S.

