600 espions marocains en Espagne : Un nouveau scandale accable le Makhzen
Le Centre national du renseignement espagnol estime à près de 600 le nombre d’agents liés aux services marocains ayant opéré sur le sol espagnol ces dernières années, un chiffre qui aurait grimpé jusqu’à 900 lors des périodes de tension entre les deux pays, selon des révélations publiées par le quotidien madrilène La Razón et reprises hier par la presse espagnole.
Selon le journal, ces agents ne sont pas concentrés à Madrid uniquement. Des noms apparaissent dans plusieurs régions du pays, notamment celles abritant d’importantes communautés marocaines comme l’Andalousie, la Catalogne ou la Communauté valencienne, mais aussi dans des zones jugées sensibles telles que Bilbao ou les îles Canaries. Le rapport établit par ailleurs un lien direct entre quinze et vingt de ces noms et l’ambassade marocaine à Madrid. Plus troublant encore, le journal espagnol met en relation le moment choisi pour la divulgation de ces informations avec la crise de la ruée migratoire vers Ceuta et la période de vive tension diplomatique entre Madrid et Rabat, rappelant des témoignages faisant état de la présence d’éléments en civil ainsi que de gendarmes marocains lors des événements qu’a connus la ville occupée. L’affaire repose sur un dossier de renseignement complet préparé par le CNI, contenant les noms et les mouvements de centaines de personnes dont les liens avec les services marocains ont été formellement établis. Ces informations seraient issues d’une fuite massive touchant les fichiers des services de Rabat, portant sur plus de 70 000 identités au total. Cette publication vient démolir l’un des récits que le Makhzen s’efforce de vendre depuis des années, celui d’un royaume agissant à l’étranger dans un esprit de partenariat et de respect mutuel. La réalité que dessinent les données relayées par la presse espagnole est tout autre, celle d’un réseau d’espionnage étendu implanté au cœur même d’un pays présenté comme allié et partenaire stratégique.
Le Makhzen aura beau vouloir se présenter comme un acteur de stabilité et de coopération sécuritaire, les chiffres qui circulent dans la presse espagnole racontent une tout autre histoire, celle d’un régime qui ne se contente pas de surveiller son voisinage immédiat mais qui étend ses filets de renseignement bien au delà de ses frontières.
Cette révélation ne fait d’ailleurs que confirmer une enquête plus large publiée auparavant par le site Infobae España. Signée du journaliste David Fernández et intitulée « La guerre froide entre l’Espagne et le Maroc, une histoire d’espions, de pirates informatiques, de vagues migratoires et de milliers de tonnes de haschich », cette investigation dresse un tableau accablant des méthodes employées par Rabat pour peser sur son voisin du nord.
Le volet espionnage y occupe une place centrale. Entre mai 2018 et juin 2019, les services marocains auraient mené 768 attaques électroniques contre 250 téléphones espagnols au moyen du logiciel Pegasus, ciblant aussi bien des responsables politiques que des cadres des forces de sécurité impliqués dans la coopération antiterroriste avec le Maroc, à l’image du colonel Alberto Aguilera, ancien attaché à l’ambassade d’Espagne à Rabat, dont l’appareil personnel a été visé à cinq reprises.
Le trafic de stupéfiants constitue un autre volet de ce dossier. Près de 70 % du haschich entrant en Europe proviendrait du territoire marocain, et l’enquête rappelle qu’en 2019 le CNI avait alerté les autorités de Rabat sur l’implication de sept colonels de la gendarmerie royale dans des réseaux criminels liés au trafic de drogue et à l’immigration clandestine, certains ayant depuis gravi les échelons de la hiérarchie. Reste le dossier migratoire, présenté, véritable levier de pression politique. Une source du renseignement espagnol cite le chiffre de 80 000 migrants ayant franchi la frontière de Ceuta en seulement deux jours à la fin du mois de juillet, dans un contexte de relâchement délibéré de la surveillance côté marocain. Plus de 56 000 interceptions ont par ailleurs été enregistrées aux frontières terrestres de Ceuta et Melilla depuis 2015.
Lyes Saïdi

