Réunion ministérielle à Alger sur le SoutH2 Corridor : Passer des déclarations aux projets industriels
À Alger, les ministres de l’Énergie des cinq pays partenaires se réunissent jeudi pour la deuxième fois. Il s’agit de faire passer un projet de 4 millions de tonnes d’hydrogène par an de la déclaration d’intentions à la réalité industrielle, avec des enjeux de marché, d’infrastructures et de calendrier.
Quatre millions de tonnes d’hydrogène vert par an, acheminées de l’Algérie vers trois pays européens sur 3.000 kilomètres, c’est l’objectif du SoutH2 Corridor, dont les ministres de l’Énergie se réunissent jeudi à Alger. L’Algérie, l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie et la Tunisie y examineront les moyens de donner une « forte impulsion » au projet. Ce volume représenterait 10 % de la demande européenne attendue pour ce combustible à l’horizon 2040. Cette deuxième réunion ministérielle est consacrée aux voies de coopération et de partenariat pour garantir un avenir énergétique durable. Elle intervient dix-huit mois après la première, tenue à Rome en janvier 2025, qui s’était conclue par une déclaration commune d’intentions politiques. Les signataires s’y étaient engagés à renforcer leur collaboration au sein d’un groupe de travail commun.
Le projet repose sur un choix d’infrastructure. L’hydrogène sera acheminé par les réseaux actuels de transport de gaz naturel, après leur modernisation et leur adaptation. Ainsi, plus de 65 % du tracé envisagé pourrait ainsi s’appuyer sur des gazoducs adaptés. Le corridor constitue d’ailleurs un maillon essentiel du développement des exportations algériennes d’hydrogène vert, et qui placerait l’Algérien comme acteur central de la transition énergétique en Méditerranée et du marché naissant de l’hydrogène vert.
Rappelons que le projet a connu un début de concrétisation en octobre 2024 à Oran, avec la signature par Sonatrach et Sonelgaz d’un mémorandum d’entente avec VNG (Allemagne), Snam et Sea Corridor (Italie) et Verbund Green Hydrogen (Autriche). L’objectif était de réaliser les études de faisabilité et de rentabilité d’un projet intégré, de la production en Algérie à l’exportation. La première réunion ministérielle, tenue à Rome en janvier 2025, a ensuite débouché sur une déclaration d’intentions. La dynamique s’est poursuivie en juillet dernier, lors de la visite du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, en Allemagne. Sonatrach y a signé deux protocoles d’accord avec Robert Bosch et Siemens Energy, portant sur la fabrication d’électrolyseurs, la production d’hydrogène, la maintenance des équipements et la formation.
Rappelons enfin que la Commission a inclus le SoutH2 Corridor dans la liste des projets d’intérêt commun actualisée en 2026, en soulignant la nécessité de réunir les conditions réglementaires. Les questions de financement, de calendrier de construction et de répartition des coûts entre les pays traversés restent, elles, à déterminer, d’après la presse spécialisée. Les promoteurs évoquent une entrée en service progressive au début des années 2030. C’est sur ces points que la réunion d’Alger devra se pencher.
Samira Ghib

