Le PAM avertit contre le prolongement de la guerre au Moyen-Orient : Vers une nouvelle crise alimentaire !
La guerre au Moyen-Orient menace de plonger 45 millions de personnes supplémentaires dans la faim tandis que les cours du pétrole s’envolent.
Au 18e jour du conflit déclenché le 28 février par l’offensive militaire américano-israélienne contre l’Iran, la guerre au Moyen-Orient fait désormais peser une menace sans précédent sur la sécurité alimentaire mondiale et déstabilise en profondeur les marchés de l’énergie. Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies a lancé mardi depuis Genève une alerte d’une gravité exceptionnelle. Si le conflit se poursuit jusqu’en juin et que le prix du pétrole reste supérieur à 100 dollars le baril, près de 45 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans l’insécurité alimentaire aiguë, s’ajoutant aux quelque 320 millions d’êtres humains qui en souffrent déjà à travers le monde. « Cela porterait les niveaux de faim dans le monde à un record, et c’est une perspective terrible », a déclaré le directeur exécutif adjoint du PAM, Carl Skau, lors d’un point de presse. Le responsable onusien a rappelé que la précédente poussée record, provoquée par la guerre en Ukraine en 2022, avait touché 349 millions de personnes. Si le conflit actuel ne concerne pas une région céréalière mais une plaque tournante énergétique mondiale, l’impact potentiel est comparable, car les marchés de l’énergie et de l’alimentation sont étroitement liés, souligne le PAM. La fermeture de facto du détroit d’Ormuz par Téhéran, en réponse à l’attaque américano-israélienne, constitue le principal vecteur de cette crise. Ce passage maritime, par lequel transite environ un cinquième du volume mondial d’hydrocarbures et de gaz naturel liquéfié, est devenu impraticable, provoquant une flambée des cours pétroliers. Mardi matin, le baril de Brent de la mer du Nord bondissait de 4,67 % à 104,88 dollars, tandis que le West Texas Intermediate (WTI) gagnait 5,16 % à 98,32 dollars. La dégradation des installations énergétiques du Golfe et les attaques répétées contre la zone industrielle pétrolière de Fujaïrah, sur la côte est des Émirats arabes unis, ont poussé la compagnie nationale Adnoc à suspendre ses chargements de brut. Au total, l’Iran a tiré plus de 1 900 missiles et drones sur les Émirats, davantage que sur tout autre pays ciblé, frappant aéroports, ports et installations pétrolières afin de rendre insupportable le coût de la guerre pour les alliés de Washington dans la région. Les risques croissants sur la navigation en mer Rouge aggravent encore la situation, renchérissant le prix des engrais, du carburant et des denrées alimentaires. Le PAM prévoit une hausse de 21 % de l’insécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest et centrale, de 17 % en Afrique de l’Est et australe, et de 24 % en Asie. Des pays comme la Somalie, le Kenya ou le Soudan, qui importe 80 % de son blé, sont particulièrement exposés. « Nos chaînes d’approvisionnement sont peut-être au bord de la perturbation la plus grave depuis la COVID-19 », a averti Carl Skau, précisant que les frais de transport maritime du PAM avaient déjà augmenté de 18 %.
Ali Larijani tué ?
Sur le plan militaire, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a annoncé mardi dans un message vidéo « l’élimination » d’Ali Larijani, chef du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, ainsi que celle du général Gholamréza Soleimani, commandant de la milice du Bassidj. L’information n’a toutefois pas été confirmée au moment où nous mettons ous presse. Quelques jours plus tôt, le haut responsable était apparu publiquement à un rassemblement à Téhéran, déclarant à la télévision d’État : « Le problème de Trump, c’est qu’il ne comprend pas que le peuple iranien est une nation courageuse, une nation forte, une nation déterminée. » Téhéran n’avait pas réagi à cette annonce au moment de la publication de cet article. Peu avant la déclaration israélienne, les comptes officiels de Larijani sur les réseaux sociaux avaient publié une note manuscrite non datée rendant hommage à 84 soldats décédés sur une frégate coulée par les États-Unis le 4 mars au large du Sri Lanka. Ali Khamenei et plusieurs personnalités de l’appareil militaire et politique iranien avaient été tués le 28 février dernier. Le fils de Khamenei, Mojtaba, désigné comme successeur, n’est toujours pas apparu en public et son état reste incertain. L’ambassadeur iranien à Moscou, Kazem Jalali, a démenti les informations de médias koweïtiens selon lesquelles le nouveau guide suprême aurait été secrètement transféré en Russie pour y recevoir des soins, qualifiant ces allégations de « guerre psychologique ». Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a refusé de commenter. Le conflit s’est par ailleurs étendu à l’Irak, aspiré dans une guerre qu’il cherchait à éviter. À Bagdad, quatre personnes ont été tuées dans une frappe visant un quartier qui, selon des sources proches des groupes armés pro-iraniens, hébergeait des conseillers de Téhéran. L’ambassade des États-Unis a été attaquée à deux reprises. Au Liban, l’aviation israélienne a bombardé des quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, tandis que le Hezbollah affirmait avoir attaqué des soldats et des chars israéliens dans le sud du pays.
Trump choqué, un navire de guerre en route pour le Moyen-Orient
À Washington, le président Donald Trump a reconnu avoir été « choqué » par l’ampleur de la riposte iranienne, admettant que « personne ne pensait qu’ils allaient frapper » dans le Golfe. Confronté à l’isolement diplomatique, il peine à convaincre ses alliés de participer à la sécurisation du détroit d’Ormuz : l’Allemagne et la Grande-Bretagne excluent une opération de l’OTAN, le Japon et l’Australie ont écarté l’envoi de navires. La Chine, sans prendre parti, a annoncé l’envoi d’aide humanitaire à l’Iran, à la Jordanie, au Liban et à l’Irak. Signe des fractures internes provoquées par ce conflit aux États-Unis mêmes, Joseph Kent, directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme, a annoncé sa démission, déclarant dans une lettre ouverte au président : « Je ne peux, en toute conscience, soutenir la guerre qui se déroule actuellement en Iran. »
Cette guerre s’enlise et s’inscrit dans la durée. L’envoi de troupes au sol est une option envisagée par Washington. Un navire de guerre de la marine américaine, supposé transporter des milliers de Marines et de marins, approche du détroit de Malacca (situé entre la péninsule Malaise et l’île indonésienne de Sumatra), selon des données de suivi maritime publiées mardi. Des responsables américains ont déclaré à CNN que le navire était déployé dans la région, sans préciser sa destination exacte ni sa mission. Téhéran affiche pour sa part da détermination, estimant être préparé à toute option.
Lyes Saïdi

