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Le pétrole s’embrase sur fond de tensions au Moyen-Orient

Le baril de Brent a franchi la barre des 108 dollars lundi, porté par la fermeture d’un oléoduc stratégique saoudien après des frappes de drones et par le report d’une réunion cruciale sur l’avenir du détroit d’Ormuz.

Les marchés pétroliers ont entamé la semaine sur une nette envolée des prix, dans un contexte de tensions croissantes au Moyen-Orient qui alimente depuis plusieurs jours l’inquiétude des opérateurs. Vers 9H20 GMT lundi, le baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en novembre, s’échangeait en hausse de 3,36% à 108,12 dollars, tandis que son équivalent américain, le West Texas Intermediate pour livraison en octobre, progressait de 3,55% à 103,60 dollars. Cette poussée fait suite à l’annonce, vendredi, de la fermeture temporaire par les autorités saoudiennes de l’oléoduc Est-Ouest, après des attaques attribuées à des drones tirés depuis l’Irak. Cette infrastructure, capable d’acheminer environ sept millions de barils par jour depuis l’est du royaume jusqu’au port de Yanbu sur la mer Rouge, constitue la principale voie de contournement du détroit d’Ormuz, verrou stratégique du commerce pétrolier mondial. « L’oléoduc saoudien constitue le plus important itinéraire de contournement du détroit d’Ormuz », a rappelé Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management, tout en reconnaissant que l’étendue exacte des dégâts demeure incertaine. Une incertitude qui, selon les experts d’ING, fait peser des risques supplémentaires sur un marché déjà sous tension.

À cette fermeture s’ajoute le report, annoncé ce week-end par Oman, d’une réunion prévue lundi entre l’Iran et les pays du Golfe consacrée à l’avenir du détroit d’Ormuz, un renvoi que Téhéran impute à une demande de Ryad liée à l’escalade au Yémen. « Ce retard éloigne encore davantage toute perspective de désescalade » dans la région, soulignent les analystes d’ING. Sur le terrain, les affrontements entre l’Arabie saoudite et les houthis du Yémen se sont intensifiés depuis la semaine dernière, les groupes pro-iraniens ayant fait état dimanche d’une cinquantaine de frappes saoudiennes au Yémen, quelques heures après une attaque qu’ils ont eux-mêmes revendiquée contre une base militaire du royaume. Téhéran a toutefois démenti lundi toute implication directe dans ce conflit qui oppose les Houthis aux forces gouvernementales soutenues par Ryad.

Un G20 sur l’abondance énergétique

Le climat de confrontation dans le Golfe s’était déjà nettement durci début septembre, lorsque des frappes américaines avaient visé plusieurs pétroliers iraniens près de l’île de Kharg, en représailles à une tentative iranienne de cibler un navire de guerre américain, provoquant en retour des tirs de missiles balistiques iraniens vers la Jordanie. Dans ce contexte, Goldman Sachs a estimé début septembre que le Brent pourrait grimper jusqu’à 120 dollars le baril si les attaques contre le trafic maritime venaient à s’étendre, tout en n’excluant pas un repli vers 80 dollars en cas de normalisation des exportations régionales. La banque américaine évalue par ailleurs à plus de 400 millions de barils la baisse des stocks pétroliers hors Chine depuis le début du conflit, réduisant d’autant la marge de manœuvre du marché en cas de nouvelle rupture d’approvisionnement.

Cette prime de risque s’observe également du côté de l’offre, les derniers chiffres provisoires de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole faisant état d’une production ayant reculé de 900 000 barils par jour en août, tirée notamment par un repli saoudien estimé à plus d’un million de barils quotidiens. Conséquence directe de cette flambée, les prix des produits raffinés s’envolent eux aussi, à l’image du gallon de diesel américain, qui a atteint aux États-Unis un nouveau record historique à 6,23 dollars à la pompe, selon l’Association automobile américaine. Autant d’indicateurs qui confirment, selon les observateurs du marché, que l’or noir devrait continuer d’évoluer sous forte tension tant que les risques d’escalade au Moyen-Orient ne se seront pas dissipés. Face à cette situation devenue inextricable pour le président Trump à l’approche des élections de mi-mandat, les Etats-Unis ont ouvert lundi au Texas une série de réunions consacrées à « l’abondance énergétique » dans le cadre du G20.

Samira Ghrib

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