À la UneMonde

Moyen-Orient : Trump fait volte-face, Téhéran dément tout dialogue

Le président américain Donald Trump a annoncé lundi avoir ordonné un report de cinq jours de toutes les frappes militaires contre les infrastructures énergétiques iraniennes, invoquant des discussions « très bonnes et productives » avec Téhéran. L’annonce a été immédiatement démentie par l’Iran, qui affirme n’avoir engagé aucun échange avec Washington. Sur les marchés, la réaction a été immédiate : le prix du baril de Brent a chuté de 9 % en quelques heures, tombant à 96,96 dollars.

C’est sur sa plateforme Truth Social que Trump a rendu publique sa décision. « J’ai le plaisir d’annoncer que les États-Unis d’Amérique et le pays de l’Iran ont eu, au cours des deux derniers jours, des conversations très bonnes et productives concernant une résolution complète et totale de nos hostilités au Moyen-Orient », a-t-il écrit. Il a précisé avoir donné instruction au département de la Défense de reporter pendant cinq jours toutes les frappes visant les centrales électriques et les infrastructures énergétiques iraniennes, en conditionnant cette pause au « succès des réunions et discussions en cours ». Cette annonce intervient dans un contexte de vive tension autour du détroit d’Ormuz. Samedi encore, Trump avait menacé sur le même réseau social de « réduire en cendres » les centrales iraniennes si Téhéran n’ouvrait pas pleinement le détroit dans les 48 heures. Depuis début mars, l’Iran a de facto fermé cette voie maritime stratégique à la plupart des navires, une route qui assure normalement le transit d’environ 20 millions de barils de pétrole par jour et près de 20 % du commerce mondial de gaz naturel liquéfié.

Une tentative de faire baisser les prix de l’énergie

La réponse iranienne n’a pas tardé. L’agence semi-officielle Mehr, citant une source iranienne, a affirmé qu’il n’existait « aucun dialogue » entre Téhéran et Washington. Selon cette même source, les déclarations de Trump s’inscrivent dans ses efforts pour « faire baisser les prix de l’énergie et gagner du temps pour mettre en œuvre des plans militaires ». La source a toutefois reconnu que des pays de la région avaient proposé des initiatives destinées à réduire les tensions, tout en renvoyant la responsabilité du conflit vers Washington : « Nous ne sommes pas la partie qui a déclenché cette guerre, et toutes les demandes de ce type doivent être adressées à Washington. » Le président iranien Masoud Pezeshkian avait, dès dimanche, adopté un ton ferme sur le réseau social X. « Les menaces et le terrorisme ne font que renforcer notre unité », a-t-il déclaré, ajoutant que le détroit d’Hormuz est ouvert à tous « sauf à ceux qui violent notre sol ».

Les hostilités ont été déclenchées le 28 février par des frappes conjointes des États-Unis et de l’entité sioniste contre l’Iran. Depuis, le conflit a fait plus de 1 340 morts selon les chiffres disponibles, dont l’ancien guide suprême Ali Khamenei. En riposte, Téhéran a mené des frappes de drones et de missiles ciblant les cibles israéliennes, ainsi que la Jordanie, l’Irak et plusieurs pays du Golfe abritant des installations militaires américaines, provoquant des victimes, des dégâts aux infrastructures et des perturbations sur les marchés mondiaux et dans le transport aérien.  Dans ce contexte, l’Iran a également averti lundi, par la voix de son Conseil de défense, que toute attaque contre ses côtes ou ses îles entraînerait le déploiement de mines marines dans le golfe Persique, sur l’ensemble des voies de navigation. Le communiqué précise que les navires de pays ne soutenant pas les attaques contre l’Iran devront coordonner leur passage par le détroit d’Ormuz avec Téhéran.

Une autre zone de tension concerne les allégations de frappes iraniennes contre la base britannique de Diego Garcia, dans l’océan Indien. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmail Bekayi, a démenti ces accusations, qualifiant l’attaque de « fausse opération sous faux drapeau israélien ». Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, interrogé sur le sujet dans l’émission Face the Nation sur CBS News, a déclaré ne pas pouvoir « confirmer » l’évaluation israélienne attribuant ces missiles à l’Iran. Le ministre britannique Steve Reed a pour sa part indiqué que son gouvernement n’avait « aucune évaluation concrète indiquant que l’Iran visait le Royaume-Uni ».

Les marchés et la communauté internationale sous pression

Sur les marchés pétroliers, l’annonce de Trump a produit un effet immédiat. Le baril de Brent, qui avait clôturé vendredi à 106,41 dollars, est tombé à 96,96 dollars lundi en début d’après-midi, soit une baisse de 9 %. Le WTI s’établissait quant à lui à 87,75 dollars le baril.

La communauté internationale multiplie les appels à la désescalade. Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a déclaré dimanche sur X que le monde se trouvait à « un point de bascule mondial », avertissant qu’une escalade supplémentaire pourrait « déclencher une crise énergétique à long terme pour toute l’humanité ». Madrid exige l’ouverture du détroit d’Ormuz et la préservation de tous les sites énergétiques de la région. De son côté, Pékin a durci son ton lundi. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lin Jian, a prévenu que des « attaques indiscriminées » plongeraient le Moyen-Orient dans le chaos. « La force ne conduira qu’à un cercle vicieux », a-t-il déclaré lors d’un point de presse, appelant toutes les parties à cesser les opérations militaires et à revenir au dialogue. La Chine a par ailleurs souligné que le conflit « a porté un coup lourd à la sécurité énergétique mondiale et au commerce international ».

La pause annoncée par Trump, conditionnelle et unilatérale, n’a pour l’heure pas apaisé les tensions diplomatiques. Entre le démenti iranien, les menaces sur le détroit d’Ormuz et les inquiétudes économiques mondiales, la situation reste ouverte et volatile.

Lyes Saïdi

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *