Médicaments, carburants, énergie et biens manufacturiers : Des outils numériques pour prévenir les pénuries !
En l’espace d’une semaine, pas moins de cinq réunions interministérielles se sont tenues à Alger autour d’un même projet : doter l’État d’un système d’information intégré capable de surveiller, en temps réel, l’approvisionnement du marché national et améliorer les services publics. Des médicaments aux carburants, en passant par les services consulaires et l’énergie, l’Algérie engage une transformation numérique de grande envergure, portée par une volonté politique affichée au plus haut niveau de l’exécutif.
Tout a commencé le 9 avril. Réuni en Conseil interministériel, le Premier ministre Sifi Ghrieb donnait ses instructions pour que chaque secteur stratégique se dote d’un outil numérique de suivi des flux de marchandises et de produits essentiels. Dans les jours qui ont suivi, les ministres se sont mis au travail, enchaînant les concertations avec la Haut-commissaire à la numérisation avec rang de ministre, Meriem Benmouloud, devenue la cheville ouvrière de cette vaste entreprise de modernisation.
Un chantier transversal piloté au sommet
Le 12 avril, c’est le ministre d’État aux Hydrocarbures, Mohamed Arkab, qui coprésidait avec Mme Benmouloud une réunion de coordination consacrée à l’examen d’un projet de système d’information destiné au suivi de l’approvisionnement du marché national en carburants et en produits pétroliers. Autour de la table : le PDG de Sonatrach Nour Eddine Daoudi, le président de l’Autorité de régulation des hydrocarbures (ARH) Amine Remini, le PDG de Naftal Djamel Cherdoud, ainsi que des représentants des corps de sécurité. La réunion a insisté sur « l’importance de la mise en place d’un système d’information intégré visant à améliorer l’efficacité de la production et de la distribution, tout en renforçant les capacités d’anticipation dans la prise de décision, afin de prévenir une éventuelle perturbation de l’approvisionnement du marché national », selon le communiqué relayé par l’APS. M. Arkab a de son côté mis en avant « le caractère stratégique de ce projet pour le renforcement de la sécurité de l’approvisionnement en produits énergétiques ».
Le lendemain, le ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables Mourad Adjal recevait à son tour la Haut-commissaire pour examiner les moyens de généraliser les solutions numériques, notamment la plateforme SMsing, déjà adoptée par l’opérateur Sonelgaz. Cet outil, qui permet un accès en temps réel aux informations sectorielles via des SMS internes sécurisés, a été salué par Mme Benmouloud comme une solution « qui accélère le traitement et la prise de décision par les responsables concernés dans chaque secteur, contribuant ainsi à l’amélioration du service public offert aux citoyens ». M. Adjal a pour sa part souligné « le haut niveau de compétence des experts du groupe en matière de numérisation et de développement de systèmes d’information », valorisant ainsi l’expérience accumulée par Sonelgaz comme modèle à généraliser.
Le médicament sous surveillance numérique
Mercredi, c’est le secteur pharmaceutique qui était au cœur des discussions. Le ministre de l’Industrie et de la Pharmacie Bachir Yahia coprésidait, avec Mme Benmouloud et le ministre de la Poste et des Télécommunications Sid Ali Zerrouki, une réunion de coordination « consacrée à l’étude d’un projet de système d’information permettant la surveillance de l’approvisionnement du marché national en médicaments pharmaceutiques et la garantie de la qualité du service public », selon le communiqué du ministère de l’Industrie. La séance réunissait également des représentants du ministère de la Défense nationale, de l’Agence de sécurité des systèmes d’information (ASSI), du Commandement de la Gendarmerie nationale, de la Direction générale de la Sûreté nationale et de l’Office national des statistiques. Ce projet repose sur une plateforme numérique à travers laquelle seront collectées et analysées les données de manière précise et instantanée. Le système s’appuie sur une obligation de déclaration hebdomadaire imposée aux fabricants et importateurs, incluant les stocks disponibles, les quantités en cours de libération auprès de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques, et les quantités distribuées en gros au cours des semaines précédentes, avec une obligation mensuelle de déclaration au bénéfice des établissements pharmaceutiques de distribution en gros. La Haut-commissaire à la numérisation a confirmé que