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Bloomberg fait des révélations sur l’implication des Émirat dans le trafic de l’or africain : Nasty business à Dubaï

Une enquête de l’agence américaine « Bloomberg » révèle que des quantités importantes de ce métal sont arrivées chez des sociétés enregistrées à Dubaï, inscrites par les Etats-Unis sur la liste des sanctions en raison de leurs liens avec des réseaux du commerce lié aux conflits.

Ce que les diamants de sang furent aux guerres de Sierra Leone et d’Angola, l’or africain l’est aujourd’hui à plusieurs conflits du continent, avec les Emirats arabes unis dans le rôle du débouché complaisant, pour ne pas dire l’acteur de l’ombre qui finance les milices et les mercenaires qui sèment le chaos là où ils passent et font transiter l’or spolié vers le plateformes émiratis. Une enquête de l’agence américaine « Bloomberg » révèle que des quantités importantes de ce métal sont arrivées chez des sociétés enregistrées à Dubaï, inscrites par les Etats-Unis sur la liste des sanctions en raison de leurs liens avec des réseaux du commerce lié aux conflits.

Les faits conduisent au négociant belge Alain Goetz, dont le groupe s’est étendu à Dubaï par des sociétés actives dans le négoce d’or africain. En mars 2022, le Département du Trésor américain a indiqué que le « réseau Goetz » avait contribué au financement du conflit armé en recevant de l’or de la République démocratique du Congo sans en vérifier l’origine, sa raffinerie s’approvisionnant auprès de mines contrôlées par des groupes armés dans la province du Sud-Kivu. Au moins 11 tonnes d’or rwandais ont été exportées en 2024 vers « PGR Gold Trading LLC », société de Dubaï inscrite au sein du « réseau Goetz », dont il était propriétaire jusqu’en 2020 au moins. Des documents examinés par « The Sentry » montrent que la raffinerie ougandaise « African Gold Refinery », sanctionnée avec Goetz, a exporté en 2017 quelque 377 millions de dollars d’or vers une société liée à Dubaï. Un document diplomatique américain de la même année rapporte que Goetz évoquait environ 156 tonnes d’or introduites clandestinement au Moyen-Orient dans des bagages en classe affaires, tout en reconnaissant ne pas pouvoir retracer l’origine de l’or de sa raffinerie.

Ces éléments rejoignent des révélations récentes de la presse britannique. Selon le Financial Times, qui a publié son enquête début août, les Emirats auraient reçu plus de 100 millions de dollars de lingots dérobés par des forces paramilitaires à la banque centrale soudanaise et à sa raffinerie d’Etat, un responsable émirati admettant des échanges d’or avec le Soudan d’un peu plus d’un milliard de dollars en 2025. Début mai, le Guardian, s’appuyant sur les travaux de « The Sentry », avait mis en lumière plus de vingt biens immobiliers à Dubaï, estimés à environ 24 millions de dollars, liés à l’entourage des chefs des Forces de soutien rapide et financés en grande partie par de l’or sorti en contrebande du Soudan.

L’organisation suisse « SWISSAID » estime entre 24 et 35 milliards de dollars par an la valeur de l’or africain introduit clandestinement sur les marchés mondiaux, dont une part importante transite par les Emirats. Le nombre d’opérateurs enregistrés dans les métaux et pierres précieux y est passé d’environ 4.500 en 2022 à 8.000 en 2025, selon « Bloomberg », tandis que le chercheur de « SWISSAID », Yvan Schulz, juge que les sociétés de négoce d’or émiraties, qui absorbent l’essentiel des importations, sont soumises à des contrôles moins stricts, ce qu’il qualifie de « faille majeure ».

Le parallèle avec les diamants de sang est difficile à éluder. Dans les années 1990, des pierres arrachées à des mines tenues par des rebelles avaient financé armes et massacres, jusqu’à ce que la pression des ONG débouche sur le Processus de Kimberley, lancé en 2003 pour certifier l’origine des diamants bruts. Rien de tel n’existe pour l’or, un métal qu’une simple refonte rend anonyme et qui voyage dans une valise. Les Emirats prospèrent sur ce vide, en offrant à ce commerce l’infrastructure qui lui permet de gagner les marchés mondiaux, même lorsqu’il est lié à des zones de conflit et à des sanctions. Pis encore le micro-État du Golfe contribue activement à nourrir ces conflits en finançant les milices, et en contribuant à former des mercenaires, dans l’objectif d’étendre son influence dans la région, particulièrement dans la corne de l’Afrique, mettre main basse sur ses ports stratégiques et sur ses richesses énergétiques et minières.

Lyes Saïdi

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