Le FMI revoit à la hausse sa croissance à 3,8% : L’Algérie défie les turbulences mondiales
Le Fonds monétaire international a publié mardi des prévisions économiques plus optimistes pour l’Algérie, portant la croissance à 3,8% pour 2026, contre 2,9% anticipés six mois plus tôt. Un signal de confiance qui positionne le pays en exception régionale, tandis que la planète économique se contracte sous le poids des tensions géopolitiques.
Alors que les nuages s’accumulent sur l’économie mondiale, l’Algérie brille d’une lumière singulière. Le Fonds monétaire international (FMI) a dévoilé mardi, en marge de ses réunions de printemps, des perspectives de croissance pour l’Algérie révisées nettement à la hausse : le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) est désormais projeté à 3,8% pour l’année 2026, selon le rapport sur les « Perspectives de l’économie mondiale » publié sur le site officiel de l’institution. C’est une progression significative de 0,9 point de pourcentage par rapport aux prévisions antérieures d’octobre 2025, qui tablaient sur 2,9%. Cette amélioration des perspectives algériennes intervient dans un contexte économique international profondément dégradé. Le FMI a simultanément revu à la baisse ses prévisions mondiales de croissance, la ramenant à 3,1% pour 2026, contre 3,3% anticipés précédemment — un repli de 0,2 point directement attribué aux « conséquences négatives » des tensions géopolitiques, notamment « l’escalade militaire dans le Golfe et au Moyen-Orient », selon le texte même du rapport de l’institution basée à Washington. Ce contraste saisissant — une Algérie accélérant tandis que le monde ralentit — mérite d’être décrypté. Il révèle bien plus qu’une simple statistique macroéconomique : il témoigne d’une résilience économique et d’une trajectoire de stabilisation que les grandes institutions financières internationales commencent à reconnaître explicitement.
Un contexte mondial dégradé, une Algérie en contracyclique
Pour saisir l’ampleur de cette anomalie positive, il faut d’abord mesurer l’étendue des dégâts économiques causés par les tensions géopolitiques qui ébranlent la planète. Le FMI n’hésite pas à qualifier de « risques dominants » une série de menaces existentielles : « Une prolongation ou une extension du conflit, une aggravation de la fragmentation géopolitique, une réévaluation des attentes quant à la productivité induite par l’intelligence artificielle, ou un regain de tensions commerciales pourraient sensiblement fragiliser la croissance et déstabiliser les marchés financiers. » Sous un scénario défavorable — celui prévoyant un conflit prolongé —, l’institution estime que la croissance mondiale chuterait à 2,5%, un niveau de quasi-stagnation. Aucune grande économie n’échappe à cette morosité. Les États-Unis, locomotive traditionnelle de la croissance mondiale, verront leur expansion limitée à 2,3% en 2026, soit une baisse de 0,1 point. La Chine, malgré les mesures de relance et l’abaissement des droits de douane américains, connaîtra un ralentissement à 4,4%, contre 4,5% en janvier — une confirmation de son essoufflement malgré les efforts de Beijing. L’Europe souffre davantage encore. La zone euro dans son ensemble enregistrera une croissance réduite à 1,1%, selon le FMI, soit un recul de 0,2 point par rapport aux estimations de janvier. Les trois plus grandes économies du continent sont toutes affectées : l’Allemagne à 0,8% (baisse de 0,3 point), la France à 0,9% (baisse de 0,1 point), l’Italie à 0,5% (baisse de 0,2 point), et l’Espagne à 2,1% (baisse de 0,2 point). En dehors de la zone euro, le Royaume-Uni est « plus durement touché » avec une prévision de 0,8%, selon les termes mêmes du rapport du FMI, soit un recul de 0,5 point. C’est dans ce paysage économique sinistre que l’Algérie émerge non seulement comme une exception, mais comme une anomalie positive — ce que la Banque mondiale, dans ses propres évaluations, ne craint pas de qualifier d’« exception au sein de l’espace MENAAP ».
Une exception régionale
Une semaine avant les révisions du FMI, la Banque mondiale avait déjà donné un signal comparable. Dans son Bulletin économique consacré à la région Moyen-Orient, Afrique du Nord et Asie de l’Ouest (MENAAP), publié le 8 avril 2026, elle avait revu à la hausse ses prévisions pour l’Algérie, les portant à 3,7% pour 2026, contre 3,5% annoncés en janvier — une révision de 0,2 point de pourcentage. Ce qui rend cette évaluation remarquable, c’est qu’elle place l’Algérie parmi les trois seuls pays de la région dont les prévisions de croissance ont été revues à la hausse. Tandis que les grandes économies du Golfe — traditionnellement motrices de la région — voient leurs perspectives s’effondrer sous le choc des tensions au Moyen-Orient, Alger avance à contre-courant. L’institution de Washington qualifie explicitement ce statut d’« exception » dans la région. Ce phénomène n’est pas dû au hasard. Il repose sur des fondamentaux macroéconomiques robustes que la Banque mondiale met en avant. En premier lieu, la hausse des recettes d’exportation algériennes, portées par les hydrocarbures dans un contexte de tensions persistantes sur les marchés énergétiques mondiaux. Ces revenus supplémentaires se traduisent par une amélioration sensible de la balance extérieure du pays. La Banque mondiale prévoit en effet une réduction marquée du déficit du compte courant algérien. Ce dernier passerait de -5,9% du PIB en 2025 à -2,4% en 2026, soit un rééquilibrage impressionnant de plus de trois points de pourcentage en une seule année. C’est là, insiste l’institution, « un indicateur de stabilité macroéconomique significatif, qui renforce la capacité du pays à faire face aux chocs externes tout en maintenant un niveau d’investissement public soutenu ».
Sur une note moins optimiste, le FMI souligne avec insistance : « Les risques de dégradation dominent ces perspectives. » dans le monde. L’inflation, notamment, demeure un facteur d’inquiétude. Le FMI prévoit une accélération modérée de l’inflation en 2026 avant un redémarrage du ralentissement en 2027. Le FMI recommande dès lors à de « promouvoir la souplesse, conserver des cadres d’action crédibles et renforcer la coopération internationale afin de faire face au choc actuel tout en se préparant à de futures perturbations dans un environnement mondial toujours plus incertain ».
Samira Ghrib

