Blocus américain du détroit d’Ormuz : Trump menace, les marchés vacillent
Le président américain a ordonné lundi le blocus naval des ports iraniens dans le détroit d’Ormuz après l’échec des pourparlers d’Islamabad, propulsant le baril de pétrole au-delà de 100 dollars et précipitant la planète au bord d’une crise économique et géopolitique majeure.
Une quinzaine de bâtiments de l’US Navy encerclent désormais les côtes iraniennes. Donald Trump a mis le feu aux poudres lundi en annonçant le blocus naval des ports de la République islamique d’Iran, après l’échec des négociations directes tenues le week-end dernier à Islamabad entre les délégations américaine et iranienne. Sur son réseau Truth Social, le président américain a durci le ton jusqu’à l’extrême : « Avertissement : si l’un de ces navires s’approche ne serait-ce qu’un peu de notre blocus, il sera immédiatement éliminé. » Une menace à peine voilée qui a instantanément ébranlé les marchés mondiaux et déclenché une avalanche de condamnations internationales.
Les marchés pétroliers en état de choc
La réaction des marchés a été immédiate et brutale. Le baril de West Texas Intermediate (WTI) a bondi de plus de 7 % lundi matin pour atteindre 103,46 dollars, tandis que le baril de Brent de la mer du Nord, référence mondiale, franchissait à son tour le cap symbolique des 100 dollars, s’établissant à 101,54 dollars, en hausse de près de 6,7 %. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième de la production pétrolière mondiale, est au cœur de cette flambée spéculative. Le dollar a profité de la situation, progressant de 0,30 % face à l’euro et de 0,24 % face à la livre sterling, mécaniquement dopé par la hausse des cours du brut libellé en monnaie américaine. Les Bourses européennes, elles, ont ouvert en net repli, Paris et Francfort cédant chacune 1 %, dans le sillage des marchés asiatiques déjà fragilisés : Tokyo avait clôturé en recul de 0,74 % et Séoul lâchait 0,86 %. Les taux d’intérêt restaient, quant à eux, élevés sur les marchés obligataires, les investisseurs anticipant un regain d’inflation sous l’effet de la hausse de l’énergie.
Téhéran dénonce une « piraterie »
À Téhéran, la riposte verbale a été cinglante. Le commandement des forces armées iraniennes, Khatam Al-Anbiya, a qualifié le blocus d’acte « illégal » relevant de la « piraterie », dénonçant dans un communiqué lu sur la télévision d’État « les restrictions imposées par la criminelle Amérique sur la navigation maritime et le transit dans les eaux internationales ». Et la menace ne s’est pas arrêtée là : l’armée iranienne a prévenu qu’en cas de mise en danger des ports de la République islamique dans le Golfe Persique et la mer d’Arabie, « aucun port dans le golfe Persique et la mer d’Arabie ne sera en sécurité ». Un avertissement qui a semé l’inquiétude parmi les monarchies pétrolières du Golfe, dont les économies dépendent directement de la liberté de ces voies maritimes.
Trump, de son côté, a revendiqué la destruction préalable de 158 navires iraniens, ajoutant que les quelques embarcations d’attaque rapide encore en service seraient immédiatement neutralisées si elles s’approchaient du dispositif naval américain. La rhétorique de destruction totale du président américain tranche avec les appels au dialogue qui s’élèvent de toutes parts sur la scène internationale.
La légalité même du blocus est vigoureusement contestée. Le secrétaire général de l’Organisation maritime internationale, Arsenio Dominguez, a rappelé solennellement lors d’une conférence de presse que « conformément au droit international, aucun pays n’a le droit d’interdire le droit de passage inoffensif ou la liberté de navigation dans les détroits internationaux utilisés pour le transit international ». Une position partagée par le Qatar, dont le chef de la diplomatie, Mohammed Ben Abderrahmane Al Thani, a insisté auprès de son homologue iranien sur « la nécessité d’ouvrir les voies maritimes » et de ne pas les « utiliser comme moyen de pression ou de marchandage ».
