Les meilleurs caricaturistes sacrés lors du « ALG BEST TOONS » : L’art du trait au service du cinéma
Le Salon international de caricature ALG BEST TOONS a tenu, à Bordj Bou Arreridj, sa deuxième édition sous le signe du portrait et du septième art.
C’est dans la salle du complexe culturel Aïcha Haddad, au cœur de Bordj Bou Arreridj, qu’un crayon jordanien a triomphé face à des centaines de traits venus des quatre coins de la planète. L’artiste Ali Al-Sheikh, originaire d’Amman, a décroché samedi le premier prix du concours international de caricature « ALG BEST TOONS », dont la deuxième édition était placée sous le signe d’un hommage singulier : le portrait de Salah Aougrout, figure majeure de l’art algérien. Une consécration qui couronne plusieurs mois de sélection rigoureuse et confirme la montée en puissance d’un rendez-vous culturel qui entend désormais s’inscrire dans le calendrier des grandes manifestations artistiques mondiales. Le podium s’est dessiné en trois couleurs nationales. Derrière Al-Sheikh, l’Irakien Mohammed Ghazal a conquis la deuxième place, suivi de la Roumaine Candy Shrita, troisième d’une compétition tranchée par un jury à composition internationale. Mais au-delà du palmarès, c’est l’ampleur de la participation qui retient l’attention : plus de 500 œuvres soumises, représentant 58 pays, des Amériques à l’Asie centrale, de l’Europe aux rives du monde arabe. Un chiffre qui, selon les organisateurs, marque une progression sensible par rapport à la première édition et témoigne d’un engouement croissant pour cette plateforme née en Algérie profonde.
Tarek Sakhraoui, commissaire général de l’exposition, ne cache pas sa satisfaction. « Cette édition s’inscrit dans la continuité du succès de la précédente », déclare-t-il, soulignant qu’elle « a contribué à attirer l’attention sur le cinéma algérien et les artistes algériens ». Une attention qui s’est traduite, selon lui, par « une hausse notable du nombre de participants, tant au niveau national qu’international ». Sakhraoui insiste sur la nature qualitative de cette mobilisation : ce ne sont pas de simples chiffres, mais « une élite de caricaturistes mondiaux » qui a répondu à l’appel, apportant avec elle « des visions créatives variées dans la représentation de la personnalité de l’artiste honoré ».
Car c’est là tout le pari d’ALG BEST TOONS : faire de la caricature un vecteur de rayonnement culturel. Chaque édition choisit un artiste algérien comme sujet central, obligeant les participants du monde entier à s’approprier une figure souvent méconnue hors des frontières nationales, à la déchiffrer, à la restituer avec leur propre sensibilité graphique. Salah Aougrout, cette année, a ainsi été réinterprété par des centaines de plumes et de tablettes graphiques, de Moscou à São Paulo, de Shanghai à Bagdad. Le commissaire relève d’ailleurs que ces œuvres « ont suscité l’intérêt de plateformes et de sites artistiques internationaux, notamment en Chine, en Inde, en Russie, en Syrie, en Égypte, en Irak et au Brésil » — une dissémination numérique qui démultiplie la portée de l’événement bien au-delà des murs du complexe Aïcha Haddad.
Les artistes algériens, de leur côté, n’ont pas fait figure de spectateurs dans leur propre maison. Sakhraoui souligne « la présence remarquable » de caricaturistes nationaux qui « se sont imposés parmi les œuvres qualifiées lors des premières sélections, décrochant des rangs honorables ». Un signal encourageant pour une discipline longtemps cantonnée aux colonnes de la presse satirique et qui cherche aujourd’hui à conquérir ses lettres de noblesse dans les espaces d’exposition officiels.
L’ambition affichée par les organisateurs dépasse le seul cadre artistique. « L’objectif majeur de ce salon est de promouvoir le cinéma et les artistes algériens à l’échelle internationale, tout en valorisant l’image de l’Algérie comme destination touristique et culturelle, et en mettant en relief sa richesse civilisationnelle et artistique », précise Sakhraoui. Une vision qui fait de chaque trait de crayon un ambassadeur silencieux, chargé de porter une image du pays plus nuancée et plus vivante que celle que véhiculent ordinairement les discours officiels.
Mohand Seghir

