FMI et Banque mondiale : Des réunions annuelles à l’ombre d’un monde sous triple pression
Énergie chère, El Niño menaçant, euphorie autour de l’IA, les réunions annuelles qui s’ouvrent lundi s’annoncent comme un exercice de vérité pour une économie mondiale en équilibre précaire.
Les réunions annuelles de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) s’ouvrent lundi à Bangkok, en Thaïlande, pour sept jours, dans unx climat dominé par les mutations géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, dont les répercussions pèsent déjà sur la croissance mondiale à court terme. Dirigeants, gouverneurs de banques centrales et experts y examineront les moyens d’accélérer le développement, alors que les chocs s’empilent : énergie, inflation, dette, climat.
À la veille de ce rendez-vous, la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a livré à l’AFP, lors d’un entretien à Singapour, un diagnostic sans fard. « Nous sommes très préoccupés par El Niño, d’une intensité supérieure à la moyenne, nous nous inquiétons pour la sécurité alimentaire », a-t-elle déclaré. Le phénomène sévit déjà avec la sécheresse en Amérique centrale, les perturbations de la mousson en Inde. Le Fonds redoute une nouvelle poussée des prix des denrées et se dit prêt à agir. « C’est notre rôle d’offrir un filet de sécurité face aux chocs exogènes », a-t-elle affirmé. Toutes les économies ne sont pas à égalité. Pour Mme Georgieva, les pays insulaires du Pacifique, le Bangladesh ou le Laos se trouvent dans une situation « beaucoup plus critique », certaines régions africaines étant elles aussi particulièrement exposées. Elle plaide pour une réponse internationale « coordonnée », les marges budgétaires des États étant déjà entamées.
Ce plaidoyer s’accompagne d’un message de fermeté. Après la pandémie, la guerre en Ukraine, le choc inflationniste, la hausse des taux et désormais le choc énergétique, les gouvernements ont multiplié les dispositifs de soutien, souvent à crédit. Or, avertit la patronne du FMI, « cette situation n’est plus tenable : les taux d’intérêt ont grimpé, tout comme les coûts d’emprunt ». Le Fonds ne réclame pas pour autant de laisser les ménages seuls face à la facture énergétique, mais prône un ciblage beaucoup plus précis des aides. Il juge aussi que le durcissement monétaire « doit être mené avec une grande prudence », tout en rappelant que l’inflation est un « impôt qui pèse le plus lourdement sur les ménages les plus modestes ».
L’intelligence artificielle offre, elle, une note a priori positive. Selon le FMI, son essor pourrait ajouter jusqu’à un demi-point de pourcentage à la croissance mondiale chaque année. Mais l’institution refuse de confondre potentiel et absence de risque. « Une perte de confiance entraînant un désengagement financier vis-à-vis de l’IA pourrait engendrer des risques pour la stabilité financière », prévient Mme Georgieva. Les géants du secteur, aux programmes d’investissement de plusieurs centaines de milliards de dollars, arrivent en effet sur un marché obligataire déjà tendu, où les États empruntent eux-mêmes massivement.
Energie : la Banque mondiale prête à déployer jusqu’à 100 milliards USD
Du côté de la Banque mondiale, son président, Ajay Banga, a confié à Reuters, samedi, que l’institution discute d’une éventuelle aide de crise avec 30 à 40 pays. Selon lui, l’économie mondiale a fait preuve d’une relative résilience, portée par les investissements dans l’IA et par les ajustements de l’offre et de la demande de pétrole et peu de pays ont sollicité les 25 milliards de dollars de fonds de crise ouverts fin février, au début de la guerre. Mais la flambée du diesel et des engrais, ajoutée à la perspective d’un super El Niño, change la donne. « Dans les mois à venir, davantage de pays viendront chercher une part de ces premiers 50 à 60 milliards de dollars », anticipe-t-il, en incluant les 35 milliards mobilisables par la réorientation de projets déjà approuvés. Si la situation s’aggravait, la Banque pourrait aller jusqu’à 100 milliards, contre 70 milliards décaissés durant la pandémie. « Nous verrons, mais nous sommes prêts. Nous sommes mobilisés », a-t-il assuré.
L’enjeu est considérable. Les pays en développement doivent, d’après les estimations de la Banque, quelque 400 milliards de dollars à leurs créanciers extérieurs en 2026, un tiers de cette somme correspondant aux seuls intérêts. M. Banga a indiqué que 14 ou 15 opérations d’échange de dette sont en préparation, après celles conclues pour l’Angola et la Côte d’Ivoire. Dans cet environnement, l’Afrique aborde ces assises avec un motif de satisfaction. La Banque mondiale a relevé, ce mois-ci, sa prévision de croissance pour l’Afrique à 4,3 % en 2026, contre 4,1 % en avril, saluant les réformes engagées qui commencent à porter leurs fruits. L’institution exhorte les gouvernements africains à investir dans l’IA pour accroître la productivité et créer des emplois, dans l’éducation, l’agriculture et les petites entreprises, à condition de renforcer les infrastructures numériques et la protection des données.
Amar Malki

