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L’Algérie s’est hissée au « rang des grandes puissances morales »

La visite du pape Léon XIV en Algérie, les 12 et 13 avril derniers, a suscité bien plus qu’un simple émoi diplomatique. Analystes et spécialistes du dialogue interreligieux, réunis sur les ondes de la Radio nationale, ont été unanimes : en accueillant le Souverain pontife, le président Abdelmadjid Tebboune a hissé l’Algérie au rang des grandes puissances morales du monde contemporain, inscrivant son pays dans «la plus grande dimension du dialogue interreligieux pour la paix universelle». L’émission, consacrée à décrypter l’ampleur et les retombées de cet événement inédit — aucun pape ne s’était jamais rendu en Algérie —, a réuni des voix expertes dont les analyses ont convergé vers un constat partagé : la visite a transcendé le cadre protocolaire pour devenir un signal fort adressé à la communauté internationale tout entière. Car c’est dans un monde traversé par des tensions géopolitiques exacerbées, des conflits ouverts et une défiance croissante entre les peuples que s’est jouée cette séquence algérienne, lui conférant une résonance d’autant plus puissante. Le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chemseddine Hafiz, a été l’un des premiers à mesurer la portée symbolique de l’événement. Selon lui, «des leçons ont été données par l’Algérie en termes de symbolique, en termes de messages, même des messages subliminaux». Mais il est allé plus loin, appelant à capitaliser sur ce moment rare : «En Algérie, on pourrait porter les messages de ces deux dates du 12 et 13 avril pour que le monde puisse développer une vraie stratégie du dialogue interreligieux, à la fois sur le plan diplomatique et géopolitique, et montrer que l’Algérie est le fer de lance d’une nouvelle dynamique internationale et une alternative qui serait bien perçue, puisque le Pape lui-même s’inscrit dans cette dynamique.» M. Hafiz a également tenu à rappeler la double nature du pontificat, à la fois religieuse et politique, pour mieux souligner le poids du message délivré depuis Alger. «Le Pape a une double dimension, à la fois politique, mais en même temps religieuse. Donc, quand il s’adresse au peuple algérien, il s’adresse aussi aux peuples du monde. C’est important de rappeler qu’aujourd’hui, cela se passe au moment où les relations internationales sont difficiles», a-t-il observé, avant de formuler une interrogation qui résume à elle seule l’enjeu civilisationnel du moment : «Le message du Pape Léon XIV en Algérie est à la fois important pour le concert des Nations, mais en même temps pour notre avenir. Que voulons-nous sur cette planète qui est la nôtre à tous ? Comment allons-nous vivre dans les années à venir ?»

L’expert en relations internationales Badis Khenissa a, pour sa part, insisté sur la dimension stratégique de l’événement, refusant de le réduire à une simple séquence diplomatique. «Au-delà d’une séquence diplomatique, c’est une séquence historique qu’il faut effectivement capitaliser. Le choix de l’Algérie comme premier lieu de ce périple en Afrique n’est pas anodin», a-t-il affirmé, avant de décrire ce que représente l’Algérie sur l’échiquier mondial : «Un État comme l’Algérie, une grande civilisation, offre une force, une force positive, une force politique, une force citoyenne, une force géopolitique au service de l’humain.» M. Khenissa a également convoqué la mémoire pour éclairer le présent. La visite du pape sur les terres qui ont vu naître et évoluer saint Augustin, ainsi que l’œuvre humaniste de l’Émir Abdelkader — «deux figures qui ont transcendé le dialogue universel et interreligieux» — constituent, selon lui, autant de racines profondes qui donnent à cet événement son épaisseur historique. Et de conclure que ce moment «affirme que l’Algérie, pays de positions franches, louables, vertueuses, mais surtout sage et raisonnée, a démontré au monde entier qu’il s’agit d’une consécration, c’est une reconnaissance, notamment d’un État religieux, d’un État moral qui est le Vatican, mais aussi de la planète pour dire que l’on peut en faire un tremplin pour apporter un apaisement, une certaine sérénité dans un monde en trouble».

L’émission s’est également penchée sur la couverture médiatique mondiale de l’événement, saluant au passage le professionnalisme des rédactions des quatre coins du globe. Un contraste saisissant avec le traitement réservé à la visite par certains médias français, que les participants ont qualifié d’«hystérique», animé par «une haine viscérale». «On a vu quelques arguments sur des plateaux-télé où on frôle le ridicule, on frôle vraiment la psychiatrie», ont-ils relevé, y voyant «le fruit d’une vision archaïque» face à une Algérie qui, elle, «rayonne à travers ses actions et à travers ce type de jalon diplomatique, n’en déplaise à ces mauvaises langues, n’en déplaise à cette toxicité, notamment répandue en France».

Une conclusion s’est imposée d’elle-même au terme de ces échanges : «L’Algérie, debout par la force de ses institutions, de l’unité de son peuple, de la vision de son Président, de sa valeureuse armée, sa colonne vertébrale, écrit son histoire et construit son avenir» — un avenir national, certes, mais aussi «collectif avec les puissances amies».

Hocine Fadheli

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