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Gazoduc transsaharien : L’Algérie réalise déjà pendant que le Maroc fantasme

Le chantier du TSGP avance dans le sud du pays et le Niger s’apprête à lancer ses relevés topographiques, alors que l’analyste américain Geoff D. Porter condamne sans détour le gazoduc Afrique-Atlantique promu par Rabat. Pendant que les soudeurs progressent dans la région d’Adrar, le projet de gazoduc Afrique-Atlantique auquel aspire le Maroc vient d’essuyer un verdict sans appel. Spécialiste américain des questions pétrolières et gazières en Afrique du Nord, Geoff D. Porter estime dans une publication sur la plateforme X que ce tracé « ne sera jamais réalisé ». Côté algérien, les choses sont autrement concrètes. Le 4 juin dernier, à Aoulef, le ministre d’Etat des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, a donné le coup d’envoi des travaux du tronçon national du gazoduc transsaharien (TSGP), aux côtés du Nigérian Ekperikpe Ekpo et du Nigérien Hamadou Tini. La veille, à Alger, la 5e réunion ministérielle du Comité de pilotage avait validé le rapport final de l’étude de faisabilité actualisée. Le tracé court sur environ 4.200 kilomètres, dont 1.037 au Nigeria, 841 au Niger et 2.310 en Algérie, et il n’en resterait que 1.641 à réaliser. La capacité prévue atteint 30 milliards de mètres cubes par an, à destination de l’Europe grâce aux infrastructures algériennes de traitement, de transport et de liquéfaction.

Le calendrier se tient. Le ministre nigérien du Pétrole a annoncé le démarrage des relevés topographiques sur son territoire dès ce mois d’octobre, une étape préalable à la construction. Le président Abdelmadjid Tebboune avait pour sa part annoncé en février que le tronçon traversant le Niger serait lancé après le Ramadhan, avec Sonatrach aux commandes. Au-delà des molécules de gaz, le projet est présenté comme un levier d’intégration énergétique et économique, qui installe le Niger dans son rôle de pays de transit et conforte l’Algérie comme carrefour reliant les ressources du continent aux marchés internationaux. L’Organisation africaine des producteurs de pétrole en souligne elle aussi le caractère structurant.

Le contraste avec la proposition marocaine est frappant. Selon Geoff D. Porter, son modèle économique ne garantit ni la rentabilité ni le moindre retour sur investissement. Le tuyau devrait franchir onze pays, et chacun d’eux prélèverait 5% du gaz transporté à titre de redevance en nature. Ce mécanisme, additionné d’autant d’accords de transit, repousserait la récupération des capitaux bien au-delà de l’horizon de n’importe quel investisseur. L’expert rappelle une règle élémentaire. Les pays produisent du gaz pour le vendre, et un gazoduc a besoin de clients qui paient pour l’utiliser. Or le projet atlantique, insiste-t-il, ne permet ni aux producteurs de commercialiser leur gaz ni de dégager des revenus suffisants.

Porter renvoie aussi à la récente entrevue du Président Tebboune avec la presse nationale. Au regard du volume de gaz ponctionné par chaque pays de transit face aux recettes attendues, la position exprimée par le président est que l’équation économique « n’a aucun sens ». Le calendrier n’arrange rien. Même avec les estimations les plus optimistes des Marocains, le gazoduc atlantique ne serait pas raccordé aux gisements nigérians avant 2036, soit dix ans de retard sur le transsaharien.  D’un côté, des tubes posés et un partenariat à trois qui se déploie. De l’autre, un tracé aux onze frontières dont les chiffres, aux yeux de l’analyste américain, ne tiendront jamais.

Chokri Hafed

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