Locales du 28 novembre : Les partis face à la vague des exclusions de candidats
Partis politiques et listes indépendantes engagés dans les élections locales du 28 novembre ont jusqu’au 28 octobre pour remplacer les candidats dont les dossiers ont été écartés. L’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) a détaillé neuf motifs de rejet, parmi lesquels l’atteinte à la moralisation de la vie politique et les liens avec les milieux d’affaires douteux. Dans le même temps, plusieurs formations dénoncent des exclusions qu’elles jugent massives et arbitraires. Dans un bilan provisoire rendu public lundi, l’ANIE précise que l’opération de remplacement reste ouverte auprès de ses coordonnateurs de wilaya. Les candidats concernés conservent leur droit de recours devant les tribunaux administratifs, selon une procédure qui se déroule en parallèle. Les motifs sont de nature variée. Ils vont de la non-présentation des pièces exigées par la loi à l’absence d’inscription sur la liste électorale de la circonscription concernée, en passant par l’âge (23 ans révolus le jour du scrutin) et la situation au regard du service national. Figurent aussi une condamnation définitive à une peine privative de liberté pour crime ou délit sans réhabilitation, hors délits involontaires, et l’absence de justification de la situation fiscale, par paiement, échéancier ou preuve de non-imposition. Deux critères alimentent le débat à savoir la réputation publique de liens avec l’argent douteux, susceptibles d’influer sur la liberté de choix des électeurs, et l’existence d’éléments portant atteinte à la moralisation de la vie politique. S’y ajoutent les cas d’inéligibilité de l’article 188 de la loi organique relative au régime électoral.
Côté listes, l’ANIE en a rejeté neuf sur 6 065 déposées, pour formulaires de signatures non conformes ou dossiers incomplets. Trois listes communales sur 5 631 ont été écartées (0,05 %), contre six listes de wilaya sur 434 (1,38 %). Au total, 6 056 listes sont retenues.
Les candidats se répartissent avec 87 995 jeunes de 40 ans et moins, soit 54,02 % du total, contre 19 327 femmes (11,86 %). On compte aussi 78 959 universitaires, soit 48,48 %.
Le FFS et le PT montent au créneau
Le Front des forces socialistes (FFS) a réagi dans un communiqué. Il y fustige des « exclusions arbitraires et contraires à la Constitution » ayant touché la plupart de ses listes, en particulier des têtes de liste et des cadres jouissant d’un réel ancrage populaire. Le parti, dont le communiqué est signé du Premier secrétaire national, Youcef Aouchiche, y voit une application sélective et politiquement orientée des articles premier et 184 de la loi électorale. Il estime que ces pratiques nourrissent un climat de suspicion. Il réclame l’arrêt immédiat du processus, le réexamen de toutes les décisions dépourvues de motifs légaux valables et la réhabilitation des candidats lésés. Selon lui, la moralisation de la vie publique ne saurait servir de prétexte à l’arbitraire, car elle commence par le respect strict de la Constitution. Le Parti des travailleurs (PT) a exprimé mardi son indignation face à la « reproduction des exclusions collectives destructrices », qui auraient visé des militants et cadres de longue date, ainsi que des élus « connus et reconnus pour leur probité morale et leur compétence ». Il dénonce une « accusation vague d’atteinte à la morale politique », érigée en prétexte pour écarter la grande majorité des dossiers, sans distinction. Il conteste que les décisions émanent d’une « commission spéciale » plutôt que de l’ANIE, laquelle n’aurait pas compétence pour mener des enquêtes d’intégrité. Il cite le cas d’un élu reconduit quatre fois, dont deux mandats comme maire, et celui de jeunes candidats de 23 ans écartés, ce qui contredit, selon lui, le discours officiel encourageant la jeunesse. Il appelle enfin le président de la République, « protecteur de la Constitution », à ordonner la réintégration des candidats exclus, en tenant compte des réserves de la Cour constitutionnelle sur les articles 200 et 184. Ce scénario rappelle celui des législatives du 2 juillet, déjà marquées par des rejets en nombre de candidatures sur la base de l’article 200 de la loi électorale.
Hocine Fadheli

