Alger accélère la cadence d’un projet continental hors norme : Le gazoduc transsaharien passe une étape décisive
Alger, Niamey et Abuja ont renoué, mercredi, avec l’ambition d’un projet qui défie les distances et les décennies. La 5e réunion ministérielle du Comité de pilotage du gazoduc transsaharien (TSGP) a réuni à Alger autour d’une même table trois pays frères — l’Algérie, le Niger et le Nigeria — pour donner une nouvelle impulsion à ce chantier titanesque, considéré comme l’un des projets énergétiques les plus structurants que l’Afrique ait jamais conçus.
Le ministre d’Étatchargé des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, son homologue nigérian chargé des Ressources pétrolières en charge du gaz, Ekperikpe Ekpo, et le ministre du Pétrole nigérien, Hamadou Tinni, ont planché toute la journée sur l’état d’avancement d’un dossier qui ne souffre plus l’attentisme. Autour d’eux, les états-majors des trois compagnies nationales — Sonatrach, NNPC et Sonidep — représentés notamment par le PDG du groupe Sonatrach, Nour Eddine Daoudi, ainsi que des équipes d’experts mobilisés pour l’occasion. L’ordre du jour était chargé : présentation des résultats de l’étude de faisabilité réalisée par le cabinet britannique Penspen, et évaluation de la mise en œuvre de la feuille de route adoptée lors des précédentes réunions tenues à Niamey, Abuja et Alger, dont la dernière remonte à février 2025.
Mais c’est en marge de ces travaux techniques que la journée a pris une dimension politique supplémentaire. Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a reçu en audience les ministres nigérian et nigérien, accompagnés de leurs délégations respectives, en présence du ministre d’État Brahim Merad, de Mohamed Arkab et du conseiller diplomatique de la présidence, Amar Abba. Un signal fort envoyé aux partenaires africains : ce projet est une priorité souveraine pour Alger.
Tebboune insiste sur l’acèvement du projet
Le ministre nigérian Ekperikpe Ekpo, accueilli dès son arrivée au salon d’honneur de l’aéroport Houari-Boumediene par Mohamed Arkab, n’a pas caché son enthousiasme au sortir de l’audience présidentielle. Venu en compagnie du vice-président exécutif chargé des projets gaziers au sein de la compagnie nationale nigériane NNPC, il a livré une déclaration habitée par l’urgence et la conviction : «Je suis venu aujourd’hui en ma qualité de ministre d’État chargé des Ressources pétrolières du Nigeria, accompagné du Niger, pour rencontrer le président de la République algérienne. Le ministre algérien hôte nous a entretenus du projet du gazoduc transsaharien, et le président a exprimé son grand intérêt pour ce projet, ainsi que tout ce que le Nigeria peut faire pour en garantir la vision. La Nora — ainsi est-il désigné — sera entièrement achevée.» Il a dans ce sens souligne que le président Tebboune « a exprimé son grand intérêt pour l’achèvement de ce projet »
Ekpo a également insisté sur l’engagement ferme de son gouvernement : «J’ai réaffirmé que le Nigeria fera tout ce qui est en son pouvoir pour garantir la réalisation de ce projet. J’ai confirmé mon engagement et celui du projet Nora, et après cette réunion, nous tiendrons une réunion technique pour renforcer les aspects liés au projet, notamment les aspects commerciaux, afin d’en garantir le lancement et l’exécution.» Puis, martelant la nécessité d’agir vite, le ministre nigérian a lâché ce constat sans détour : «L’histoire montre que le début du travail sur ce projet remonte à 2001, et il n’est pas possible de permettre que cette situation se poursuive en l’état.»
Le Nigeria dispose de réserves de gaz naturel estimées à quelque 215 trilliards de pieds cubes, des ressources colossales encore largement inexploitées. Le TSGP, en les acheminant via un pipeline de plusieurs milliers de kilomètres traversant le Niger jusqu’aux côtes algériennes, ouvrirait la voie à leur valorisation massive sur les marchés européens. «Ce projet permettra de créer des opportunités d’emploi, de fabriquer et de transporter le gaz disponible en quantités énormes au Nigeria vers l’Union européenne à travers le gazoduc, et le succès de ce projet aura un grand impact sur le continent africain», a encore souligné Ekpo, avant de conclure sur une note d’engagement solennel : «Nous sommes totalement engagés à accomplir cela et nous en remercions grandement.»
L’enjeu dépasse largement les intérêts immédiats des trois pays signataires. Inscrit dans le cadre du NEPAD, le TSGP ambitionne de repositionner l’Afrique comme fournisseur incontournable d’énergie à l’échelle mondiale, tout en accélérant l’intégration régionale du continent. Dans un contexte mondial marqué par la quête effrénée de diversification des approvisionnements gaziers — particulièrement en Europe — ce pipeline de 4 128 kilomètres représente une réponse africaine souveraine aux équilibres énergétiques en recomposition. Alger s’impose ainsi comme pivot géographique et diplomatique du projet.
Samira Ghrib

