Culture

Journées cinématographiques internationales de Sétif : Le court-métrage « Maou’id » sacré

Le court-métrage « Maou’id » du réalisateur Sofiane Benyoucef a remporté l’Épi d’or des 6èmes Journées cinématographiques internationales de Sétif, qui ont refermé leurs portes dimanche par la projection en clôture de « Hadda », le long-métrage d’Ahmed Riad dédié aux infirmières moudjahidate de la Révolution. Cinq jours durant, du 8 au 12 avril, la capitale des Hauts-Plateaux a vécu au rythme du septième art. Organisées par l’Office de la culture et du tourisme de la commune de Sétif sous le slogan « Un film pour demain », ces journées ont accueilli 23 courts-métrages en compétition, produits dans huit pays — l’Algérie, la Tunisie, la Syrie, le Soudan, l’Égypte, la France, la Jordanie et la Palestine —, offrant ainsi à la salle de spectacles de la Maison de la culture Houari-Boumediene une programmation à la fois dense et éclectique, portée par une ambition clairement affichée : faire de Sétif un carrefour cinématographique méditerranéen et arabe. Le palmarès, dévoilé lors de la cérémonie de clôture de dimanche soir, a consacré le cinéma algérien en tête. L’Épi d’or, récompense suprême de la compétition, est revenu à « Maou’id » — « Rendez-vous » en français — du réalisateur Sofiane Benyoucef, dans un palmarès où l’Algérie a également décroché le Prix du jury grâce à Yacine Yettou pour son film « Collatéral ». La moisson nationale est d’autant plus remarquable que la compétition était relevée : l’Épi d’argent a été attribué au film égyptien « Pour Ryma » de Hossam Gamal, et l’Épi de bronze au syrien « 711 » d’Abdurrahmane Yassine, deux œuvres qui ont manifestement marqué les membres du jury par leur écriture et leur propos.

Au-delà du palmarès, c’est la dynamique d’ensemble de ces journées qui a retenu l’attention. Prenant la parole lors de la cérémonie de clôture, le président de l’APC de Sétif, Hamza Belayat, a tenu à replacer l’événement dans une perspective qui dépasse la seule compétition. Selon lui, ces journées « n’ont pas seulement consisté à projeter des films, mais ont offert l’opportunité de mener des réflexions au sein d’un espace de dialogue qui a permis de créer des passerelles entre le cinéma et le public, tout en contribuant à l’émergence de jeunes talents prometteurs. »

Cette dimension pédagogique s’est en effet concrétisée à travers des ateliers de formation dont les encadreurs ont été honorés lors de la clôture aux côtés des invités d’honneur : l’acteur et metteur en scène Mohamed Frimahdi, le réalisateur Oussama Kobbi, le scénariste Rabah Slimani et la maquilleuse Karima Rabhi ont ainsi été salués pour leur contribution à l’encadrement des jeunes participants. La cérémonie a également rendu hommage à des personnalités artistiques venues de plusieurs pays, parmi lesquelles les actrices égyptiennes Aïda Riyad et Hind Sabri, la Tunisienne Leila Sabrine, l’Espagnol Marco Magua, ainsi que les réalisateurs Ali Nuri Turkoglu, de Turquie, et Hani Abdellatif, d’Égypte — une présence internationale qui a conféré à l’événement le lustre et la légitimité d’un rendez-vous cinématographique reconnu au-delà des frontières.

La soirée de clôture a été marquée par un autre temps fort, peut-être le plus émouvant de ces journées : la projection en avant-première de « Hadda », long-métrage de 76 minutes signé Ahmed Riad, devant une salle comble où s’étaient retrouvés, aux côtés du grand public, le réalisateur lui-même, les acteurs du film, ainsi que plusieurs cinéastes et producteurs. L’œuvre retrace le parcours de l’infirmière et moudjahida « Hadda », dont le rôle est incarné par l’actrice algérienne Lydia Larini, et rend hommage aux sacrifices et à l’héroïsme des infirmières algériennes durant la guerre de libération nationale. Un sujet qui résonne avec une acuité particulière en cette période de célébrations mémorielles, et que le réalisateur a choisi d’aborder avec une écriture cinématographique délibérément accessible.

Lors d’une rencontre avec le public organisée à l’issue de la projection, Ahmed Riad a livré sa vision du film et de sa mission. « Hadda », a-t-il confié, « qui constitue ma deuxième expérience en matière de longs-métrages, ambitionne de contribuer à préserver la mémoire collective » et a été conçu « de telle sorte à attirer la jeune génération dans les salles de cinéma. » Un équilibre délicat entre devoir de mémoire et séduction du jeune public, que le cinéaste dit avoir placé au cœur de ses choix artistiques. Il a par ailleurs salué chaleureusement l’organisation de ces journées, les qualifiant d’événement culturel et artistique « important », avant de souligner ce qu’il perçoit comme « l’intérêt clair et grandissant du public algérien et arabe en général pour le septième art » — un constat optimiste qui tranche avec les inquiétudes récurrentes sur la désaffection des salles obscures.

Mohand S.

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