Économie

Un baril à 200 dollars « n’est plus une hypothèse farfelue » !

Le Brent a franchi le seuil de 116 dollars lundi. Les marchés pétroliers s’emballent après que Donald Trump a évoqué la possibilité de s’emparer de l’île de Kharg, principal terminal d’exportation de l’Iran. Dans les salles de marché comme dans les chancelleries, le spectre d’un choc pétrolier majeur n’a jamais semblé aussi proche.

La séance de lundi sur les marchés pétroliers a pris une tournure inédite. Après avoir culminé à 116,75 dollars en début d’échanges, le baril de Brent de la mer du Nord s’établissait à 115,96 dollars vers 10h20 (heure de Paris), en hausse de 3,01 %. Son équivalent américain, le West Texas Intermediate, progressait de 1,93 % à 101,56 dollars. Un niveau qui n’aurait guère surpris, n’eût été la déclaration fracassante ayant mis le feu aux poudres : dans un entretien accordé au Financial Times et diffusé dimanche soir, le président américain Donald Trump a affirmé que l’armée des États-Unis pouvait prendre « très facilement » le contrôle de l’île de Kharg. Peu connue du grand public, cette bande de terre située dans le nord du Golfe Persique constitue pourtant le cœur névralgique de l’économie iranienne. Selon une récente note de la banque JP Morgan, l’île de Kharg assure environ 90 % des exportations de brut de l’Iran. Sa neutralisation, même partielle, aurait des conséquences immédiates et dévastatrices sur les marchés mondiaux. Stefan Koopman, analyste chez ING, est formel : si une telle opération venait à se concrétiser, elle « paralyserait une grande partie des capacités d’exportation de l’Iran », « faisant grimper les prix mondiaux ». Ce qui, précise-t-il, ne permettrait pas nécessairement à Washington de « prendre le pétrole » iranien, contrairement à l’intention formulée par Trump, mais bloquerait en revanche massivement l’offre disponible sur les marchés.

Le contexte régional aggrave encore l’équation. En dépit de pourparlers indirects entre Washington et Téhéran — évoqués par le Pakistan — et de promesses américaines d’une fin prochaine du conflit, les tensions ne faiblissent pas sur le terrain. Des frappes ont continué de cibler des infrastructures économiques dans le Golfe. C’est dans ce contexte que Tamas Varga, analyste chez PVM Energy, a lâché une projection qui a circulé comme une traînée de poudre dans les salles de marché : « Si les États-Unis lançaient une invasion terrestre de l’Iran, ou si Téhéran intensifiait ses frappes de représailles contre les infrastructures énergétiques ou fermait complètement le détroit, les projections d’un baril de pétrole à 200 dollars ne seraient plus une hypothèse farfelue. » Un seuil symbolique — et jusqu’ici jamais atteint dans l’histoire — qui n’est plus présenté comme un scénario catastrophe relevant de la fiction, mais comme une issue possible à une escalade non maîtrisée.

L’analyste de PVM précise par ailleurs l’ampleur des volumes en jeu : « Même une hypothèse prudente, de dix millions de barils par jour de pétrole brut et de produits raffinés bloqués chaque jour en raison du conflit, représente environ 300 millions de barils par mois, soit près de trois jours de consommation mondiale » — « un volume considérable ». Et d’ajouter que « même en cas de trêve ou d’accord de paix, la normalisation prendrait des mois, ce qui semble improbable à court terme, d’autant plus que les États-Unis déploient des troupes supplémentaires dans la région ».

Le G7 promet « toutes les mesures nécessaires »

Face à l’emballement des cours, les ministres des Finances et de l’Énergie du G7 se sont réunis en visioconférence lundi. Leur communiqué, lapidaire mais lourd de sous-entendus, indique qu’ils sont « prêts à prendre toutes les mesures nécessaires, en étroite coordination avec nos partenaires, notamment pour préserver la stabilité et la sécurité du marché de l’énergie ». Une formulation déjà utilisée le 9 mars, lorsqu’un premier G7 Finances avait évoqué la possibilité de puiser dans les réserves stratégiques. Le 19 mars, l’Agence internationale de l’énergie avait confirmé que ses membres avaient effectivement commencé à libérer leurs stocks, pour un total annoncé de 426 millions de barils.

Le conflit a en effet entraîné la quasi-paralysie du détroit d’Ormuz, voie maritime par laquelle transite en temps normal un cinquième de la production mondiale de pétrole. Le G7 a appelé lundi « tous les pays à s’abstenir d’imposer des restrictions injustifiées à l’exportation d’hydrocarbures », en soulignant « l’importance d’une action internationale coordonnée ». Les banques centrales des pays membres, également présentes à la réunion, se sont dites « fermement déterminées à maintenir la stabilité des prix », tout en précisant que leur politique monétaire « restera dépendante des données » — laissant ainsi ouverte la question d’une révision des taux face à la résurgence inflationniste. Un sommet des chefs d’État et de gouvernement du G7 est programmé à Évian à la mi-juin, et la question énergétique devrait en constituer l’un des axes majeurs.

Dans ce paysage incertain, la position de l’Algérie prend un relief particulier. Fournisseur fiable, adossé à des infrastructures éprouvées et à des contrats de long terme, le pays figure parmi les rares acteurs capables d’offrir à ses partenaires européens la garantie d’approvisionnements stables dans la tempête. Jamais l’intérêt stratégique de ses gazoducs transmediterranéens, de ses terminaux GNL et de sa continuité de service n’est apparu aussi évident qu’en cette période de turbulences. 

Amar Malki

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