La mine d’Oued Amizour placera l’Algérie au douzième rang mondial du zinc : Quelles retombées économiques et sociales
Le démarrage de l’exploitation du gisement de zinc et de plomb d’Oued Amizour, dans la wilaya de Béjaïa, marque un tournant pour le secteur minier algérien. Classé douzième mondial, ce projet à haute valeur stratégique promet des milliers d’emplois sur deux décennies. Éclairages d’un expert.Dans ce sens, le professeur Malek Ould Hamou, directeur du laboratoire de génie minier et consultant reconnu dans le secteur a souligné lors d’une intervention sur les ondes de la Radio algérienne que « le gisement d’Oued Amizour est un minerai polymétallique composé principalement de zinc et de plomb, avec une estimation de 34 millions de tonnes exploitables ». Ces réserves renferment environ 170 000 tonnes de zinc et 30 000 tonnes de plomb, deux métaux dont la valeur sur les marchés internationaux contraste avec les volumes, certes plus modestes que certains colossaux gisements de fer. Mais c’est précisément là que réside la singularité du projet. Le zinc, métal de la galvanisation et des batteries, et le plomb, incontournable dans l’industrie électrique, affichent des cours soutenus qui confèrent à ce projet une rentabilité que les seuls chiffres de tonnage ne sauraient résumer.La portée internationale du site est l’un des arguments les plus frappants avancés par le spécialiste. « Le gisement d’Oued Amizour est classé à peu près au douzième rang mondial », affirme le professeur Ould Hamou, soulignant que cette position dans le palmarès planétaire témoigne de l’importance stratégique que représente ce chantier pour l’Algérie. Pour autant, la richesse d’un gisement ne se mesure pas uniquement à ses réserves brutes : la teneur du minerai constitue un paramètre déterminant. En l’occurrence, elle demeure relativement modeste. « Le minerai de plomb et de zinc se situe aux alentours de 4 % de zinc et de moins de 1,5 % de plomb », précise le consultant, ce qui rend indispensable le recours à des procédés industriels de valorisation sophistiqués pour extraire efficacement les métaux contenus dans la masse totale extraite.
La configuration du site a dicté un choix technique structurant : l’exploitation se fera exclusivement en mode souterrain. « C’est une exploitation souterraine où des blocs de minerai seront extraits puis transférés vers une usine de valorisation », explique le professeur Ould Hamou. Ce choix, contrairement à une mine à ciel ouvert, minimise certains impacts paysagers mais impose des contraintes logistiques et sécuritaires spécifiques. Le minerai brut rejoindra ensuite une installation de traitement dont la mission sera d’en concentrer la teneur en métaux utiles avant toute commercialisation.
La flottation : le secret d’une valorisation à 60 %
Sur ce point, le professeur est catégorique : « Extraire et vendre la matière première telle qu’elle vient de la mine n’est pas du tout une solution ». La réponse industrielle retenue est la flottation, procédé physico-chimique au cœur de la minéralurgie moderne. « Le procédé mis en place au niveau d’Oued Amizour est un procédé physico-chimique qu’on appelle la flottation », confirme-t-il, en détaillant ses étapes : le minerai extrait en blocs est d’abord soumis à une fragmentation mécanique poussée. « Cela veut dire la réduction ou la fragmentation du minerai qui vient en bloc jusqu’à une taille de moins de 100 microns ». Cette poudre ultrafine est ensuite traitée chimiquement à l’aide de réactifs — collecteurs, déprimants, activants et régulateurs de milieu — qui permettent de séparer sélectivement les minéraux utiles de la gangue stérile. Le résultat de ce processus est spectaculaire. Là où le minerai brut affiche une teneur de quelques pour cent, le concentré produit atteint des niveaux sans commune mesure : « De 1,2 % de plomb ou de quelques pour cent de zinc, on peut remonter le taux jusqu’aux environs de 60 % », précise le spécialiste. C’est ce concentré, et non le minerai brut, qui sera commercialisé, conférant au projet une valeur ajoutée substantielle dès la sortie de l’usine de traitement.
Au-delà de la prouesse géologique, le projet porte des promesses socio-économiques que le professeur Ould Hamou met en avant avec insistance. « Il y aura des milliers d’emplois qui vont être créés au sein de la mine », affirme-t-il, en soulignant que ces créations concerneront aussi bien des postes directs liés à l’extraction et au traitement du minerai que des emplois indirects dans la logistique, la maintenance et les services associés. Pour la wilaya de Béjaïa et sa région, longtemps en quête d’un tissu industriel structurant, l’enjeu est considérable.
La durée d’exploitation prévue renforce la perspective de long terme : « Sur les 34 millions de tonnes de réserves, la mine devrait fonctionner pendant environ vingt ans ». Vingt années d’activité intense qui, selon le spécialiste, permettront de « renforcer l’approvisionnement national en matières premières pour l’industrie métallurgique et de réduire la dépendance aux importations ». L’Algérie, grande consommatrice de zinc et de plomb dans ses secteurs du bâtiment, de l’électricité et de l’automobile, dispose ainsi d’une ressource domestique de premier plan pour alimenter ses ambitions de réindustrialisation. La dimension environnementale n’est pas absente du projet. Le professeur Ould Hamou détaille les dispositifs retenus : « Les résidus miniers seront en partie réutilisés pour combler les vides souterrains afin d’éviter les affaissements. Les rejets seront mélangés avec du ciment pour reconstituer les volumes exploités ». La gestion des eaux et des résidus fera également l’objet de dispositifs spécifiques pour prévenir tout risque de pollution, notamment liée au drainage minier acide, phénomène redouté dans l’exploitation des sulfures métalliques.
Sur le plan capitalistique, le projet repose sur une structure partenariale encadrée par les règles algériennes en matière d’investissement minier. Un groupe algérien détient la majorité à 51 %, tandis que la société australienne Terramin Australia Limited contrôle 49 % des parts et apporte son savoir-faire technique, notamment en matière de traitement des minerais polymétalliques — un domaine où l’Australie s’impose comme référence mondiale. Ce montage permet à l’Algérie de préserver sa souveraineté sur la ressource tout en bénéficiant d’une expertise étrangère éprouvée. Quant aux débouchés commerciaux, la priorité est clairement définie. « D’abord le marché national, et ensuite l’excédent sera exporté », conclut le professeur Ould Hamou. Une logique qui s’inscrit dans la vision de l’État algérien : faire de ses ressources minières un levier d’industrialisation domestique avant de les orienter vers les marchés extérieurs. À l’heure où les cours du zinc évoluent dans une fourchette favorable sur les marchés mondiaux, portés notamment par la demande asiatique et la transition énergétique, cette mine pourrait bien devenir, dans les deux prochaines décennies, l’un des actifs les plus précieux du portefeuille industriel algérien.
Amar Malki

