Bendouda partage un « Méga f’tour » avec les étudiants aux grandes écoles des arts
Ce n’est pas un simple dîner de rupture du jeûne. Quand la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, s’est assise mardi soir au Palais de la Culture Moufdi-Zakaria avec les étudiants de cinq grandes écoles et instituts supérieurs artistiques, le geste portait une signification qui dépassait la convivialité ramadhanesque : celui d’un dialogue direct entre une tutelle et la prochaine génération de créateurs algériens, avec, sur la table, les chantiers urgents de la formation artistique supérieure. L’initiative de ce « Méga-f’tour » a réuni autour de la ministre les étudiants et leurs encadrements pédagogiques et administratifs de l’Institut national supérieur des métiers des arts du spectacle (ISMAS), de l’Institut national supérieur de musique « Mohamed-Faouzi » (INSM), de l’Institut national supérieur du cinéma « Mohamed-Lakhdar-Hamina » de Koléa (INSC), ainsi que des Écoles nationales supérieures des Beaux-Arts d’Alger et de Conservation et de Restauration des biens culturels de Tipasa. Cinq institutions, cinq disciplines, une même ambition : forger les artistes, restaurateurs, cinéastes et musiciens de demain. Malika Bendouda a tenu à replacer l’événement dans sa genèse réelle. « Je n’ai fait que généraliser cette initiative louable qui, en réalité, vient d’un groupe d’étudiants qui ont souhaité partager le f’tour dans ce mois sacré du Ramadhan avec moi », a-t-elle expliqué. Avant d’ajouter que ce fut « un moment interactif de haute qualité et de grande convivialité autour de leurs ambitions et leurs rêves légitimes, qu’il nous incombe d’accompagner le plus loin possible ». Le mot « accompagner » a valeur d’engagement, dans un secteur où les jeunes diplômés se heurtent trop souvent au vide institutionnel dès la sortie des établissements.
Car les échanges n’ont pas tourné autour des seuls vœux pieux. Les responsables des cinq établissements ont été unanimes sur les priorités exprimées durant la soirée : « l’essentiel des échanges avec la ministre a été autour de la nécessité d’améliorer le niveau de formation dans le domaine artistique, de documenter la musique algérienne et lui donner un socle académique, ainsi que de développer la recherche scientifique dans le domaine des arts ». Des revendications structurelles, formulées avec précision, qui disent l’état d’un enseignement artistique supérieur en quête de reconnaissance académique pleine et entière.
La question du numérique et de l’intelligence artificielle a également occupé les débats. L’introduction des dernières technologies dans l’enseignement des disciplines artistiques a été jugée indispensable, tout comme « la nécessité de création de structures d’accompagnement, publiques ou privées, qui aideraient les créateurs de jeunes entreprises innovantes dans le domaine des arts à se lancer », selon les responsables présents. En filigrane, c’est tout l’écosystème des industries créatives qui est interpellé : former des artistes ne suffit plus si aucune structure ne les accueille, ne les finance et ne les aide à transformer leur talent en activité viable.
La soirée s’est conclue sur une note résolument musicale. Les dix-huit instrumentistes de l’Orchestre de l’INSM, dont six femmes, placés sous la direction du maestro Soheib Stambouli, ont offert un programme à la hauteur de l’événement. Fusionnant instruments traditionnels et cordes symphoniques, l’ensemble a interprété « Ya Rayeh », « Djazaïr Djawhara », « Lamma bada yatathanna », quelques pièces aux gammes pentatoniques dans le genre targui, et des extraits du répertoire classique universel — un véritable dialogue des cultures incarné en musique, qui résumait, mieux que tout discours, ce que l’Algérie artistique peut offrir lorsqu’elle se donne les moyens de ses ambitions.
M.S.

