Lancement de l’exploitation de Gara Djebilet : L’Algérie post-pétrolière inaugurée !
L’inauguration ce dimanche par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, de la ligne ferroviaire minière ouest et l’ouverture officielle de l’exploitation de la mine de Gara Djebilet marquent un tournant historique dans la stratégie économique nationale. Ce mégaprojet, resté dans les tiroirs depuis 1956, consacre l’entrée du pays dans l’ère de la souveraineté industrielle et positionne l’Algérie comme acteur majeur sur le marché mondial du fer et de l’acier, tout en redessinant la carte du développement territorial national.
Soixante-dix ans après sa découverte, le géant dormant de Gara Djebilet s’éveille enfin. L’exploitation de la troisième plus grande mine de fer au monde, dont les réserves sont estimées à 3,5 milliards de tonnes, accompagnée de la mise en service d’une ligne ferroviaire de 950 kilomètres reliant Tindouf à Béchar, incarne ce que le Président Tebboune a qualifié il y a quelques semaines de « nouvelle orientation économique consacrant le principe de souveraineté nationale et la diversification des sources de revenus en dehors du secteur des hydrocarbures ». Ce projet titanesque, réalisé exclusivement avec des moyens nationaux sans recours à l’endettement, représente selon les experts l’étape économique la plus audacieuse de l’Algérie post-indépendance.
La concrétisation de ce projet, longtemps considéré comme difficilement réalisable, a été menée dans des délais records. Les travaux de réalisation ont débuté en juillet 2022, suivis du lancement du projet de l’usine de traitement primaire du minerai de fer en décembre 2023. Cette célérité d’exécution témoigne d’une volonté politique sans faille de transformer les ressources naturelles du pays en levier de croissance économique durable.
Un projet structurant pour l’économie nationale
L’expert économique Mahfoud Kaoubi souligne la dimension stratégique du projet. « Ce mégaprojet constitue une réalisation historique par son importance dans la diversification de l’économie nationale », a-t-il affirmédans un entretien avec la Radio algérienne, précisant qu’il « représente un défi majeur qui n’était pas possible dans les années 70, ni techniquement, ni économiquement, ni même géographiquement ». Selon lui, « la dimension géographique du gisement constituait un obstacle fondamental en raison de son éloignement des ports et des zones d’exploitation, mais la réalisation de la ligne ferroviaire et sa connexion aux ports et usines de transformation, que ce soit dans l’Ouest algérien ou d’autres régions, a permis de résoudre le problème du transport et de son coût, ainsi que l’approvisionnement en eau et en énergie ». Kaoubi insiste sur le fait que « les projets structurants ont la particularité de constituer une locomotive pour d’autres secteurs », ajoutant qu' »on ne peut parler de développement durable ou de compétitivité réelle sans un secteur industriel fort ». Il rappelle que « l’industrie ne représente aujourd’hui qu’environ 7% du produit national brut, alors que l’État, selon les directives du président de la République, vise à porter ce taux entre 15 et 19% ». L’expert souligne également que « l’Algérie importe aujourd’hui plus de 2 millions de tonnes de fer de l’étranger, ce qui augmente le coût en devises », précisant que « si ces besoins sont satisfaits de manière suffisante, le problème de l’approvisionnement sera résolu, et le coût de ce fer diminuera tant en termes de devises que de coûts liés au processus d’importation lui-même ».
Sur le terrain, les infrastructures techniques et logistiques ont été entièrement achevées. Les zones de stockage et de traitement primaire du minerai de fer sont désormais équipées, et les études relatives aux méthodes d’exploitation et de traitement ont été finalisées afin de garantir une rentabilité économique élevée et le respect des normes environnementales.
Déphosphoration : un défi relevé
Des technologies modernes ont été adoptées pour réduire le taux de phosphore dans le minerai et améliorer sa qualité, parallèlement à l’élaboration d’un plan intégré de gestion des ressources en eau et de l’énergie nécessaires à l’activité minière. La secrétaire d’État auprès du ministre des Hydrocarbures et des Mines, Karima Bakir Tafer, a précisé lors de sa récente visite au site que « le projet des deux unités de traitement et de chargement du minerai de fer permettra des opérations de concassage, de criblage, d’augmentation de la teneur en fer et de réduction du taux de phosphore de 0,8% à 0,2% ». Elle a annoncé que « la capacité de production atteindra un million de tonnes en 2026, pour s’élever à 8 millions de tonnes à l’horizon 2030 », soulignant que « ces deux unités créeront 500 emplois directs, en donnant la priorité aux jeunes de la région ».
