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Guerre au Moyen-Orient : L’économie mondiale vacille !

L’escalade militaire déclenchée par les frappes de l’entité sioniste et des États-Unis est entrée mardi dans son 25e jour. Si les organismes onusiens tirent la sonnette d’alarme sur une catastrophe humanitaire et alimentaire sans précédent dans la région, la perturbation des flux commerciaux du détroit d’Ormuz et de la mer Rouge provoque désormais un choc énergétique et économique qui touche tous les continents.

Les attaques se poursuivent sans interruption. Selon le dernier bilan officiel publié le matin du 24 mars par le ministère iranien de la Santé, les frappes ciblant des infrastructures civiles et énergétiques sur le territoire iranien ont fait 219 morts civils, dont 62 enfants, et 617 blessés depuis le début de l’agression. 17 raffineries, 3 terminaux d’exportation de gaz naturel liquéfié, 9 centrales électriques et 12 sites de stockage de céréales ont été endommagés ou détruits. L’Iran a riposté par plusieurs salves de missiles et de drones contre des positions militaires de l’entité sioniste et des bases américaines installées dans la région, dans le cadre de son droit à la légitime défense prévu par l’article 51 de la Charte des Nations unies. Sur les autres théâtres d’opérations, les forces alliées à l’Iran maintiennent leur pression. Au Liban, le Hezbollah poursuit ses tirs contre les positions militaires de l’entité sioniste à la frontière. En Irak et en Syrie, les groupes de résistance ont touché au cours des dernières 48 heures trois bases militaires américaines, selon des bilans officiels.

C’est cependant la situation dans le détroit d’Ormuz qui suscite le plus d’inquiétude pour l’économie mondiale. Ce passage maritime large de seulement 39 kilomètres à son point le plus étroit assure le transit de 21% de l’ensemble des exportations mondiales de brut pétrolier et de 30% des exportations mondiales de gaz naturel liquéfié. Les autorités iraniennes ont renforcé leur dispositif de patrouilles navales dans le détroit après que des navires de guerre américains ont tenté de pénétrer dans ses eaux territoriales le 22 mars. Dès le 23 mars, l’association internationale des assureurs maritimes a annoncé une surcote d’assurance de 27% minimum pour tout navire qui transite par le détroit. 14 des 19 plus grandes compagnies maritimes mondiales ont déjà annoncé qu’elles étudiaient un déroutement systématique de leurs navires pétroliers par la route du Cap de Bonne Espérance, ce qui allonge la durée du trajet entre le Golfe et l’Europe de 12 jours en moyenne, et augmente le coût du transport de chaque baril de pétrole de 17 dollars. Parallèlement, les opérations des forces yéménites Ansar Allah visant les navires à destination des ports de l’entité sioniste en Mer Rouge se poursuivent. Selon les données officielles de l’association mondiale des armateurs, 79% des lignes de transport conteneurisé ont désormais cessé de desservir les ports de l’entité sioniste, et le coût du transport de marchandises entre l’Asie et l’Europe a déjà augmenté de 41% en l’espace de 25 jours.

Des impacts concrets déjà mesurés en Europe et aux Philippines

La flambée immédiate des cours de l’énergie sur les marchés mondiaux ne touche pas uniquement les pays de la région. Le baril de Brent est passé de 78 dollars le 27 février, veille du début de l’escalade, à 121 dollars le 24 mars, sa valeur la plus élevée depuis 2014. Premier territoire touché hors de la région : l’Union européenne, importatrice nette de 83% de son pétrole et de 60% de son gaz. La Commission européenne a publié ce 23 mars sa note d’alerte trimestrielle sur les risques économiques : si le conflit se poursuit, l’inflation dans la zone euro remontera de 2,7% à 5,1% d’ici la fin du mois de juin 2026. L’Allemagne, qui importait 18% de son approvisionnement en brut iranien avant le début des frappes, a annoncé dès la veille qu’elle devra puiser dès la semaine prochaine dans ses réserves stratégiques de pétrole pour éviter des pénuries de carburant. En France, la Commission de régulation de l’énergie a déjà officialisé une augmentation de 17% du prix du gaz pour les ménages qui entrera en vigueur au 1er mai 2026. Les professionnels du transport routier européen ont quant à eux annoncé que les tarifs de transport de marchandises augmenteront de 22% d’ici la fin du mois pour absorber la hausse du prix du gasoil.

