Culture

« Ahmed Bey, le dernier rempart » sort en salles : Une fresque historique prend d’assaut les écrans

Disponible dans les salles d’Alger, Oran, Constantine et Annaba depuis vendredi, le long-métrage Ahmed Bey — produit par le Centre algérien de développement du cinéma et porté par Mohamed Tahar Zaoui aux côtés de Gérard Depardieu — restitue avec une ambition visuelle rare l’épopée du dernier Bey de Constantine, figure tutélaire d’une résistance qui tint l’armée française en échec pendant près de deux décennies.

Ahmed Bey, long-métrage de 1h24 signé par le cinéaste iranien Djamal Shourjeh sur un scénario de Rabah Dhrif, débarque dans les salles ce week-end avec la discrétion calculée des grandes fresques qui n’ont pas besoin de tapage : produit par le CADC et distribué en Algérie par MD Ciné, il s’impose d’emblée comme l’événement cinématographique de ce printemps 2026. Le film s’ouvre sur l’incident de l’éventail — cet affront diplomatique de 1827, au cours duquel le Dey Hussein aurait frappé le consul de France de son chasse-mouches, fournissant à Paris le prétexte rêvé pour engager son expédition contre la Régence d’Alger. Shourjeh installe là le vertige d’une mécanique implacable : derrière le geste d’un homme, c’est tout un ordre méditerranéen qui bascule. Dès lors, le récit se déploie en trois actes militaires qui scandent le destin d’une résistance. Le débarquement français à Sidi Fredj en 1830, d’abord, restitué avec une ampleur visuelle à la hauteur de l’enjeu historique. Puis la bataille de Constantine en 1836, moment de grâce et de bravoure où Ahmed Bey infligea à l’armée coloniale une défaite retentissante dans les gorges du Rhumel — séquence qui, à elle seule, justifie le déplacement en salle. Enfin, la chute de 1837 et la prise de la ville, amère et inévitable, qui clôt l’arc tragique sans jamais basculer dans le pathos.

Pour incarner Ahmed Ben Mohamed Chérif, le CADC a fait confiance à Mohamed Tahar Zaoui, acteur qui habite le personnage avec une gravité et une majesté sobres, loin des effets d’héroïsme facile. Son Bey est un homme de calcul autant que de conviction, un chef qui fortifie une cité jusqu’à en faire ce que les chroniques militaires françaises elles-mêmes décriront comme une forteresse quasi imprenable. Face à lui, Gérard Depardieu endosse le rôle du Dey Hussein : présence massive, voix de fond de cale, le comédien français apporte à cette figure historique une humanité trouble qui dépasse la simple figuration de prestige. Sa venue au générique n’est pas anodine : elle dit quelque chose de la volonté de produire un cinéma ouvertement international, capable d’attirer des pointures mondiales sans pour autant diluer son propos mémoriel. Une distribution algérienne étoffée complètent un casting résolument ancré dans le pays.

C’est peut-être dans sa géographie que le film trouve sa plus belle cohérence. Shourjeh a tourné entre Alger, Constantine, Boussaâda et Tipaza, dans des musées et sur des sites naturels et historiques qui confèrent aux images une authenticité que n’aurait jamais pu offrir un plateau reconstitué. Les gorges du Rhumel y apparaissent pour ce qu’elles sont : un personnage à part entière, minéral et silencieux, qui avalait les colonnes et rendait la ville imprenable. La musique de Fahr Atakoglu, compositeur turc dont le travail sur la pesanteur des empires n’est plus à démontrer, soutient l’ensemble sans jamais écraser le souffle dramatique.

Derrière la caméra, la productrice exécutive Samira Hadji Djilani a piloté le projet en étroite collaboration avec le ministère de la Culture et des Arts — ce qui dit assez la portée institutionnelle d’une œuvre qui ne se pense pas seulement comme divertissement, mais comme acte de mémoire. Le CADC le formule sans détour dans ses notes de présentation : Ahmed Bey, c’est une figure dont la résistance face à l’occupation française continue de résonner aujourd’hui.  Ahmed Bey est en salles à Alger, Oran, Constantine et Annaba.

Mohand Seghir

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