Oran : Le MaMo célèbre la lettre arabe entre ornementation et houroufiat
Le Musée public national d’art moderne et contemporain d’Oran ouvre le mois de Ramadhan sous le signe de la lettre. Inaugurée samedi soir, une exposition collective réunissant quatre artistes aux univers distincts mais unis par une même dévotion à la graphie arabe est visible jusqu’au 11 mars au MaMo. Plus de trente œuvres y déploient la richesse de l’ornementation islamique et l’art des houroufiat, cette tradition qui élève la lettre au rang d’œuvre plastique à part entière. Le titre de l’exposition, « L’ornementation et l’art des houroufiat », dit à lui seul l’ambition du projet : rapprocher deux disciplines sœurs que tout lie — le tracé, le rythme, la spiritualité du geste — et les offrir au regard du public oranais dans un cadre muséal qui leur confère toute la légitimité qu’elles méritent. Car si la calligraphie arabe est reconnue depuis 2021 au patrimoine immatériel de l’UNESCO, elle demeure encore trop souvent cantonnée aux cercles de spécialistes, loin des cimaises où s’exposent les autres formes de l’art contemporain. L’initiative du MaMo, inscrite dans le programme culturel pensé pour animer les soirées du Ramadhan, entend combler cet écart.
La figure tutélaire de l’exposition est incontestablement le grand calligraphe Kour Noureddine, qui signe près de vingt œuvres, pour la plupart inédites. Son parti pris esthétique est affirmé et cohérent : « des nuances de gris coloré afin de mettre en valeur la beauté de cette teinte dans cet art patrimonial, capable de s’adapter à toutes les gammes chromatiques », explique-t-il, tout en revendiquant la combinaison des couleurs froides et chaudes « dans un style caractérisé par l’équilibre et l’harmonie dans la conception et la composition du texte ». Une œuvre qui ne se contente pas de transcrire, mais qui sculpte l’espace de la toile par la seule puissance du signe arabe, transformé en matière lumineuse, presque minérale, sous ses pinceaux.
Face à lui, Berezoug Lakhdar propose une traversée entre deux régimes de la lettre. Ses cinq œuvres naviguent entre calligraphie classique et houroufiat contemporains, et l’une d’elles se distingue par une audace technique notable : le recours à une approche tridimensionnelle dans le tracé de la lettre arabe, « en utilisant l’écriture Thuluth », précise l’artiste. Cette écriture, parmi les plus nobles de la tradition arabo-islamique, se voit ici projetée dans une nouvelle profondeur, comme si le calligraphe voulait libérer la lettre du plan pour lui restituer une présence physique, presque sculpturale.
M’hamed Halima Salem, quant à lui, investit les murs de la salle avec huit œuvres qui marient ornementation islamique et lettre arabe sur toile — un choix de support délibéré, qui déplace la pratique de l’ornementation hors de son territoire habituel du papier ou du plâtre pour l’inscrire dans le champ des arts visuels contemporains. Une manière de réaffirmer que le zellige et l’arabesque ne sont pas condamnés à orner les mosquées ou les patios, mais qu’ils ont toute leur place dans un musée d’art moderne.
Enfin, le plus jeune participant de cette exposition collective mérite une attention particulière. Oussama-Mohamed Fawzi Kour est présenté comme un « peintre amateur », mais sa démarche n’a rien d’anodine. Se plaçant délibérément dans la lignée des grands calligraphes algériens qui ont marqué l’histoire des houroufiat, il choisit pour sa première création artistique un sujet chargé d’une profonde résonance spirituelle : « La Basmala », cette formule inaugurale de la tradition coranique, réalisée en écriture coufique carrée. Un début sous de hauts auspices, et le signe que la transmission entre générations est à l’œuvre. L’exposition restera accessible au public jusqu’au 11 mars, offrant aux Oranais et aux visiteurs de passage l’occasion rare d’embrasser en un seul regard la pluralité des voies que peut emprunter la lettre arabe lorsqu’elle cesse d’être seulement un outil de communication pour devenir, entre les mains d’artistes qui l’aiment, un territoire d’exploration esthétique et de mémoire vivante.
Mohand S.

