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Tentative de déstabilisation au Niger : Niamey accuse Paris d’avoir armé la main des mutins

Le Conseil des ministres nigérien affirme détenir des preuves de l’implication du régime français de Emmanuel Macron dans la tentative de déstabilisation survenue fin août à Niamey, un dossier que les autorités nigériennes disent prêtes à porter devant la justice internationale.

Le gouvernement nigérien a formellement accusé vendredi la France d’avoir incité et entretenu la tentative de mutinerie militaire survenue dans la nuit du 28 au 29 août à Niamey.  Réuni sous la présidence du général Abdourahamane Tiani, chef du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie, le Conseil des ministres a consacré sa séance à l’examen de la situation née d’une « tentative de déstabilisation du pays », orchestrée selon lui par des éléments de la compagnie de renseignement spécial relevant du commandement des opérations spéciales, notamment à la base aérienne 101 de Niamey. Selon le communiqué officiel de la présidence nigérienne, cette opération aux ramifications internationales a été « incitée et entretenue par un vaste réseau de connivences à la tête duquel se trouve le régime français de monsieur Macron ». Le texte va plus loin, évoquant des « traîtres et des mutins » appâtés par des promesses mirobolantes pour exécuter un plan de Macron et de ses complices, plan que les autorités nigériennes assurent avoir fait échouer sur leur sol.

Le Conseil des ministres inscrit cet épisode dans la continuité des manœuvres visant à ébranler la volonté affichée par le Niger dans sa marche résolue vers la souveraineté et la maîtrise de ses ressources naturelles. Le communiqué dénonce à ce titre le « double visage » qu’affichent, selon lui, certains frères africains, prompts à servir de relais aux activités déstabilisatrices menées par les partisans du régime français, tout en assurant que ces manœuvres subversives sont vouées à l’échec grâce à l’engagement des forces de défense et de sécurité et de l’ensemble du peuple nigérien.

Le gouvernement a présenté ses condoléances aux familles des « martyrs civils et militaires » tombés lors de ces évènements et souhaité un prompt rétablissement aux blessés. Il a par ailleurs exprimé sa gratitude aux pays amis, au premier rang desquels l’Algérie, la Russie et les États de la Confédération des États du Sahel, qui se sont empressés dès le début de la crise d’exprimer leur solidarité avec le peuple nigérien et ses institutions. Rappelons que sur instruction du président de la République, chef suprême des forces armées et ministre de la Défense nationale, Abdelmadjid Tebboune, soucieux de renforcer la coopération stratégique entre les deux pays notamment dans le domaine militaire, Alger a dépêché deux patrouilles de chasseurs Sukhoi Su-30, soit quatre appareils, en appui à l’armée nigérienne face à cette tentative de déstabilisation. Cette intervention, effectuée à la demande du commandement nigérien selon un communiqué du ministère de la Défense nationale, a été saluée par les autorités de Niamey qui ont exprimé leur « profonde gratitude » envers le pays voisin et frère.

Le communiqué du Conseil des ministres nigérien se conclut par une mise au point, le Niger n’entend faire la guerre à aucun pays, n’en nourrit pas l’intention, et se dit disposé à produire les documents réunis sur cette « agression », tout en se réservant le droit de saisir la justice internationale.

Les évènements évoqués par Niamey renvoient à une nuit de tirs à l’arme lourde ayant secoué la capitale nigérienne aux abords de l’aéroport international Diori Hamani, du palais présidentiel et de la télévision nationale. Le ministre nigérien de la Défense, Salifou Mody, avait alors fait état d’un groupe de militaires « en rupture avec le règlement militaire » ayant séquestré des camarades à la base 101 avant d’ouvrir le feu sur plusieurs sites sensibles. Le président Tiani avait assuré dès le 31 août, lors d’un échange téléphonique avec le Président Tebboune, que la situation était « totalement sous contrôle », remerciant Alger pour son appui. Quelques jours plus tard, le commandant de la première compagnie parachutiste de Niamey avait affirmé à la télévision publique avoir reçu des appels en provenance de France, du Bénin, de Belgique, de Dubaï et du Tchad, l’invitant à soutenir les militaires insurgés, citant notamment des proches de l’ex-président Mohamed Bazoum et le chef d’état-major de l’armée de l’air du Tchad. Cotonou a de son côté rejeté toute implication dans ces évènements, son porte-parole affirmant être « contre la déstabilisation du Niger aujourd’hui » et le rester « demain ».

Lyes Saïdi

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