« Katima » présenté au TNA : La nouvelle saison s’ouvre sur un huis clos de femmes en révolte
Le Théâtre national algérien Mahieddine-Bachtarzi (TNA) ouvre sa saison 2026-2027 avec « Katima », adaptation de « La Maison de Bernarda Alba » de Federico García Lorca, à l’affiche les 26, 27 et 28 septembre 2026 à 18h, à la salle Mustapha-Kateb, à Alger. Mise en scène par Amel Menighed, sur une adaptation signée Allel El Mouhib, cette production du TNA réunit huit comédiennes autour de l’un des grands huis clos féminins du répertoire universel, après une représentation d’honneur donnée en juillet dernier. Écrite en juin 1936, deux mois avant l’assassinat de son auteur au début de la guerre civile espagnole, et créée à titre posthume à Buenos Aires le 8 mars 1945, la pièce est sous-titrée « drame de femmes dans les villages d’Espagne ». À la mort de son mari, Bernarda impose à ses cinq filles huit années de deuil et de réclusion dans la demeure familiale. Chez Lorca, l’arrivée d’un prétendant, Pepe le Romain, qui doit épouser l’aînée mais dont s’éprend la plus jeune, fait exploser rivalités et frustrations. Plus de 80 ans après, le texte demeure l’un des plus joués de Lorca, réédité et remonté en France cette année encore, preuve que son propos sur l’autorité, la claustration et le désir n’a rien perdu de son actualité.
Le TNA connaît bien ce territoire. L’institution avait déjà porté ce texte à la scène à la fin des années 1980, dans une version adaptée par Allel El Mouhib, figure du théâtre algérien disparue en 1995. Amel Menighed, elle, avait déjà figuré dans la distribution d’une précédente production algérienne de la pièce. Le titre choisi, « Katima », que l’on peut entendre comme celle qui étouffe ou qui fait taire, renvoie à l’ordre de silence par lequel la pièce se referme.
La femme est au cœur du spectacle, dans ses états psychologiques comme dans son environnement social. La décision de « Lalla », la mère, de décréter huit ans de deuil y provoque un choc chez les cinq filles, tiraillées entre leur envie de vivre et l’autorité maternelle. Entre portes closes et murs qui disent la solitude, les rivalités éclatent et l’amour se change en hostilité, dans un palais devenu espace étroit, aux couleurs de tristesse et d’isolement. Du cri « Habit n’aïch » (« Je veux vivre ») à un dénouement tragique, sous un rideau rouge, la mise en scène conserve les grandes lignes du texte original tout en l’ancrant dans des réalités sociales locales, le noir du deuil cédant la place à une couleur unique pour tout le plateau. Sur scène, on retrouvera Linda Salem, Khedidja Mezini, Nesrine Belhadj, Hadjer Sirawi, Asma Cheikh, Radja Houari, Karima Nait et Souad Djennati, des noms connus des planches algériennes. Le spectacle marque aussi le retour sur la scène artistique de Khedidja Mezini.
En ouvrant la saison sur ce classique de la révolte silencieuse, le TNA fait le pari d’un répertoire exigeant, porté par une distribution entièrement féminine et par le regard d’une metteuse en scène qui connaît la pièce de l’intérieur. Trois soirées, du samedi 26 au lundi 28 septembre, pour découvrir un spectacle qui promet de faire résonner, dans la salle Mustapha-Kateb, la question de la liberté des femmes face aux carcans familiaux.
Mohand S.