L’Asie paye également lourdement le tribut de cette guerre.  Les Philippines importent 98% du pétrole qu’il consomme. Le gouvernement philippin a annoncé mardi  que le prix du carburant à la pompe augmentait pour la sixième semaine consécutive, et qu’il allouait 1,2 milliard de dollars d’aide d’urgence pour les ménages les plus pauvres afin de limiter l’impact de la hausse du coût de la vie. Le ministère philippin de l’Agriculture a par ailleurs précisé que trois cargaisons de blé, d’engrais et de riz achetées par le pays sont bloquées depuis 11 jours en Mer Rouge, ce qui entraînera selon ses prévisions une hausse de 22% des prix des denrées alimentaires de base d’ici un mois. Les experts économistes de la Banque mondiale estiment dans une note publiée ce 23 mars que si le détroit d’Ormuz venait à être fermé ne serait-ce que 7 jours, la croissance mondiale baisserait de 0,7 point sur l’année 2026, et ferait basculer 17 pays à faible revenu en situation de surendettement.

318 millions de personnes en insécurité alimentaire d’ici juin

Tandis que les impacts économiques se font sentir sur tous les continents, la situation humanitaire dans la région du Moyen Orient est déjà catastrophique. L’ensemble des agences onusiennes ont publié des alertes successives au cours des dernières 72 heures. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a tout d’abord publié ses dernières projections dans un communiqué officiel : environ 45 millions de personnes vivant dans la région basculeront dès les prochaines semaines dans une situation d’insécurité alimentaire aiguë si les frappes se poursuivent. Surtout, le PAM précise que ce chiffre montera à 318 millions de personnes dans le monde entier d’ici le mois de juin 2026, du fait de la hausse des prix des céréales et de la perturbation des routes d’approvisionnement humanitaire. L’agence onusienne précise par ailleurs que l’escalade militaire a déjà perturbé la distribution de plus de 72 000 tonnes d’aide alimentaire destinées aux pays les plus pauvres d’Afrique et d’Asie du Sud Est. Lors de sa conférence de presse au siège de l’ONU le 23 mars, le directeur exécutif adjoint de l’UNICEF Ted Chaiban a pour sa part rappelé que les enfants sont les premières victimes du conflit : ils paient un lourd tribut, et toute nouvelle escalade serait catastrophique pour des millions d’enfants qui n’ont aucun lien avec les opérations militaires. L’UNICEF réclame la mise en œuvre immédiate de trois mesures non négociables : un cessez-le-feu généralisé, la protection de l’ensemble des infrastructures civiles et des populations, et la garantie d’un accès sûr et sans entrave pour les convois humanitaires. L’UNESCO alerte quant à elle sur une crise éducative durable : si les violences se poursuivent, plus de 19 millions d’enfants de la région ne pourront plus retourner à l’école. L’organisation comptabilise déjà 1 200 établissements scolaires détruits ou endommagés, plus de 3 700 enseignants décédés ou déplacés, ainsi que des dégâts irréversibles sur les laboratoires de recherche des universités de la région. Sur le plan politique, malgré la gravité de la situation, aucune solution n’a pu être trouvée au Conseil de sécurité des Nations unies, les États-Unis ayant opposé leur veto à trois projets de résolution demandant un cessez-le-feu immédiat au cours des trois dernières semaines. Fait nouveau annoncé lundi : le Conseil de sécurité a officialisé la nomination de l’ancien ministre mozambicain des Affaires étrangères Amado Sumaili au poste d’envoyé spécial de l’ONU chargé de la médiation pour la résolution de la crise du Moyen-Orient. L’Iran a d’ores et déjà annoncé qu’il acceptait de participer à des négociations, à la condition préalable que l’ensemble des frappes sur son territoire soient arrêtées et que le respect de sa souveraineté territoriale soit garanti. Les États-Unis et l’entité sioniste n’ont pas répondu à l’invitation du médiateur. Jorge da Silva, directeur exécutif du Bureau des Nations unies pour les services d’appui aux projets, a rappelé lors de son audition devant le Conseil économique et social de l’ONU ce 22 mars une évidence : il n’y a pas de solution militaire à cette crise. Il appelle à un regain urgent d’efforts diplomatiques. Plusieurs initiatives sont par ailleurs menées en dehors du cadre de l’ONU : les pays du groupe BRICS ont publié un communiqué commun ce 24 mars appelant à une réunion au sommet d’urgence pour mettre en place un plan de paix. Le Qatar et l’Arabie Saoudite oeuvrent par ailleurs en coulisses pour organiser des négociations indirectes entre Téhéran et Washington. Si les appels au dialogue se multiplient, la trajectoire de l’escalade ne s’inverse pas pour l’instant. 

Lyes Saïdi

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