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Ressources en eau : L’Algérie investit près de 8 milliards de dollars dans le dessalement

L’Algérie déploie un programme massif de dessalement d’eau de mer, avec des investissements avoisinant les 8 milliards de dollars, pour faire face au stress hydrique croissant et garantir la sécurité de son approvisionnement en eau potable, dans un contexte marqué par le changement climatique qui induit une baisse drastique des précipitations et une demande en constante augmentation.

C’est ce qu’a révélé Mouloud Hachlaf, assistant du président-directeur général de L’Algerian desalination Company (ADC), filiale du groupe Sonatrach, lors de son passage dimanche sur les ondes de la Chaîne I de la Radio nationale. Le responsable a dressé un tableau détaillé de ce qu’il qualifie de « véritable révolution » dans le domaine de la sécurité hydrique, engagée depuis plusieurs années par les pouvoirs publics. Selon Hachlaf, l’effort financier consenti par l’État est considérable et s’articule en plusieurs programmes complémentaires. Le premier programme complémentaire a mobilisé environ 2,4 milliards de dollars, tandis que la première tranche du deuxième programme complémentaire a nécessité plus d’un milliard de dollars supplémentaires. En comptabilisant l’ensemble des projets en cours, l’enveloppe globale consacrée à la production et au dessalement de l’eau approche les 8 milliards de dollars. Cette politique repose sur une stratégie intégrée à trois axes. Le premier consiste à confier la réalisation des projets à des entreprises nationales ayant fait leurs preuves, avec une implication de la sous-traitance locale. Le deuxième porte sur l’exploitation et la maintenance des stations en s’appuyant sur l’expertise étrangère et les technologies modernes. Quant au troisième axe, Hachlaf a précisé qu’il « concerne la mise en place d’une base industrielle nationale dans le domaine du dessalement, à travers des partenariats internationaux fondés sur le principe gagnant-gagnant, afin de localiser la fabrication des équipements clés de cette industrie, monopolisée par un nombre restreint de pays et de grandes entreprises ». Le premier programme complémentaire a été mené à terme. Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a inauguré successivement cinq grandes stations de dessalement d’eau de mer au cours du mois de février 2025. « La capacité de production totale de ces stations atteint environ 1,5 million de mètres cubes par jour, ce qui a permis de faire passer la part du dessalement dans l’approvisionnement en eau potable de 18 % à 42 %, tandis que la production quotidienne est passée de 2,2 millions à environ 3,7 millions de mètres cubes », a détaillé Hachlaf.

Le responsable a ajouté que « ces stations sont entrées en service progressivement jusqu’à atteindre aujourd’hui, pour la plupart, leur pic de production, avec plus de 300 millions de mètres cubes acheminés vers l’Algérienne des eaux, contribuant significativement au renforcement de la sécurité hydrique, notamment durant l’été dernier, marqué par une vague de sécheresse et de chaleur intense ».

Un nouveau programme face à la demande croissante

L’enjeu est de taille pour l’Algérie, pays confronté à une croissance démographique estimée à un million d’habitants par an, à une urbanisation galopante et à une activité économique en expansion, autant de facteurs qui accentuent la pression sur les ressources en eau. Hachlaf a rappelé que le secteur agricole absorbe à lui seul près de 70 % des ressources hydriques disponibles. « C’est dans ce but que le président de la République a annoncé, lors du Conseil des ministres d’octobre dernier, le lancement du deuxième programme complémentaire, comprenant la réalisation de six nouvelles stations de dessalement dans plusieurs wilayas de l’est et de l’ouest du pays », a-t-il précisé. « Il a été décidé, dans une première phase, de construire trois stations dans les wilayas de Tlemcen, Mostaganem et Chlef, en raison de l’urgence imposée par la rareté des pluies dans l’ouest, où les précipitations ont reculé de 65 à 70 % ces dernières années. » Ces trois stations offriront une capacité de 900 000 mètres cubes par jour. Fait notable : l’eau dessalée sera acheminée non seulement vers les villes côtières, mais aussi vers les villes de l’intérieur, sur des distances pouvant atteindre 150 à 250 kilomètres, garantissant ainsi une distribution plus équitable.

Des solutions innovantes pour le Sud

Hachlaf a également annoncé le déploiement de solutions inédites pour les wilayas du Sud — El-Meghaïer, El-Oued, Biskra et Ouargla —, où la salinité élevée des eaux souterraines pose un problème majeur de santé publique. Des unités mobiles de dessalement, installées dans des conteneurs facilement transportables et alimentées par des énergies renouvelables, seront mises en service, avec des capacités variant de 2 500 à 50 000 mètres cubes par jour. L’ensemble de ces chantiers, conduits par des entreprises nationales dont les filiales de Sonatrach et du groupe Cosider, devrait être achevé dans un délai de 26 mois après la finalisation des études en cours. Pour l’Algérie, l’enjeu dépasse la simple infrastructure : il s’agit de bâtir une souveraineté hydrique durable face aux bouleversements climatiques qui frappent l’ensemble du bassin méditerranéen.

Samir Benisid

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