Tebboune opère un nouveau mini remaniement ministériel : Des changements et des enjeux
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a nommé mercredi Farid Kourtel au poste de ministre de l’Industrie et Fouzia Naama comme ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, chargée des Collectivités locales, complétant ainsi en deux temps le remaniement ministériel partiel entamé la veille et mettant un terme, du moins provisoirement, aux spéculations qui entouraient la composition du prochain gouvernement dans le sillage des élections législatives.
La méthode retenue cette fois mérite qu’on s’y attarde. Contrairement aux remaniements précédents, annoncés en un seul bloc, celui-ci s’est déroulé en deux séquences distinctes. Mardi, la présidence avait fait savoir que Mohammed Lamine Lebbou quittait la Banque d’Algérie pour prendre le portefeuille des Finances, tandis que l’Agriculture, le Travail et la Communication changeaient également de titulaires. Le lendemain seulement, mercredi, sont venues les nominations de l’Industrie et de la nouvelle ministre déléguée aux Collectivités locales. Ce phasage en dit long sur la nature du réajustement en cours. Il ne s’agit pas d’un remaniement d’ampleur redessinant l’architecture du gouvernement, mais d’ajustements ciblés touchant des portefeuilles précis, économiques pour l’essentiel, avec les Finances et l’Industrie, et sociaux avec le Travail et les Collectivités locales. La Communication et l’Agriculture, elles, répondaient davantage à des logiques propres à chaque secteur, la première marquée par un passage éclair de moins d’un an, la seconde par un dossier judiciaire qui pesait sur son ancien titulaire.
L’arrivée de Farid Kourtel à l’Industrie s’inscrit dans cette lecture économique du réajustement. Conseiller du président chargé des affaires économiques depuis le printemps, ancien recteur universitaire, il hérite d’un secteur identifié depuis plusieurs années comme un pilier de la diversification économique, entre relance des filières manufacturières et réduction de la dépendance aux importations. Sa nomination confirme la volonté de la présidence de continuer à puiser dans le vivier des conseillers et experts économiques placés récemment auprès du chef de l’État, une tendance déjà observée avec la nomination de Mohammed Lamine Lebbou aux Finances.
Le choix de Fouzia Naama comme ministre déléguée chargée des Collectivités locales répond à une logique différente, celle de l’expérience du terrain. Ancienne wali de Boumerdès depuis septembre 2023, elle a suivi de près les dossiers de développement local, un profil qui colle directement à ses nouvelles attributions. Sa nomination illustre par ailleurs une pratique de plus en plus courante ces dernières années, celle du recours à d’anciens responsables de l’exécutif local pour occuper des postes ministériels délégués, jugés plus techniques que politiques.
Au-delà des profils, c’est le calendrier de ce mini remaniement qui interpelle les observateurs. Intervenant après les élections législatives, il alimentait depuis plusieurs semaines des supputations sur un possible changement plus large de gouvernement, voire sur la nomination d’un nouveau Premier ministre. En optant pour des ajustements limités à quelques portefeuilles, sans toucher à l’architecture générale de l’exécutif ni à sa direction, la présidence semble avoir tranché en faveur de la continuité plutôt que de la rupture. Le message envoyé est celui d’une équipe gouvernementale jugée globalement en phase avec les priorités présidentielles, mais dont certains maillons nécessitaient un renforcement ciblé, en particulier sur les dossiers financiers et industriels, considérés comme prioritaires pour les mois à venir.
Reste que ce réajustement, aussi mesuré soit il dans sa forme, replace immédiatement plusieurs chantiers sensibles sous les projecteurs. La réforme bancaire, la relance industrielle et la modernisation de la gestion locale figurent parmi les dossiers que les nouveaux arrivants devront désormais faire avancer, avec l’attention soutenue d’une présidence qui a multiplié ces derniers mois les rappels à la performance adressés à son gouvernement.
Hocine Fadheli

