Le nouveau ministre de l’Hydraulique fixe le cap : Bouzegza met la pression
Dès sa première réunion à la tête du secteur, Lounès Bouzegza a affiché la couleur : l’approvisionnement régulier en eau potable des Algériens n’est pas négociable, et les dysfonctionnements qui persistent dans certaines régions du pays doivent être corrigés sans délai.
Nommé jeudi à la tête du secteur de l’Hydraulique affiche déjà la couleur. Convoquant dimanche l’ensemble des cadres centraux du ministère et les directeurs généraux des établissements sous tutelle — en présence du secrétaire général de la Fédération du secteur de l’hydraulique —, le nouveau ministre a transformé cette réunion de prise de contact en véritable feuille de route opérationnelle. Le ton est donné. Loin du discours d’installation purement protocolaire, M. Bouzegza a choisi d’entrer dans le vif du sujet, en commençant par rappeler ce qui constitue, à ses yeux, la boussole de l’action ministérielle : «intensifier les efforts et travailler dans un esprit d’équipe afin de prendre en charge au mieux les préoccupations des citoyens, notamment en ce qui concerne la garantie et la continuité de l’approvisionnement en eau potable à travers le pays», selon les termes du communiqué du ministère. Une formulation volontariste qui sonne comme un avertissement autant que comme une ambition. La première urgence identifiée est calendaire. Le ministre a ordonné l’élaboration d’un «plan d’action d’urgence en prévision de l’Aïd El-Adha et de la saison estivale», deux périodes de forte consommation qui, chaque année, mettent à rude épreuve les réseaux de distribution et alimentent les doléances des citoyens. Garantir «une distribution régulière et stable de l’eau» durant ces pics de demande constitue, à l’évidence, le premier test grandeur nature du nouveau locataire du ministère.
Mais l’ambition ne s’arrête pas à la gestion conjoncturelle. M. Bouzegza a également exigé la réalisation d’un «diagnostic précis de la situation du secteur afin de remédier aux dysfonctionnements enregistrés dans certaines régions». Cet état des lieux, dont les résultats conditionneront les arbitrages à venir, constitue le préalable à toute réforme structurelle sérieuse. Le ministre sait qu’il hérite d’un secteur sous pression : vieillissement de certaines infrastructures, fuites chroniques dans les réseaux, raccordements illicites qui grèvent les capacités de distribution, et inégalités territoriales dans l’accès à l’eau demeurent des points noirs tenaces.
Sur le plan de la gestion des ressources, le ministre a insisté sur la nécessité d’«optimiser l’exploitation des infrastructures et des moyens disponibles» et d’«adopter une gestion rationnelle des ressources hydriques, issues de sources traditionnelles et non conventionnelles». Une allusion à peine voilée aux capacités de dessalement, dont l’Algérie a considérablement développé le parc ces dernières années, et qui représentent désormais un pilier incontournable de la politique hydraulique nationale. À cela s’ajoute un volet comportemental : la «rationalisation de la consommation» et la «lutte contre les fuites et les raccordements illicites», deux chantiers qui supposent autant une action technique qu’un effort de sensibilisation auprès des usagers. C’est précisément sur ce terrain de la communication que le ministre a également tenu à marquer sa différence. Il a appelé à «renforcer la communication avec les citoyens et à garantir leur droit à l’information, notamment en cas de coupures ou de pannes». Pour porter cette ambition, M. Bouzegza a aussi pris soin de valoriser ses équipes, appelant à «élever le niveau d’initiative pour trouver des solutions immédiates» et à reconnaître «les efforts des cadres et des travailleurs». Un signal managérial non négligeable dans un secteur où le sentiment de sous-valorisation est souvent cité parmi les freins à la performance. En clôture de réunion, le ministre a tenu à «réaffirmer son engagement à assurer un suivi de terrain permanent, dans le but d’améliorer la qualité du service public de l’eau et de répondre aux attentes des citoyens». C’est à l’aune de cet engagement concret que Lounès Bouzegza sera jugé, par ses administrés comme par ses pairs.
Chokri Hafed

