Culture

Grand Prix Assia Djebar du roman

Trois plumes couronnées

Samedi soir au Centre international de conférences Abdelatif-Rahal, la huitième édition du Grand Prix Assia Djebar du roman a couronné trois voix, en arabe, en tamazight et en français. Une soirée où le ministre de la Communication a rendu hommage à une écrivaine dont la plume n’a jamais quitté le combat de son pays. Samedi, la huitième édition du Grand Prix Assia Djebar du roman a levé le rideau sur ses lauréats, sous un slogan qui disait déjà l’essentiel, « Dans la mémoire, les racines de demain ». Placée sous le haut patronage du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, et organisée par l’Entreprise nationale de communication, d’édition et de publicité (ANEP), la cérémonie a réuni autour du ministre de la Communication, Mohamed Bouslimani, le président du Haut Conseil de la langue arabe, Salah Belaïd, le secrétaire général du Haut-commissariat à l’amazighité, Si El Hachemi Assad, ainsi que l’ancienne ministre, moudjahida et écrivaine Zhor Ounissi. Responsables de divers secteurs, hommes et femmes de lettres, visages de la scène politique et médiatique avaient pris place dans la salle.

Dans son allocution, M. Bouslimani a vu dans ce prix « une récompense aux efforts des créateurs algériens et un hommage de fidélité à l’icône de la littérature algérienne ». Selon lui, celle dont la distinction porte le nom compte parmi les créatrices qui ont « mis leur talent au service de la cause nationale de libération ». Son patriotisme, a-t-il insisté, ne fut jamais un décor de façade, puisque « le patriotisme, chez Assia Djebar, n’était pas un simple slogan retentissant dormant au creux de ses œuvres, mais un principe immuable et un engagement inébranlable à toutes les étapes de sa vie ». Le ministre a ensuite remonté le fil de son parcours, jusqu’à la grève de l’Union générale des étudiants musulmans algériens (UGEMA), à laquelle la jeune femme prit part « au prix de son avenir professionnel ». Il a aussi rappelé « La Nouba des femmes du Mont Chenoua », ce film par lequel la cinéaste a fait de l’écran « un espace de mémoire et une tribune pour dévoiler le visage hideux du colonialisme ». Puis il a salué une œuvre littéraire « qui a franchi les frontières et a été traduite dans plusieurs langues », preuve que le verbe algérien sait voyager sans perdre ses racines. Tournant le regard vers l’avenir, M. Bouslimani a présenté le prix comme « une précieuse opportunité pour les jeunes plumes et les auteurs peu connus d’intégrer l’univers du roman algérien ». Il a formé le vœu de « rehausser davantage le niveau de la création à chaque édition, avec la participation de tous », afin de « porter le roman algérien vers les cimes de l’universalité ».

Le calendrier, lui, n’a pas été oublié. La cérémonie coïncidait avec la commémoration des massacres du 17 octobre 1961, lorsque des milliers d’Algériens furent tués à Paris pour avoir manifesté pacifiquement en faveur de l’indépendance et contre les mesures discriminatoires et répressives. Pour le ministre, cette « convergence entre littérature et histoire confirme que la parole et la mémoire sont les deux facettes d’une même cause ». Il a conclu en évoquant un souvenir de 2001, un hommage rendu à Assia Djebar en Allemagne, auquel il avait assisté aux côtés de Zhor Ounissi, et qui « témoigne de la fierté de l’Etat algérien à l’égard de cette figure littéraire et de son œuvre raffinée, qui a rayonné sur tous les continents ».

Place ensuite aux lauréats. Dans la catégorie du roman en langue arabe, le jury a distingué Sarah Mohamed Maariche pour « Ar-Rifraf », sous-titré la biographie mythique de la montagne, publié par les éditions Nemoris. Côté tamazight, le prix est revenu à Farida Sahoui pour « Aggus » (La ceinture), paru chez Talsa. En langue française, c’est Hosni Kitouni qui l’emporte avec « Ce que la mort m’a pris de toi », publié par Casbah Editions. Ces trois choix ont été arrêtés par un jury de dix membres, universitaires, romanciers et spécialistes de la littérature, de la traduction et de la sociologie, présidé par Hakim Miloud. On y croise notamment la romancière Maïssa Bey, aux côtés de Mustapha Madi, Hamid Bouhabib, Cherif Meribai, Meriem Guemache, Leïla Hamoutène, Ahcene Mariche, Koussaïla Alik et Idir Belali. La soirée a aussi offert un moment d’émotion avec le dévoilement du trophée officiel du prix, adopté à l’occasion de cette huitième édition et appelé à récompenser les lauréats des années à venir. Créé en 2015, l’année même de la disparition de l’écrivaine et universitaire (1936-2015), le Grand Prix Assia Djebar du roman perpétue le souvenir d’une figure majeure des lettres algériennes. Édition après édition, il tisse un fil entre celles et ceux qui ont écrit l’histoire et celles et ceux qui écrivent déjà demain.

Mohand Seghir

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