Les premières quantités de minerai de fer ont déjà été extraites, avec un objectif de production compris entre 2 et 3 millions de tonnes par an lors de la première phase, destinée à tester les installations et à préparer les moyens de transport. Lors du Conseil des ministres du 16 novembre dernier, le président Tebboune a ordonné « de faire en sorte que la première cargaison du minerai de fer soit acheminée, via la ligne ferroviaire, vers le complexe sidérurgique Tosyali d’Oran à partir de 2026 », sur une distance totale estimée à près de 2.000 kilomètres. Cette directive marque « la première étape vers la réduction de la facture d’importation du minerai de fer et la réalisation progressive de l’autosuffisance ».
La ligne ferroviaire minière ouest, conçue par l’Agence nationale des études et du suivi de la réalisation des investissements ferroviaires, est dimensionnée pour transporter annuellement jusqu’à 50 millions de tonnes de minerai brut, auxquelles s’ajouteront 25 millions de tonnes de produits transformés. Ces capacités de transport exceptionnelles, rendues possibles par une conception technique permettant une charge supérieure à 32,5 tonnes par essieu, placent cette infrastructure parmi les plus performantes d’Afrique en matière de transport de pondéreux.
Un corridor de développement régional et énergétique
Pour l’analyste économique Houari Tighersi, « ce projet historique est resté dans les tiroirs depuis 1956 et n’a été concrétisé que grâce à la volonté politique actuelle ». Il a souligné dans une déclaration à la Radio algérienne que « ce complexe minier ne concerne pas une région spécifique, mais représente un projet national par excellence dont l’impact s’étend sur un tiers de la superficie de l’Algérie, particulièrement les zones du Sud-Ouest et de l’Ouest en général ». Tighersi insiste sur le fait que « la problématique des infrastructures constituait le plus grand obstacle à l’exploitation des richesses minières en Algérie, et non le manque de ressources », affirmant que « l’inauguration de la ligne ferroviaire représente une transformation qualitative car elle réduit les coûts de transport et confère au produit algérien une capacité concurrentielle sur les marchés mondiaux ».
L’expert met en lumière une dimension souvent négligée : le développement territorial équilibré. « Le projet ne doit pas être considéré comme un projet minier isolé, mais comme une locomotive pour un développement équilibré s’étendant sur près de mille kilomètres, dans des régions dont les potentialités n’ont jamais été exploitées auparavant », explique-t-il, révélant que « la seule région de Béchar contient au moins 23 matériaux dont des matières rares, sans compter d’énormes potentialités agricoles, notamment dans la culture du palmier et des produits oléagineux, ainsi que d’importantes possibilités touristiques ».
Le directeur de l’énergie de la wilaya de Tindouf, Mustapha Benabdelkader, a confirmé à l’APS que « la mine de Gara Djebilet constitue un pilier essentiel de l’économie nationale et un moteur du développement local dans la wilaya de Tindouf et les wilayas avoisinantes ». Il a révélé que « plusieurs projets structurants sont prévus autour de la mine, dont un projet de centrale de production d’électricité à partir de l’énergie solaire d’une capacité de 200 mégawatts, destinée à couvrir les besoins des usines de traitement primaire du minerai de fer, ainsi que ceux de la région, dans un contexte d’expansion des projets industriels et miniers ». Cette approche intégrée illustre la volonté de créer un écosystème industriel complet, autonome en énergie et respectueux de l’environnement.
Tighersi souligne également la « dynamique économique et sociale globale » qu’engendrera le projet, incluant « la sous-traitance, la formation professionnelle, l’enseignement supérieur, la recherche scientifique et les start-ups », précisant que « les universités et centres de formation ont déjà commencé à anticiper les spécialisations liées au projet ». Les autorités concernées ont accordé une attention particulière au volet humain, à travers la préparation et la qualification de la main-d’œuvre locale dans les différentes spécialités liées à l’activité minière, en coordination avec le secteur de la formation et de l’enseignement professionnels, dans le but de créer des emplois durables au profit des jeunes de la région.
Sur le plan social, l’expert évoque « la redistribution de la population, la création de wilayas déléguées et le renforcement de la stabilité dans des régions comme Tindouf, Béchar, Béni Abbès et Naâma ». Cette dimension sociale du projet dépasse largement la simple création d’emplois directs pour englober toute une transformation du tissu socio-économique des régions concernées.
Une plateforme d’intégration africaine et de rayonnement mondial
La dimension continentale du projet constitue peut-être sa caractéristique la plus visionnaire. Tighersi insiste sur le fait que « le projet Gara Djebilet ne se limite pas à sa dimension nationale, mais ouvre des perspectives stratégiques d’ouverture sur la profondeur africaine ». Il explique que « la connexion de Gara Djebilet et Tindouf au réseau ferroviaire, puis son extension vers les passages frontaliers, notamment l’axe Tindouf-Zouerate, pose les bases d’une véritable intégration économique africaine dans les phases à venir ».