Le Royaume-Uni a pris ses distances avec Washington : « Nous ne soutenons pas le blocus », a déclaré le premier ministre Keir Starmer sur la BBC, précisant que Londres n’entendait pas « se laisser entraîner dans cette guerre ». L’Espagne a été encore plus directe, sa ministre de la Défense, Margarita Robles, jugeant la mesure dénuée de « tout sens ». L’Union européenne, par la voix d’Ursula von der Leyen, a qualifié la fermeture du détroit d’Ormuz d’ « extrêmement préjudiciable » et de menace « primordiale » pour la stabilité mondiale, tout en rappelant que tout accord avec l’Iran devrait traiter de son programme nucléaire et balistique. L’ASEAN, dont les membres sont fortement tributaires des importations d’hydrocarbures acheminées via Ormuz, a exhorté Washington et Téhéran à préserver le cessez-le-feu et à rétablir « un transit sûr, sans entrave et continu » dans le détroit. La Turquie, dont le ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan s’est entretenu avec les deux camps, a réclamé la réouverture « au plus vite » du passage, soulignant que transitent par cette voie non seulement pétrole et gaz, mais aussi « des denrées alimentaires et d’autres marchandises destinées aux pays du Golfe ».
Des risques globaux qui s’accumulent
Les conséquences humanitaires et économiques de cette escalade préoccupent au plus haut point les organisations internationales. Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a averti que plus de 32 millions de personnes dans le monde risquent de basculer dans la pauvreté en raison des répercussions économiques du conflit. Dans un rapport publié lundi, il évoque un « triple choc » frappant simultanément les secteurs de l’énergie, de l’alimentation et de la croissance, et estime que les pays en développement seront les plus durement touchés. Pour y faire face, le PNUD préconise des transferts financiers ciblés en faveur des populations les plus vulnérables, pour un coût estimé à près de six milliards de dollars. En Allemagne, le chancelier Friedrich Merz a prévenu que son pays ressentira « encore longtemps » les effets de la guerre, annonçant des mesures d’urgence pour amortir la hausse des prix des carburants pour les ménages et les entreprises. Signe des tensions persistantes dans la région, la Russie a évacué la quasi-totalité de son personnel de la centrale nucléaire iranienne de Bouchehr, construite et exploitée avec l’aide de Moscou : 108 personnes ont quitté le site lundi, selon le directeur général de Rosatom, Alexeï Likhatchiov. Seuls vingt techniciens de haut rang y demeurent.
Une fenêtre diplomatique encore ouverte ?
Malgré l’escalade, plusieurs acteurs s’efforcent de garder ouverte la fenêtre diplomatique. La Chine, par la voix du ministre des Affaires étrangères Wang Yi, a affirmé que la « priorité absolue » est d’« empêcher la reprise des hostilités et préserver la dynamique du cessez-le-feu si durement acquis », évoquant le plan de paix sino-pakistanais comme base possible pour un règlement. Le ministre de la Défense pakistanais, Khawaja Asif, s’est voulu prudemment optimiste : « L’atmosphère après les négociations est correcte, positive. Il y a donc de l’espoir que la prochaine session aboutisse à un résultat. » Moscou, de son côté, a réitéré son offre d’accueillir sur le sol russe l’uranium enrichi iranien dans le cadre d’un éventuel accord, proposition formulée par Vladimir Poutine et restée « sans effet » pour l’instant. La Turquie avertit toutefois que si la question du nucléaire se résume à une alternative « tout ou rien », notamment sur l’enrichissement de l’uranium, « de sérieux obstacles » se dresseront face aux négociateurs. À cette heure, la communauté internationale retient son souffle, suspendue entre la menace d’une guerre totale au Moyen-Orient et l’espoir ténu d’un retour à la table des négociations.
Lyes Saïdi

