Le ministre de l’Énergie reçoit l’ambassadrice des Pays-Bas en audience : L’hydrogène algérien courtisé en Europe
Le ministre de l’Énergie et des Énergies Renouvelables, Mourad Adjal a recç mercredi l’ambassadrice du Royaume des Pays-Bas en Algérie, Anne Elisabeth Luwema, en visite de courtoisie. Selon le communiqué de l’ambassade, « les échanges ont porté sur les perspectives de coopération bilatérale dans le domaine de l’énergie, en particulier dans les secteurs stratégiques de la transition énergétique, des énergies renouvelables et de l’hydrogène ». En apparence protocolaire, cette visite s’inscrit en réalité dans un contexte de compétition européenne intense autour du futur rôle de l’Algérie dans le marché mondial de l’hydrogène vert. La rencontre a permis d’aborder la participation d’« une délégation algérienne de haut niveau au Sommet mondial de l’hydrogène, qui se tiendra du 19 au 21 mai prochain à Rotterdam », événement qui, précise le communiqué, « réunira les principaux acteurs publics et privés engagés dans le développement de l’hydrogène et des solutions énergétiques durables ». Ce rendez-vous rotterdamois n’est pas anodin : il intervient alors que l’Algérie est désormais au centre d’un projet d’infrastructure énergétique intercontinental sans précédent, le SoutH2 Corridor.
Ce corridor dédié à l’hydrogène s’étend sur 3 300 kilomètres et relie l’Afrique du Nord à l’Italie, à l’Autriche et à l’Allemagne, sous la conduite des gestionnaires de réseaux de transport Snam, TAG, GCA et Bayernets. Le pipeline prendra sa source dans la région de Hassi R’mel, déjà grand pôle gazier africain, traversera Hassi Messaoud puis la Tunisie avant de franchir la Méditerranée pour rejoindre le réseau italien de Snam, puis l’Autriche et l’Allemagne. Particularité économique du projet : environ 70 % de l’infrastructure sera constituée de gazoducs existants reconvertis, ce qui réduit considérablement les coûts de construction. Le corridor est reconnu comme Projet d’Intérêt Commun au titre du règlement TEN-E de l’Union européenne et bénéficie d’une caution politique au plus haut niveau : l’Algérie, la Tunisie, l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne ont signé le 21 janvier 2025 une déclaration ministérielle conjointe d’intention politique pour le développement du corridor.
Les chiffres donnent la mesure des ambitions. Le SoutH2 Corridor est conçu pour acheminer jusqu’à 163 TWh, soit quatre millions de tonnes d’hydrogène vert par an, et s’inscrit dans l’objectif algérien de couvrir 10 % de la demande européenne en hydrogène vert d’ici 2040. L’Allemagne seule devrait recevoir 55 TWh d’hydrogène vert par an via ce corridor, ce qui en fait l’un des principaux débouchés industriels du projet. La mise en service complète du corridor est attendue dès 2030.
Sur le terrain, la dynamique s’accélère. En octobre 2024, un mémorandum d’entente a été signé entre Sonatrach, Sonelgaz, l’allemand VNG, l’italien Snam, SeaCorridor et l’autrichien Verbund Green Hydrogen, portant sur la réalisation d’études conjointes pour évaluer la faisabilité et la rentabilité d’un projet intégré de production d’hydrogène vert en Algérie destiné au marché européen. En parallèle, l’Algérie accélère le déploiement solaire avec 3 200 MW de nouvelles capacités attendus d’ici fin 2026, et développe un projet semi-industriel de 50 MW d’hydrogène vert à Arzew. C’est dans cette configuration que l’intérêt néerlandais prend tout son sens. Les Pays-Bas, grand hub énergétique du nord de l’Europe via le port de Rotterdam, entendent ne pas rester à l’écart d’une filière dont ils accueillent précisément le sommet mondial au printemps. Les discussions ont mis en évidence, selon le communiqué, « l’importance de renforcer les partenariats, de promouvoir l’échange d’expertises et d’explorer de nouvelles opportunités de collaboration entre les deux pays ».
Amar Malki