L’analyste révèle que « la création de zones franches dans ces territoires n’était pas arbitraire, mais s’inscrit dans une vision prospective où ces zones deviennent capables d’approvisionner les marchés libres grâce à un projet minier géant et une infrastructure établie, permettant de développer les échanges commerciaux avec les pays voisins, notamment la Mauritanie, et de renforcer le commerce intra-africain ». Cette orientation, selon lui, « s’inscrit dans une vision stratégique à long terme qui fait du Sud-Ouest algérien un espace économique dynamique, et non une zone isolée, conférant à l’Algérie une position centrale dans les réseaux d’échange africains ».
Kaoubi abonde dans ce sens, affirmant que « l’Algérie tente de s’adapter à la transformation économique, d’abord en sécurisant l’approvisionnement des secteurs économiques locaux, ensuite en ayant une position ou en étant partenaire dans l’équation du changement au niveau des marchés mondiaux, et enfin en ayant la capacité d’être un pays qui attire les investissements étrangers ». Il ajoute que « cette dynamique de développement que connaîtra l’Afrique à l’avenir nécessitera des intrants essentiels, principalement le fer, le plomb, le phosphate et de nombreux autres matériaux miniers, ce qui fait de l’Algérie une zone capable d’attirer les investissements et de construire des secteurs économiques locaux orientés vers la croissance, mais aussi vers l’exportation et l’établissement de partenariats au sein du continent africain ».
L’expert confirme que « l’Algérie figurera parmi les 20 principaux fournisseurs de fer au monde et apprendra à pénétrer les marchés mondiaux et à réussir dans l’exportation à l’avenir », soulignant que « l’objectif de l’Algérie n’est pas d’exporter les minéraux sous forme brute » mais de développer toute la chaîne de valeur ajoutée sur le territoire national. Le Conseil des ministres a d’ailleurs approuvé la création de nouvelles usines de traitement du minerai de fer à Tindouf, Béchar et Naâma, jetant ainsi les bases d’une véritable industrie sidérurgique régionale intégrée.
Al-Monitor de Washington observe que « l’Algérie ne construit pas seulement une voie ferrée, elle se positionne comme un pôle industriel vital pour la Méditerranée et l’Afrique, défiant ainsi les chaînes d’approvisionnement traditionnelles ». Energy Capital & Power considère que cette ligne constitue « la colonne vertébrale de l’avenir de l’Algérie hors hydrocarbures, le moteur principal qui transformera le Sahara en un pôle logistique continental ». Le United States Geological Survey estime quant à lui que « l’Algérie s’impose aujourd’hui comme un acteur mondial émergent sur le marché du fer et de l’acier », ajoutant que « l’infrastructure ferroviaire est la clé technique pour transformer les vastes réserves de Gara Djebilet en production réelle ».
Cette reconnaissance internationale de l’ampleur du projet reflète son impact potentiel sur les équilibres mondiaux du marché sidérurgique. La proximité géographique de l’Algérie avec l’Europe, combinée à des coûts de transport réduits grâce à l’infrastructure ferroviaire moderne, positionne le pays comme une alternative crédible aux fournisseurs sud-américains et asiatiques traditionnels.
Tighersi conclut en affirmant que « ce qui a été réalisé reflète le passage de l’Algérie de la phase des promesses à la phase de l’action », saluant « la volonté politique qui a permis de concrétiser de grands projets dans des délais records ». Il affirme que « le projet Gara Djebilet a ouvert les yeux des Algériens sur d’énormes potentialités qui étaient négligées », concluant que « l’Algérie possède les richesses, les capacités et l’élément humain capable de réaliser une véritable renaissance économique ».
La mine de Gara Djebilet s’impose ainsi comme un symbole de l’approche stratégique de l’État en matière d’exploitation des richesses naturelles et de renforcement de la souveraineté économique. Elle allie une dimension économique locale et nationale, des opportunités concrètes de développement et une contribution effective à la diversification des sources de revenus hors hydrocarbures. L’entrée en exploitation de cette mine confirme la capacité de l’Algérie à transformer ses ressources naturelles en levier de croissance et à renforcer sa position en tant qu’acteur minier et industriel régional et continental. Un message d’optimisme qui résonne désormais dans tout le pays, de Tindouf jusqu’aux ports méditerranéens, traçant la voie d’une Algérie post-pétrolière enfin en marche.
Amar Malki

