Urgence au lac Fetzara à Annaba : Un écosystème en péril en l’absence d’une station d’épuration
Classé zone humide d’importance internationale au titre de la Convention de Ramsar depuis 2003, le lac Fetzara, à Berrahal, dans la wilaya d’Annaba, se dégrade à vue d’œil. Des rejets d’eaux usées domestiques et industrielles non traitées s’y déversent sans discontinuer, tandis que le projet de station d’épuration, annoncé à maintes reprises, reste lettre morte. Une situation jugée incompatible avec les engagements environnementaux de l’Algérie. Le lac Fetzara, l’un des principaux espaces écologiques de la région d’Annaba, traverse une période critique. Au cœur des préoccupations : l’absence de concrétisation du projet de station d’épuration des eaux usées (STEP) à Berrahal, pourtant annoncé à plusieurs reprises ces dernières années. Ce projet structurant, destiné à protéger cette zone humide contre les différentes formes de pollution, semble enlisé dans des lenteurs administratives et financières, laissant planer le risque d’un abandon pur et simple. Cette inertie intervient dans un contexte environnemental déjà fragile. Le lac a frôlé la catastrophe écologique à plusieurs reprises, notamment durant les périodes estivales marquées par une baisse significative du niveau de ses eaux. À cela s’ajoute une pression croissante liée aux rejets domestiques et industriels issus de la zone de Berrahal, déversés sans traitement préalable dans la région d’El Guemgoum, au cœur même de cette zone humide. Les eaux usées provenant des pôles urbains de Kalitoussa et de la nouvelle ville Draa Errich se déversent également dans le lac, accentuant la pression sur un écosystème déjà vulnérable. Cette accumulation de rejets transforme progressivement le plan d’eau en réceptacle de substances liquides chargées en agents pathogènes et en matières polluantes.
Les spécialistes de l’environnement tirent la sonnette d’alarme face à l’aggravation de la situation. Ils soulignent que l’absence d’infrastructures de traitement adaptées favorise l’accumulation de substances nocives, et mettent en garde contre les limites des stations d’épuration classiques dans le traitement de certains effluents industriels, notamment ceux contenant des micropolluants organiques et minéraux susceptibles de persister longtemps dans l’environnement. La situation pose également des enjeux sanitaires non négligeables. L’exposition aux effluents pollués représente un danger pour les travailleurs intervenant dans les réseaux d’assainissement, mais aussi pour les populations riveraines. La dégradation des infrastructures liée à ces rejets accentue par ailleurs les coûts de maintenance et complique la gestion du réseau.
Plus inquiétant encore, les eaux du lac Fetzara rejoignent l’oued Seybouse sans traitement, étendant la pollution à l’échelle régionale. Le débit irrégulier de cet oued, qui varie considérablement selon les saisons et les précipitations, rend la dispersion des polluants d’autant plus imprévisible. Face à cette situation, les voix s’élèvent pour réclamer une relance urgente du projet de STEP. Les habitants de Berrahal appellent aussi à un renforcement des contrôles environnementaux, notamment à l’égard des entreprises industrielles, dont certaines ont déjà été sanctionnées par le passé pour atteinte à l’environnement. Classé le 4 juin 2003 au titre de la Convention de Ramsar, le lac Fetzara est reconnu comme une zone humide d’importance internationale en raison de sa richesse écologique et de son rôle dans la préservation de la biodiversité. Il constitue un habitat essentiel pour de nombreuses espèces d’oiseaux d’eau migrateurs et sédentaires, tout en assurant des fonctions naturelles majeures telles que la régulation des eaux et la protection contre les inondations. Ce classement engage les autorités à renforcer les mesures de conservation pour préserver l’équilibre fragile du site face aux pressions humaines et environnementales. La dégradation progressive de cet espace naturel sous l’effet des rejets polluants et de l’absence de traitement adéquat des eaux usées apparaît en contradiction flagrante avec ces engagements. Sans intervention rapide et coordonnée, le risque est réel de voir cet écosystème basculer vers une dégradation irréversible — et avec lui, un patrimoine naturel que la région d’Annaba ne peut se permettre de perdre.
Sofia Chahine

