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Les « Parcours augustiniens » candidats au classement au Patrimoine mondial

La ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, a présidé mardi au siège de son ministère l’installation officielle d’une commission nationale chargée du suivi du dossier de classement des « Parcours augustiniens en Algérie » auprès de l’UNESCO. Ce projet colossal, qui s’étend sur près de 1 500 kilomètres à travers l’est et le centre du pays, vise à inscrire une constellation de quatorze sites archéologiques et historiques liés à la vie du philosophe et théologien Augustin d’Hippone — né à Thagaste, aujourd’hui Souk Ahras — au rang du patrimoine mondial.

Le communiqué du ministère décrit cette démarche comme « une étape stratégique qui confirme l’engagement ferme de l’Algérie à préserver et valoriser son riche héritage civilisationnel ». Un engagement qui se traduit désormais par une structure opérationnelle réunissant des experts en archéologie, en histoire et en anthropologie, aux côtés de spécialistes de la valorisation du patrimoine.

Le périmètre du projet est impressionnant. Il embrasse quatorze cités antiques : Hippone (Annaba), Calama (Guelma), Thibillis (Sellaoua Announa), Tubursicu Numidarum (Khemissa), Madauros (M’daourouch), Thagaste (Souk Ahras), Castellum Tidditanorum (Tiddis), Thagora (Taoura), Milevum (Mila), Sitifis (Sétif), Caesarea (Cherchell), Cartennae (Ténès), Theveste (Tébessa) et Thoubona (Tobna, Batna). Autant de noms qui résonnent comme un atlas de la civilisation numido-romaine, berceau intellectuel d’une des figures les plus universelles de l’histoire de la pensée. Le dossier soumis à l’UNESCO met en avant l’itinéraire de vie de Saint Augustin (354–430), dont la trajectoire embrasse plusieurs de ces cités, de sa naissance à Souk Ahras jusqu’à son épiscopat à Hippone, en passant par ses années d’études à Madauros et son cheminement spirituel et philosophique à travers la Méditerranée. Le texte officiel souligne qu’« Augustin a constitué une pensée formant un pont franchissant les continents et les religions, une source de lumière intellectuelle inépuisable ».

Une commission aux missions élargies

La nouvelle instance nationale ne se limite pas à un rôle administratif de coordination avec l’UNESCO. Ses attributions couvrent un spectre large : élaboration de stratégies innovantes pour la valorisation des sites en tant que destination culturelle internationale, promotion touristique à grande échelle, supervision des programmes de protection et de conservation du patrimoine archéologique, et encouragement de la recherche scientifique et des études académiques. L’ambition est clairement double : patrimoniale et économique.

Car le communiqué ministériel insiste sur la dimension de « tourisme de mémoire » que ces parcours sont appelés à générer. Il évoque la capacité du projet à « transformer les sites archéologiques en espaces vivants, alimentant le tourisme mémoriel et créant une dynamique économique locale durable ». L’Algérie entend ainsi faire de ce corridor historique un levier de développement territorial, à l’image des grands itinéraires culturels européens labellisés par le Conseil de l’Europe.

Ce qui distingue le projet algérien de nombreuses candidatures comparables, c’est son ambition déclarée de dépasser les frontières. Le texte officiel présente le « Parcours d’Augustin » comme « un itinéraire à dimension transfrontalière, reliant l’Afrique à l’Europe, incarnant l’interaction profonde entre foi et raison dans un contexte culturel multidimensionnel ». Une mise en récit qui articule intelligemment le local — les cités numidiennes, les strates archéologiques, le génie du lieu — et l’universel, à travers la figure d’un penseur dont l’influence traverse encore aujourd’hui la théologie, la philosophie et les sciences humaines.

Par son ampleur géographique, la densité de ses sites et la portée symbolique de la figure tutélaire choisie, l’Algérie se dote d’un outil de diplomatie culturelle particulièrement bien conçu — un parcours qui ne raconte pas seulement le passé, mais cherche, avec ambition, à écrire l’avenir.

Mohand Seghir

Colloque sur la pensée de saint Augustin

En marge de la visite historique du pape Léon XIV en Algérie, l’association culturelle Djahidhiya convie ce samedi, en son siège au cœur d’Alger, à une conférence de haut vol animée par le Dr Othmane Abdellouche — croisant pensée augustinienne, diplomatie spirituelle et enjeux géopolitiques contemporains.

R.C.

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