Agriculture : Cinq mesures pour endiguer la flambée des prix de la tomate
Quand la tomate flambe sur les étals, c’est rarement un hasard. C’est le symptôme d’une filière mal organisée, sous-financée, exposée aux aléas climatiques sans filet — et depuis trop longtemps livrée à elle-même entre deux crises. C’est ce constat, brut et sans détour, qui a réuni lundi à Alger les ministres de l’Agriculture et du Commerce intérieur, des producteurs de 31 wilayas, des transformateurs et le président de la Chambre nationale d’agriculture, pour une rencontre nationale consacrée exclusivement à la filière tomate.
Le message des deux ministres était le même : il faut reconstruire la filière sur des bases solides. Yacine El-Mahdi Oualid a reconnu qu’elle a connu « une dynamique positive » ces dernières années — l’Algérie a effectivement cessé d’importer de la tomate industrielle, ce qui n’est pas rien. Mais Amel Abdellatif a mis le doigt sur le nœud du problème : les mécanismes de distribution restent défaillants, les pratiques illégales rongent la stabilité du marché, et la coordination entre producteurs, transformateurs et distributeurs est encore trop lacunaire pour garantir que le produit arrive régulièrement et à prix raisonnable chez le consommateur. Les professionnels, eux, ont vidé leur sac. Foncier agricole accaparé ou inaccessible, eau d’irrigation insuffisante, financement bancaire inadapté, assurance quasi inexistante, pénurie de main-d’œuvre, coût des intrants importés, impact des changements climatiques sur les rendements : la liste est longue et connue depuis des années. Ce qui est nouveau, c’est que le gouvernement semble cette fois décidé à y répondre par des actes.
Le ministre Oualid a annoncé cinq mesures concrètes en cours de préparation. La première : un décret exécutif pour simplifier l’obtention de la carte d’agriculteur et encourager la structuration des professionnels en coopératives — parce qu’un agriculteur isolé ne pèse rien face aux intermédiaires, mais qu’une coopérative peut négocier, stocker, livrer. La deuxième : des initiatives pour la production locale de semences hybrides, afin de couper le cordon ombilical avec les fournisseurs étrangers dont la dépendance pèse directement sur les coûts de production. La troisième : le développement de mécanismes de financement et d’assurance adaptés aux spécificités agricoles — autrement dit, des produits financiers qui tiennent compte des cycles naturels et des risques climatiques, pas des produits bancaires conçus pour l’industrie. La quatrième : la création de zones industrielles dédiées à la transformation des produits agricoles dans plusieurs wilayas, pour éviter que la surproduction saisonnière ne finisse à la benne faute d’unités de conditionnement. La cinquième, transversale : renforcer la coordination entre tous les maillons de la chaîne, du champ au marché, pour que la fluidité de la distribution ne dépende plus du bon vouloir des intermédiaires.
Selon le communiqué conjoint des deux ministères, « cette rencontre s’inscrit dans une approche participative entre les secteurs concernés, visant à renforcer la sécurité alimentaire nationale et à assurer la stabilité du marché. » La filière tomate n’est pas anecdotique. C’est un baromètre social : quand son prix s’emballe, c’est l’ensemble du panier de la ménagère qui vacille.
Chokri Hafed

