Culture

Festival international de l’art rupestre

Les pierres du Tassili prennent la parole

Djanet, porte du Tassili N’Ajjer, s’apprête à vivre à partir de ce lundi et jusqu’au 24 octobre la première édition du Festival international de l’art rupestre en Algérie, une manifestation à la fois culturelle, scientifique et artistique que le ministère de la Culture et des Arts veut au service de la protection, de l’étude et de la valorisation d’un patrimoine gravé et peint dans la roche depuis des millénaires, notamment dans les régions du Sud. Placé sous le patronage du ministère de la Culture et des Arts et sous le haut patronage du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le festival s’inscrit, selon le communiqué du département de Malika Bendouda, « dans le cadre des efforts du ministère en matière de recensement, de documentation, de protection et de valorisation des sites archéologiques ». Autrement dit, il ne s’agit pas d’une simple vitrine, mais d’un chantier de mémoire qui s’ouvre au grand jour.

Le choix du lieu ne doit rien au hasard. L’Algérie, rappelle le ministère, « recèle des sites exceptionnels d’art rupestre, notamment le Tassili N’Ajjer, considéré comme l’un des plus importants sites d’art rupestre au monde ». Ses milliers de peintures et de gravures racontent, à ciel ouvert, « différents aspects de la vie sociale, économique et spirituelle de populations humaines installées dans la région durant des millénaires ». Bergers, chasseurs, danseurs et troupeaux défilent sur ces parois comme sur les pages d’un album de famille que le temps aurait refusé de refermer. Mais le festival ne veut pas limiter son regard au seul Tassili. Il entend aussi mettre en avant « la grande diversité des expressions artistiques rupestres réparties dans plusieurs régions du pays, notamment au sein des parcs culturels ». Le communiqué y voit la preuve que l’Algérie constitue « un espace d’une importance majeure pour l’étude de certaines étapes de l’histoire de l’humanité et de son évolution ». Le message est clair. Le pays n’est pas seulement le gardien d’un trésor, il est un laboratoire à ciel ouvert pour comprendre d’où l’homme vient. Le programme, lui, ressemble à un voyage bien rempli. Une rencontre scientifique internationale sera consacrée à l’étude et à la préservation de l’art rupestre en Algérie. Des expositions thématiques feront dialoguer les régions et leurs sites. Un forum réunira toutes les parties concernées par la protection et l’exploitation de ces lieux fragiles, tandis que des journées du film archéologique offriront un autre regard, celui de la caméra. Enfin, une résidence artistique a permis il y a quelques jours aux étudiants des écoles des beaux-arts de poser leur propre trait face à un héritage qui n’a pas pris une ride, ce qui est la meilleure façon de transmettre le flambeau.

L’ambition affichée dépasse largement ces six jours. Le festival « aspire à devenir un rendez-vous scientifique et culturel annuel regroupant les chercheurs, les experts, les institutions spécialisées et les acteurs dans le domaine de la protection et de l’exploitation du patrimoine ». Il s’agit de présenter les résultats des recherches, d’échanger les expertises sur la préservation, la documentation et la gestion, mais aussi d’examiner comment associer les différents acteurs à la sauvegarde de ce patrimoine et à son exploitation durable, notamment à travers le tourisme culturel et d’exploration. Les organisateurs promettent d’ailleurs des résultats concrets, avec un cadre scientifique annuel, une revue spécialisée, une exposition thématique chaque année et un espace permanent de concertation entre les acteurs de la protection des parcs culturels.

510 sites archéologiques et naturels recensés

Ce calendrier n’arrive pas dans un désert d’actualité, si l’on ose l’expression. Quelques jours à peine avant l’ouverture, le Parc culturel du Tassili n’Ajjer a fait connaître les résultats d’une mission de terrain qui sonne comme un avant-goût du festival. Menée du 21 septembre au 11 octobre dans la région d’In-Azan-Tadrart, à environ 250 km au sud-est de Djanet, l’expédition a permis de recenser pas moins de 510 sites archéologiques et naturels. Le décompte donne le vertige, avec 207 sites de surface, 265 monuments funéraires, 29 sites d’art rupestre et 9 sites naturels. Derrière ces chiffres, il y a des semaines de marche. Initiée par le département de la préservation du patrimoine culturel et naturel, en coordination avec les services chargés de la valorisation et de la protection juridique, ainsi qu’avec les sections opérationnelles de Djanet, Bordj El-Haouès et Illizi, la mission a traversé des plaines, des oueds rocailleux et sablonneux, puis des falaises que les véhicules ne peuvent pas atteindre. Il a fallu poursuivre à pied, la boussole dans une main et le carnet dans l’autre. Voilà ce que veut dire, concrètement, répertorier et protéger le patrimoine, loin des discours et près de la poussière. Cette double actualité dessine une même ligne de conduite. Pour le ministère, l’organisation de cet événement à Djanet confirme « l’engagement du secteur de la Culture et des Arts à poursuivre la protection du patrimoine archéologique national, à mettre en avant la place de l’Algérie dans l’étude du patrimoine préhistorique et à transformer ce patrimoine exceptionnel en un espace de connaissance, d’échange, de création et de développement culturel et touristique durable ».

Mohand S.

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