Trump prévoirait des frappes contre l’Iran en cas d’échec des négociations : La tension monte dans le Golfe
À trois jours d’une nouvelle session de pourparlers à Genève, la tension monte entre Téhéran et Washington.
Donald Trump a confirmé vendredi qu’il « envisageait » des frappes militaires contre l’Iran si les négociations échouaient, tandis que Téhéran a répondu avec une clarté sans ambiguïté que tout acte d’agression serait traité comme tel. Entre menaces militaires, déploiements navals et signaux diplomatiques contradictoires, le dossier nucléaire iranien se joue désormais sur le fil du rasoir, avec en arrière-plan le spectre d’un conflit aux conséquences imprévisibles pour l’ensemble de la région. C’est le New York Times qui a, le premier, levé le voile sur l’étendue des options envisagées par l’administration américaine. Selon des responsables américains cités par le journal, Trump aurait indiqué à ses conseillers qu’il envisagerait une première frappe ciblée dans les prochains jours, visant notamment le quartier général des Gardiens de la révolution iraniens, des installations nucléaires et des éléments de l’infrastructure de missiles balistiques du pays. Si cette frappe initiale ne suffisait pas à convaincre Téhéran d’abandonner son programme nucléaire, le président américain aurait évoqué la possibilité d’actions militaires de plus grande envergure, pouvant aller jusqu’à tenter de renverser la direction du pays. Des options que certains responsables de l’administration eux-mêmes jugent irréalistes : les raids de forces spéciales contre des installations fortifiées auraient déjà été écartés en raison des risques opérationnels qu’ils impliquent.
Sur le terrain, les signaux militaires américains sont explicites. Deux groupes aéronavals sont actuellement déployés à portée de l’Iran en mer d’Arabie, accompagnés d’avions de chasse, de bombardiers et d’appareils ravitailleurs. Steve Witkoff, émissaire américain en charge des négociations, a d’ailleurs exprimé à Fox News l’étonnement de Trump devant le fait que l’Iran n’ait pas déjà « capitulé » face à cet imposant dispositif. La réponse iranienne ne s’est pas fait attendre. Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a balayé cette rhétorique lors d’une conférence de presse à Téhéran : « Les Iraniens n’ont jamais accepté de capituler dans leur histoire », a-t-il déclaré, avant d’être catégorique sur la question des frappes : « Il n’y a pas de frappe limitée. Un acte d’agression sera considéré comme un acte d’agression. Point final. Tout État réagirait avec force à un acte d’agression au titre de son droit inhérent à la légitime défense, et c’est donc ce que nous ferions. »
Cette fermeté n’empêche pas Téhéran de maintenir ouverte la voie diplomatique, avec une subtilité qui mérite d’être soulignée. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, qui mène personnellement les négociations, a accordé dimanche une interview à la chaîne CBS dans laquelle il a exprimé des positions plus nuancées qu’il n’y paraît. L’Iran, a-t-il indiqué, est « prêt à coopérer pleinement » avec l’Agence internationale de l’énergie atomique sur les garanties nucléaires, et pourrait même « accepter sous certaines conditions le Protocole additionnel au traité », ouvrant ainsi la porte à une reprise des inspections de l’AIEA. « Je pense que le mécanisme de vérification et de surveillance est tout à fait acceptable et peut être appliqué », a-t-il précisé. Le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, avait d’ailleurs déclaré qu’un accord sur la reprise des inspections pourrait être conclu prochainement, signe que les canaux techniques restent actifs.
Mais sur la question de l’enrichissement de l’uranium, Araghchi ne cède pas d’un pouce. « L’enrichissement est un sujet important de nos négociations. Les Américains connaissent notre position. Nous connaissons la leur. Nous avons déjà échangé nos points de vue concernant nos préoccupations respectives. Je pense qu’une solution est possible », a-t-il déclaré, tout en réaffirmant que l’enrichissement constitue « un droit » de l’Iran en tant que signataire du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. Une position frontalement opposée à celle de Trump, qui a publiquement exigé « zéro enrichissement » comme condition à tout accord — bien que le New York Times rapporte que certains responsables américains examinent en coulisses une proposition qui permettrait à l’Iran de maintenir un programme d’enrichissement très limité à des fins médicales et de recherche.
C’est précisément autour de ces compromis potentiels que gravitent les négociations menées sous la houlette d’Oman. Le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr al-Busaidi, a confirmé dimanche la tenue d’une troisième session jeudi à Genève, se disant « heureux » de constater « une volonté positive de faire le pas supplémentaire pour finaliser l’accord ». Ce troisième cycle fait suite aux réunions du 6 février à Mascate et du 17 février à Genève, où les délégations ont échangé leurs positions par voie indirecte, le protocole diplomatique excluant pour l’heure tout contact direct entre représentants américains et iraniens. L’Europe, quant à elle, observe avec inquiétude cette partie d’échecs à très hauts risques.
Lyes Saïdi

