Le chantier avance à un rythme accéléré : La ville nouvelle de Hassi Messaoud émerge !
À 80 kilomètres de tout, entre Ouargla, Touggourt et la capitale pétrolière du pays, un chantier colossal prend forme dans le désert. La ville nouvelle de Hassi-Messaoud, 4 483 hectares destinés à accueillir 80 000 habitants, avance à un rythme qui ne laisse plus de place au doute.
Le site s’appelle Oued El-Marâa. Rien n’y poussait il y a encore peu, sinon le vent et le sable. Aujourd’hui, des voiries tracées au cordeau, des réseaux souterrains posés, des tours d’eau dressées contre le ciel ocre — la ville nouvelle de Hassi-Messaoud émerge du désert avec une ambition que les responsables de la wilaya d’Ouargla ne cherchent pas à dissimuler. Lundi, lors d’une visite d’inspection du projet, le wali Abdelghani Filali a parcouru les chantiers et reçu les présentations techniques des représentants de l’Établissement de la ville nouvelle de Hassi-Messaoud (EVNH). Le constat, selon les services de la wilaya, est sans équivoque : l’avancement est « notable ». Le projet s’inscrit dans la stratégie nationale de développement des villes nouvelles, pensée pour désengorger les agglomérations saturées et accompagner les mutations socioéconomiques d’une région que le pétrole a transformée en quelques décennies. Hassi-Messaoud, capitale énergétique du pays, étouffe sous la pression démographique et industrielle. La ville nouvelle, implantée à équidistance de trois pôles urbains existants, doit constituer une soupape — et bien davantage.
Un urbanisme pensé pour le désert
Le schéma directeur du projet ne se limite pas à aligner des logements dans le sable. Il intègre des zones résidentielles, des espaces d’extension future, des zones logistiques d’activités et, fait remarquable dans ce contexte climatique, une attention soutenue portée à l’environnement. Une bande verte de 300 hectares, peuplée de 40 000 palmiers et 30 000 arbres d’essences variées, est prévue en ceinture protectrice. L’objectif affiché par les concepteurs est double : lutter contre la désertification et créer un microclimat qui rendrait la vie quotidienne supportable dans cette région où les températures estivales dépassent régulièrement les 45 degrés. D’autres ceintures vertes sont projetées pour conférer à la ville, selon la fiche technique du projet, « l’image de modèle de villes durables au cœur du désert ». Sur le plan des infrastructures, les chantiers de voies et réseaux divers — eau potable, assainissement, gaz, électricité — affichent un avancement que les responsables qualifient de « remarquable ». L’éclairage public sera alimenté par énergie solaire. La fibre optique est déjà en cours d’installation. Un centre d’enfouissement technique a été retenu pour la gestion des déchets. La ville sera connectée à la RN-3 et bénéficiera de la proximité du tracé ferroviaire en cours de réalisation entre Touggourt et Hassi-Messaoud, axe stratégique du désenclavement sudiste.
Le volet résidentiel prévoit, dans une première phase, 16 000 logements destinés à une population de 70 000 personnes, auxquels s’ajoutent des équipements publics dans les secteurs de l’éducation, la santé et les services administratifs. Deux mille logements publics locatifs sont en voie de finalisation, tandis que 2 000 autres ont été lancés. L’alimentation en eau reposera sur deux complexes hydrauliques d’une capacité de 24 000 m³ par jour chacun, complétés par l’exploitation des eaux souterraines et des stations de traitement des eaux usées.
Mais c’est peut-être sur le plan économique que les ambitions sont les plus élevées. La zone d’activités logistiques (ZAL) intégrée au projet compte 248 lots de terrain, dont 177 déjà réservés à des opérateurs économiques des secteurs de l’énergie, des énergies renouvelables et de la logistique. Sonatrach, le géant pétrolier public, y relocalisera plusieurs de ses antennes et filiales sur 72 lots dédiés. L’ensemble de cette dynamique industrielle est censé générer « près de 40 000 emplois », selon les données fournies lors de la visite, et ancrer la ville nouvelle dans son rôle de pôle économique émergent.
L’investissement privé comme levier
Pour attirer les capitaux privés, le projet s’appuie sur la nouvelle loi de l’investissement et bénéficie du soutien de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI). Cinq projets d’investissement ont déjà été lancés dans une première phase, portant sur la promotion immobilière, les structures de services, les établissements privés de formation, les hôtels et les centres commerciaux. L’objectif est de diversifier le tissu économique et d’éviter que la ville ne devienne un simple dortoir industriel, écueil classique des zones mono-activités pétrolières.
La ville nouvelle de Hassi-Messaoud prend ainsi progressivement forme. Ses concepteurs la présentent comme un modèle appelé à s’inscrire dans les objectifs du Schéma national d’aménagement du territoire (SNAT) à l’horizon 2030. Une ville verte, connectée, productive — au milieu du Sahara. Le pari est vertigineux. Les premières briques sont posées.
Amar Malki

