Le premier tour de manivelle a été donné à Tizi-Ouzou : Un documentaire pour immortaliser l’œuvre de Lounis Aït Menguellet
À Tizi-Ouzou, le premier tour de manivelle d’un film sur le poète et chanteur Lounis Aït Menguellet a été donné samedi en présence de l’artiste. Aux commandes de ce projet intime et ambitieux, ses propres enfants, Hayet et Djaâfar.
Il y a des histoires qui se racontent en famille. Samedi à Tizi-Ouzou, le premier tour de manivelle d’un documentaire consacré à Lounis Aït Menguellet a été donné en présence du poète lui-même, entouré des siens. Derrière la caméra, sa fille Hayet et son fils Djaâfar, qui ont choisi de porter à l’écran le parcours d’un monument de la chanson algérienne — une carrière exceptionnelle entamée en 1966, soit six décennies de poésie. Le film, d’une durée prévue de 120 minutes, s’annonce comme un voyage au long cours dans l’univers d’un artiste qui a traversé les époques sans jamais se trahir. Hayet, réalisatrice principale du projet, confie que l’œuvre « utilisera beaucoup d’archives et de témoignages inédits », et que l’équipe espère « finir le travail et présenter le film à l’occasion du soixantenaire de la carrière de l’artiste ». Un rendez-vous symbolique qui donne à ce documentaire une résonance particulière : celle d’un hommage rendu à temps, quand l’artiste est encore là pour en être le témoin vivant.
Pour Hayet, ce projet dépasse le cadre du portrait filial. « Au-delà du père, Lounis Aït Menguellet est aussi un artiste que nous apprécions pour son œuvre et sa poésie », dit-elle simplement, avant d’ajouter que « c’est un devoir et une fierté pour nous de réaliser ce documentaire ». Le tournage s’étalera sur douze semaines, auxquelles viendront s’ajouter les semaines de montage, pour une présentation prévue « au plus tard au courant du premier semestre de l’année prochaine ».
Le réalisateur Yazid Arab, qui accompagne le tandem en tant que conseiller artistique, apporte un éclairage précieux sur l’approche choisie. Ce documentaire, explique-t-il, relève du « cinéma du réel » : il ne se contentera pas de retracer une biographie officielle, mais cherchera à sonder l’homme derrière la légende — ses passions, ses loisirs, « tout ce qui nourrit l’inspiration de ce monument de la culture ». Une façon de rappeler que les grandes œuvres ne naissent pas du vide, mais d’une vie pleinement vécue et intensément ressentie.
Né en 1946 à Ighil Bouamas, dans la wilaya de Tizi-Ouzou, Lounis Aït Menguellet est aujourd’hui considéré comme l’une des voix les plus profondes de la culture amazighe. Poète autant que chanteur, il a porté la langue kabyle à des sommets d’expression littéraire, puisant dans la tradition orale pour mieux interroger le monde contemporain. Son œuvre, traduite et commentée bien au-delà des frontières algériennes, fait de lui une figure incontournable du patrimoine culturel national.
Ce premier tour de manivelle à Tizi-Ouzou marque donc bien plus qu’un début de tournage : il ouvre le chapitre d’une mémoire à préserver, celle d’un artiste dont la voix a accompagné des générations entières — et qui méritait, depuis longtemps, que le cinéma lui rende hommage.
Mohand Seghir

