Économie

Textile et habillement : Les importateurs passent à l’usine et lorgnent désormais le marché européen

Des importateurs devenus fabricants, des recycleurs qui négocient avec des clients européens et des marques locales qui dessinent leurs propres collections. Réunis samedi à Alger à l’occasion de la 4e édition du salon Algeria Textile 2026, des opérateurs du textile et de l’habillement affirment que l’élan d’investissement observé ces dernières années permet de couvrir les besoins du marché national et d’ouvrir la porte à l’exportation.

Organisée au Palais des expositions des Pins maritimes, la manifestation s’est achevée samedi après avoir rassemblé plus de 15 entreprises actives dans la fabrication et la vente de tissus, de vêtements et de machines. Selon Amira Abdelhak, responsable de la société organisatrice, la participation nationale a nettement progressé par rapport aux premières éditions. Sur les stands, la variété des collections, notamment des tenues féminines modernes et traditionnelles, traduit la concurrence qui s’installe dans la filière, sous le regard d’un public venu nombreux. Le changement de cap saute aux yeux chez plusieurs exposants qui se contentaient hier d’importer et de distribuer. Houari Krouli, qui dirige une entreprise de ce type, a indiqué à l’APS que sa société est passée à la production, à l’image de nombreux opérateurs ces dernières années. Elle a depuis conçu ses propres modèles et ses propres designs, et songe à fabriquer à terme pour le compte d’autres marques. Il salue plus largement la dynamique d’investissement qui porte le secteur du textile et du cuir.

Le recyclage s’impose lui aussi comme un relais de croissance. Mohsen Gaouar, qui représente une entreprise spécialisée dans les textiles non tissés, les fils régénérés, les couvertures et les oreillers, estime que cette filière dispose de capacités de production et d’exportation importantes, tout en créant de la valeur à chaque étape, de la fabrication à la commercialisation. Son ambition à court terme est de conquérir des marchés extérieurs et son message est limpide, « Des négociations sont actuellement en cours en vue d’exporter plusieurs produits, notamment vers l’Europe ». Son entreprise transforme les déchets textiles en fibres régénérées et en matières semi-finies destinées à d’autres industriels. Environ 90 % des matières utilisées proviennent de déchets collectés et recyclés localement, les 10 % restants correspondant à des intrants introuvables sur le marché national. M. Gaouar y voit la preuve que les rebuts peuvent devenir une vraie matière première et que des ressources locales peuvent s’intégrer pleinement à la chaîne de production. Parallèlement à la fabrication des intrants sur place, nombre d’entreprises publiques et privées misent sur des designs et des marques locales pour donner plus de valeur à leurs produits et gagner en compétitivité, ici comme à l’étranger. Hamza Cherfi, directeur marketing d’un exposant, assure que les modèles de sa maison sont dessinés en Algérie. À ses yeux, la disponibilité des tissus et des matières premières à l’échelle nationale permettrait d’aboutir à un produit algérien plus intégré. Il insiste aussi sur l’intérêt des partenariats internationaux, qui favorisent l’échange d’expertise, de techniques et de nouveaux modèles au profit de la production nationale.

Sabrina Aziouez

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