la décision de préparer ce système d’information « est de nature à unifier les efforts de tous les secteurs pour accéder à des données précises et fiables et à contribuer à la prise de décisions et au renforcement de l’efficacité des interventions ». La veille, c’est le département de l’Industrie qui s’était prêté à l’exercice. La rencontre coprésidée par Yahia bachir vise à renforcer l’approvisionnement du marché à travers des solutions numériques intégrées et inclut également un système de messagerie par SMS. Les travaux ont porté sur les voies et moyens de concrétiser ce projet, notamment dans son volet relatif à l’amélioration de la qualité du service public et à la garantie d’un approvisionnement régulier du marché national, à travers le renforcement des mécanismes de suivi des différentes filières et produits de base, en y assurant la disponibilité sur l’ensemble du territoire national. Les participants ont également insisté sur l’importance de renforcer la coordination entre le secteur de l’Industrie et les autres secteurs, ainsi que d’intensifier l’échange de données afin de soutenir l’efficacité du système de suivi, d’anticiper les éventuelles situations de pénurie et de les traiter à un stade précoce, contribuant ainsi à une meilleure prise de décision, ajoute le communiqué. Par ailleurs, la réunion a abordé l’étude et la définition des indicateurs propres au secteur de l’industrie, qui seront intégrés dans ce système d’information, en vue d’assurer un suivi précis des différentes activités industrielles et de faciliter la prise de décision, conformément au dispositif national de gouvernance des données
La dynamique ne se limite pas aux secteurs productifs. Le même jour, le wali d’Alger Mohamed Abdennour Ghrieb recevait à son tour Mme Benmouloud et M. Zerrouki pour examiner l’intégration des indicateurs propres à la wilaya d’Alger dans ce système d’information, « conformément au dispositif national de gouvernance des données, en application du décret présidentiel 25-320 du 30 décembre 2025 », selon le communiqué des services de la wilaya. Plus tôt dans le mois, le 8 avril, le secrétaire d’État chargé de la Communauté nationale à l’étranger, Sofiane Chaib, avait tenu une séance de travail avec la Haut-commissaire pour faire le point sur les chantiers numériques consulaires. Les deux parties ont passé en revue « l’état d’avancement des chantiers numériques communs destinés à la communauté nationale à l’étranger, saluant les progrès qualitatifs accomplis ». La réunion a notamment permis d’aborder le lancement prochain de la plateforme numérique pour le service « Apostille » — authentification de documents à l’étranger — dont la mise en service est prévue pour le 9 juillet 2026, conformément aux dispositions de la Convention de La Haye.
Souveraineté numérique et gouvernance des données
Au-delà de l’aspect technique, ces multiples réunions révèlent une ambition politique cohérente : reprendre le contrôle de l’information économique et sectorielle pour mieux réguler les marchés et prévenir les ruptures d’approvisionnement. Le Haut-commissariat à la numérisation développe à cet effet des mécanismes de gouvernance des données, de réseau souverain et d’interopérabilité, « permettant de relier les différents secteurs ministériels à des systèmes d’information unifiés et d’améliorer le suivi des chaînes de production et de distribution ». Mme Benmouloud a réaffirmé l’engagement de son institution à « accompagner les secteurs dans la concrétisation de ces projets, à travers la mise au point de solutions numériques innovantes et la valorisation des données, de manière à renforcer la souveraineté numérique nationale ». Cette démarche s’inscrit dans le cadre de la Stratégie nationale de transformation numérique 2025-2030 et du décret présidentiel 25-320 du 30 décembre 2025. Elle vise à doter l’État d’un tableau de bord numérique intégré qui lui permettrait non seulement d’anticiper les pénuries, mais aussi de contrôler les flux de marchandises et de détecter précocement toute anomalie sur les marchés stratégiques. En clair : savoir, en temps réel, où en sont les stocks de médicaments, de carburants ou de produits pétroliers et de divers produits manufacturés, du producteur jusqu’au distributeur final. L’initiative, conduite à marche forcée depuis la réunion du Conseil interministériel du 9 avril, illustre la volonté de l’Exécutif d’utiliser le numérique comme levier de gouvernance économique, de régulation du marché et d’amélioration des services publics.
Amar Malki

