Projet phosphate intégré : Djellaoui serre les boulons sur les chantiers d’infrastructures
Le ministre des Travaux publics et des Infrastructures de base, Abdelkader Djellaoui, a tenu lundi soir deux séances de travail successives au siège de son ministère, consacrées au suivi du chantier d’extension du port d’Annaba et des projets ferroviaires en cours. Les réunions font suite aux instructions données par le président Abdelmadjid Tebboune lors du Conseil des ministres de dimanche, qui avait fixé une échéance nette et non négociable : les premières exportations de phosphate algérien depuis le port d’Annaba devront intervenir « au plus tard en mars 2027 ». La première séance a réuni les cadres centraux du ministère, le directeur général de l’Agence nationale de réalisation des infrastructures portuaires (ANRIP) et le groupement d’entreprises nationales et chinoises chargé du quai minéralier, pièce maîtresse de l’extension du port phosphatier d’Annaba. Djellaoui y a été direct : il faut « respecter les délais de réalisation afin de livrer le projet du quai minéralier du Port d’Annaba et d’assurer son entrée en exploitation dans les délais fixés par Monsieur le président de la République », indique le communiqué du ministère. Il a également évoqué le dossier du dragage, en demandant de préparer la création d’une société mixte algéro-chinoise dédiée aux travaux de dragage des ports nationaux, afin d’augmenter la profondeur des quais et des bassins. Un partenariat technique à vocation pérenne, et pas seulement un contrat de chantier. La deuxième séance a porté sur les projets ferroviaires, avec la présence du directeur général de l’Agence nationale des études et du suivi de la réalisation des investissements ferroviaires (ANESRIF). Deux lignes étaient au centre des discussions : la ligne minière Est Annaba-Bled El Hadba, dans la wilaya de Tébessa, et le futur axe Nord-Sud Alger-Tamanrasset. Sur la ligne minière, le ministre a insisté sur la nécessité de « mobiliser toutes les capacités nationales », de renforcer la coordination entre les entreprises intervenantes et d’intensifier le rythme sur l’ensemble des tronçons. Sur le projet Nord-Sud, il a demandé la mise en place d’une « méthodologie de travail » claire pour ce chantier qui traverse Alger, Laghouat, Ghardaïa, El Meniaa, In Salah et Tamanrasset, en levant « les entraves éventuelles sur le terrain », selon le communiqué.
Ces deux réunions s’inscrivent dans un calendrier industriel serré que Tebboune a lui-même cadré. Dimanche, en Conseil des ministres, le chef de l’État a rappelé l’objectif central de sa feuille de route dans le secteur minier : faire des mines « un secteur dynamique générateur de richesses d’une part, et un moteur de rupture avec la dépendance aux hydrocarbures d’autre part ». Le phosphate de Bled El-Hadba est au cœur de cette ambition. Le gisement affiche des réserves estimées à 840 millions de tonnes — près de quatre-vingts ans d’exploitation — avec une production annuelle projetée à 10,5 millions de tonnes de phosphate brut et 6 millions de tonnes d’engrais. Le projet est porté conjointement par Sonarem pour l’extraction et Sonatrach pour la transformation chimique, avec l’objectif de couvrir toute la chaîne, de la roche extraite à Tébessa aux engrais exportés depuis Annaba, en passant par Oued Keberit.
Tebboune a également ordonné « le lancement immédiat des travaux de construction des unités de traitement du minerai brut à la mine de Bled El-Hadba, parallèlement à son exploitation », ainsi que « la construction sans délai de dépôts d’urée et d’ammoniac conformes aux normes techniques internationales ». Ces deux matières aux contraintes de stockage spécifiques nécessitent des infrastructures que le pays ne possède pas encore à l’échelle industrielle visée. La boucle logistique repose donc entièrement sur trois éléments interdépendants : la mine, la ligne ferroviaire et le quai d’Annaba.
Sabrina Aziouez

