La recherche scientifique s’ouvre au marché financier : CRAPC Expertise lève 62,4 millions de dinars en Bourse
La Bourse d’Alger franchit un nouveau cap dans son ambition de diversification. La Commission d’organisation et de surveillance des opérations de Bourse (COSOB) a accordé son visa à l’opération d’augmentation de capital de l’EPE CRAPC Expertise SPA, filiale du Centre de recherche scientifique et technique en analyses physico-chimiques. Une levée de fonds de 62,4 millions de dinars, modeste en volume mais significative dans sa symbolique : pour la première fois, une émanation directe du monde universitaire algérien frappe à la porte du marché financier. L’opération, formellement validée lors de la réunion de la COSOB du 15 avril 2026, porte sur l’émission de 39 000 actions nouvelles au prix unitaire de 1 600 dinars, représentant une augmentation de capital de 15 %. Selon le communiqué de l’autorité de régulation, « ces titres seront admis au compartiment croissance du marché des titres de capital de la Bourse d’Alger », un segment précisément conçu pour accueillir des entreprises en phase d’expansion. Les actions, à date de jouissance fixée au 1er janvier 2026, sont dématérialisées, inscrites en comptes auprès des teneurs de comptes-conservateurs, avec une souscription minimale de 100 titres par investisseur. La particularité de cette émission réside dans sa structure de souscription. Dans un premier temps, « l’intégralité des actions offertes est exclusivement réservée aux filiales économiques et aux établissements relevant du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique », précise le communiqué, avant que leur négociation sur le marché secondaire ne soit ouverte à toutes les catégories d’investisseurs. Un montage qui traduit une volonté de maintenir, du moins initialement, l’ancrage institutionnel de la société tout en l’exposant progressivement aux dynamiques du marché.
Fondée en 2013 avec un capital social de 26 millions de dinars réparti en 260 000 actions, CRAPC Expertise opère dans les analyses physico-chimiques, l’expertise industrielle, la formation pratique et la commercialisation de produits chimiques. C’est précisément sur ce dernier segment que porte l’ambition stratégique de la levée de fonds : consolider sa position dans la fourniture de produits chimiques destinés aux processus industriels et, à moyen terme, lancer une unité de production locale pour réduire la dépendance aux importations — un objectif qui résonne avec les priorités nationales de substitution aux importations.
Ce visa est le second délivré par la COSOB lors de sa séance du 15 avril, après celui accordé à la société Ayrade SPA pour une opération similaire. Deux validations en une seule séance : le signal est celui d’un marché boursier qui cherche activement à élargir son assiette d’émetteurs, au-delà des secteurs traditionnels. L’entrée d’une entité issue de la recherche publique dans le circuit de l’épargne populaire constitue, à cet égard, un précédent dont la portée dépasse le seul montant de l’opération.
S. A.

