Monde

Guerre au Moyen-Orient : Nouveau round de pourparlers sur fond de vives tensions

À trois jours de l’expiration du cessez-le-feu, une délégation américaine conduite par le vice-président J.D. Vance s’apprête à rejoindre lundi Islamabad pour une deuxième série de négociations avec l’Iran, tandis que le détroit d’Ormuz est de nouveau fermé et que les échanges d’accusations entre Washington et Téhéran ne cessent de s’intensifier. La voie vers un accord de paix durable reste semée d’embûches.

La séquence des dernières 48 heures illustre à elle seule la fragilité extrême du processus diplomatique en cours. Vendredi, l’Iran avait rouvert le détroit d’Ormuz, cette voie maritime stratégique par laquelle transite en temps normal un cinquième du commerce mondial de pétrole et de gaz. L’annonce avait immédiatement provoqué un fort repli des cours du pétrole, dont le prix avait chuté de 10 %, redonnant brièvement de l’air aux marchés financiers. Moins de 24 heures plus tard, tout s’est de nouveau grippé. Samedi, l’Iran annonçait reprendre « le strict contrôle » du détroit, en représailles à la poursuite du blocus américain de ses ports. Peu après, au moins trois navires commerciaux qui tentaient de franchir le passage ont essuyé des tirs. L’armée britannique a confirmé qu’un cargo avait été touché à proximité du détroit, avec des conteneurs endommagés. L’Inde, dont deux navires battant son pavillon auraient également été visés selon New Delhi, a convoqué l’ambassadeur iranien en réponse. Les Gardiens de la Révolution iraniens ont été explicites : « Toute tentative d’approche du détroit d’Ormuz sera considérée comme une coopération avec l’ennemi et le navire contrevenant sera pris pour cible. »

Donald Trump a durci le ton sur ses réseaux sociaux. Accusant Téhéran de violer le cessez-le-feu entré en vigueur le 8 avril, il a affirmé que l’Iran avait tiré sur « un navire français et un cargo britannique » — des informations que ni Paris ni Londres n’ont confirmées à ce stade. Le président américain a aussi brandi de nouvelles menaces d’une violence rhétorique inédite : si l’Iran refuse l’accord proposé par Washington, « les États-Unis détruiront toutes les centrales électriques et tous les ponts en Iran. FINI DE JOUER LES GENTILS ! », a-t-il écrit sur Truth Social. Il avait déjà, début avril, évoqué l’éradication « d’une civilisation entière » en cas de non-réouverture du détroit. « Ils tomberont rapidement, ils tomberont facilement », a-t-il ajouté au sujet des infrastructures civiles iraniennes, affirmant que ce serait « un honneur » d’accomplir ce que ses prédécesseurs n’auraient pas fait en 47 ans.

Téhéran a répondu sur tous les fronts. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a qualifié le blocus naval américain de « non seulement une violation du cessez-le-feu, mais un acte illégal et criminel », estimant qu’« en infligeant délibérément une punition collective à la population iranienne, il équivaut à un crime de guerre et à un crime contre l’humanité ». Le président iranien Massoud Pezeshkian a, de son côté, rejeté les prétentions américaines sur le dossier nucléaire : « Trump affirme que l’Iran ne peut pas exercer ses droits nucléaires, mais il n’en précise pas la raison. Qui est-il pour priver un pays de ses droits ? » a-t-il lancé, cité par Reuters, ajoutant que son pays « n’a déclenché aucun conflit et n’a attaqué aucun pays ».

Malgré ce contexte explosif, la voie diplomatique n’est pas officiellement fermée. Donald Trump a annoncé dimanche l’envoi d’une délégation à Islamabad dès lundi. Selon la Maison Blanche, c’est finalement le vice-président J.D. Vance qui dirigera cette délégation, accompagné des émissaires Steve Witkoff et Jared Kushner — Trump ayant d’abord affirmé, avant de se rétracter, que Vance n’effectuerait pas ce déplacement pour des raisons de sécurité. Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, s’est entretenu dimanche par téléphone avec son homologue pakistanais Ishaq Dar pour évoquer « les derniers développements régionaux et internationaux », sans que Téhéran ne confirme officiellement sa participation à ces nouveaux pourparlers.

Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, qui avait conduit la délégation iranienne lors du premier cycle de négociations les 11 et 12 avril — lequel s’était soldé par un échec —, a livré samedi une évaluation nuancée : « Nous avons fait des progrès dans les négociations, mais il subsiste de nombreuses divergences et certains points fondamentaux restent en suspens. » Il a aussi posé une condition politique claire : « Les États-Unis doivent prendre la décision de gagner la confiance du peuple iranien » et « renoncer à l’unilatéralisme et à l’esprit d’imposition dans leur approche du dialogue. »

Dans ce contexte de crispation maximale, les conséquences économiques mondiales se font déjà sentir. Depuis les premières frappes israélo-américaines sur l’Iran fin février, les marchés ont été sévèrement perturbés par la contraction des approvisionnements pétroliers mondiaux. Le directeur de l’Agence internationale de l’énergie a averti que les pays européens pourraient se retrouver à court de kérosène d’ici quelques semaines.

Lyes Saïdi

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *