L’UE veut faire de l’Algérie l’un des piliers de son approvisionnement énergétique: Bruxelles parie sur Alger
En marge du NAPEC 2026, l’ambassadeur de l’Union européenne en Algérie a plaidé pour un partenariat élargi, du gaz à l’hydrogène vert. Bruxelles cherche des fournisseurs sûrs dans un marché énergétique secoué par les crises.
Gaz, hydrogène, contrats de long terme, les capitales européennes se pressent à Oran pour s’assurer une place dans l’avenir énergétique de l’Algérie. En marge du NAPEC 2026, dont la 14e édition se tient jusqu’au 7 octobre, l’ambassadeur de l’Union européenne, Diego Mellado Pascua, a présenté l’Algérie comme un partenaire « fiable, fort et stratégique », tandis que ses homologues allemand, néerlandais, slovène et croate multipliaient eux aussi les signaux d’intérêt.
Le contexte explique cet empressement. La guerre en Ukraine n’a pas trouvé d’issue, les tensions autour du détroit d’Ormuz font peser la menace de nouvelles secousses sur les prix, et les Européens, qui ont tourné la page du gaz russe, mesurent ce que coûte la dépendance à un seul fournisseur. D’où ce regard appuyé vers la rive sud de la Méditerranée. L’Algérie y possède des atouts que peu de concurrents peuvent aligner. Elle est un producteur de gaz de premier rang, elle se trouve à quelques centaines de kilomètres des côtes italiennes et espagnoles, et elle est déjà reliée à l’Europe par des gazoducs directs en plus de ses capacités de liquéfaction.
Lors d’une conférence de presse tenue mardi à Oran, en marge de la 14e édition du Salon et Conférence nord-africains de l’énergie et de l’hydrogène (NAPEC 2026), l’ambassadeur de l’UE à Alger, Diego Mellado Pascua, a insisté sur « l’importance que l’Union européenne accorde à son partenariat énergétique avec l’Algérie », qu’il juge « fiable, fort et stratégique ». L’Union cherche à consolider cette relation au moment où les marchés de l’énergie restent nerveux. Le diplomate a rappelé que le pays est devenu « un partenaire dont on ne peut plus se passer », deuxième fournisseur de gaz de l’Europe par gazoduc, tandis que les Vingt-Sept réunis constituent son premier client. L’Italie, l’Allemagne, l’Autriche, l’Espagne ou le Danemark figurent en première ligne de cette interdépendance. Selon lui, les bouleversements géopolitiques et l’évolution du marché gazier ont encore renforcé cette place, et l’Algérie peut jouer « un rôle fondamental » dans la nouvelle configuration des alliances et des dépendances énergétiques du continent.
L’hydrogène vert et le SoutH2 Corridor en ligne de mire
L’ambassadeur n’a pas voulu réduire la relation au seul gaz. L’Union européenne, a-t-il expliqué, cherche à « approfondir sa coopération avec l’Algérie et à encourager les investissements dans les énergies renouvelables, notamment l’hydrogène vert », afin de positionner le pays comme un acteur de premier plan dans ces filières. Il a fait état de l’intérêt de grandes entreprises européennes, prêtes à accroître leurs engagements en s’appuyant sur les infrastructures déjà en place.
C’est dans cette perspective que s’inscrit le SoutH2 Corridor, que M. Mellado Pascua a qualifié de projet « essentiel et important ». Ce couloir doit acheminer vers l’Europe l’hydrogène vert produit en Algérie en passant par la Tunisie, avant de desservir l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne. Bruxelles compte sur ce chantier pour réussir sa transition énergétique, à un moment où l’Union doit importer de l’hydrogène renouvelable pour tenir ses objectifs climatiques. Le soleil algérien et son vaste foncier en font un fournisseur naturel.
Le message a trouvé un écho chez l’ambassadeur d’Allemagne, Georg Felsheim, qui a confirmé l’enthousiasme des Européens tout en appelant à passer aux actes. Il a rappelé la visite à Alger, il y a quelques jours, du secrétaire d’Etat allemand chargé de l’énergie et de l’économie, pour la conférence ministérielle sur les corridors verts et l’hydrogène vert. « Nous en sommes au début de ce projet », a-t-il reconnu, tout en relevant un intérêt « considérable » des entreprises européennes comme du côté algérien. Pour lui, « il faut maintenant passer à la concrétisation ».
La Haye veut aussi rejoindre l’alliance entre l’Algérie et l’Europe pour l’hydrogène vert. L’ambassadrice des Pays-Bas, Elisabeth Ann Lovejoy, espère la signature d’un mémorandum d’entente sur l’hydrogène et l’énergie « dans les semaines à venir ». Elle a rappelé que les échanges commerciaux bilatéraux ont dépassé trois milliards d’euros en 2025, dans le sillage de la visite à Rotterdam, en mai dernier, d’une délégation algérienne de haut niveau à l’occasion du sommet mondial de l’hydrogène. La Slovénie, dont l’ambassadrice Urška Kramberger Mandak indique que l’Algérie couvre près de la moitié des besoins gaziers, souhaite renouveler les contrats en cours, voire les prolonger sur plusieurs années. « Les entreprises discutent déjà avec Sonatrach », a-t-elle précisé. La Croatie voit plus grand. Son ambassadeur, Lijas Zelalić, veut faire de son pays une porte d’entrée du gaz algérien vers l’Europe centrale, en s’appuyant sur le port de Rijeka. Zagreb reçoit des cargaisons de GNL algérien depuis 2024 et voit en Sonatrach « un géant énergétique et un partenaire fiable ».
Industrie locale et diversification économique
La coopération visée dépasse le cadre des hydrocarbures. L’ambassadeur de l’UE a rappelé la volonté européenne de renforcer l’intégration économique avec l’Algérie, à travers des projets d’investissement, industriels et commerciaux. L’objectif affiché est de soutenir le développement de l’industrie locale et la diversification d’une économie qui reste largement tributaire de ses exportations d’énergie, un souhait que les autorités algériennes expriment de longue date.
Le premier jour du salon avait donné le ton, puisque l’ambassadeur a accueilli au pavillon de l’UE le ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, avant de s’entretenir avec plusieurs acteurs du secteur sur les perspectives de coopération. D’autres capitales jouent déjà une carte plus immédiate. L’Union n’est d’ailleurs pas la seule à frapper à la porte. Le NAPEC, qui se tient jusqu’au 7 octobre, a vu défiler les ambassadeurs britannique et néerlandais, venus plaider pour des partenariats durables, ainsi que le président de la Chambre de commerce américaine en Algérie, Warren Murdock, pour qui la conjoncture actuelle offre « une opportunité stratégique » de rapprochement. Dans un monde où la sécurité d’approvisionnement est redevenue la priorité des capitales, Oran sert de vitrine à une Algérie que tout le monde veut séduire. Une plateforme aussi pour transformer les déclarations d’intention en contrats et en infrastructures.
Samira Ghrib

