Batna : Détournement de soja subventionné à Merouana
Une enquête ouverte
Un scandale de détournement de soja subventionné, dont l’ampleur financière dépasse les 100 milliards de centimes en moins de trois mois, a éclaté à Merouana, dans la wilaya de Batna, entraînant l’interpellation d’un principal suspect par la brigade de recherches et d’investigation de Barika et son placement en détention provisoire, dans le cadre d’une enquête qui prend une dimension nationale.
L’affaire a été révélée au grand public à la suite de la publication d’un article par l’un de nos confrères la semaine dernière, provoquant une réaction rapide des services de sécurité. Selon une source sécuritaire, le principal suspect a été interpellé par la brigade de recherches et d’investigation (BRI) de Barika, avant d’être déféré, jeudi dernier, devant le procureur de la République près le tribunal de Merouana. Ce dernier a ordonné son maintien en détention provisoire jusqu’au dimanche, dans l’attente de l’ouverture d’une instruction judiciaire. Initialement destiné à soutenir les agriculteurs et les éleveurs, le soja subventionné se retrouve au cœur d’un vaste scandale mêlant soupçons de corruption et spéculation sur le marché parallèle. Selon les premières informations issues de l’enquête, les transactions illégales liées à ce détournement auraient dépassé les 100 milliards de centimes en moins de trois mois. Un montant révélateur de l’ampleur du trafic, facilité notamment par le recours à des factures fictives destinées à masquer la destination réelle de cette matière première. D’importantes quantités de soja auraient ainsi été détournées de leur vocation initiale vers des circuits informels, générant des profits considérables.
Les répercussions de cette affaire ne se limitent pas au seul volet financier. Sur le terrain, les éleveurs font face à une pénurie sévère d’aliments pour le bétail, accompagnée d’une flambée vertigineuse des prix. Le détournement du soja vers le marché parallèle a fortement perturbé l’offre, entraînant une hausse des coûts de production agricole qui s’est directement répercutée sur les prix des viandes rouges et des œufs, affectant ainsi le pouvoir d’achat des consommateurs.
L’enquête menée par les enquêteurs de la BRI a rapidement pris une dimension plus large, avec l’audition de plusieurs opérateurs économiques dans différentes wilayas de l’Est du pays. Des informations font également état de l’éventuelle ouverture d’enquêtes parallèles dans le cadre de la législation relative à la prévention et à la lutte contre la corruption, notamment au vu d’indices laissant supposer l’implication d’autres parties.
Alors que l’enquête est toujours en cours, de nombreuses questions demeurent sans réponse : s’agit-il d’un acte isolé ou d’un système organisé à plus grande échelle ? Comment de telles quantités ont-elles pu échapper aux mécanismes de contrôle ? En attendant l’élucidation de cette affaire, et selon les mêmes sources, le dossier aurait atteint les plus hautes sphères de l’État, ce qui témoigne de l’importance et de la sensibilité de cette affaire.
Sofia Chahine

