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Terrorisme, cybercriminalité, menaces hybrides : Immuniser les infrastructures, une priorité !

Le Général d’armée Chanegriha a présidé mardi à Alger un séminaire national consacré à la protection des infrastructures stratégiques du pays. Un rendez-vous de haut niveau qui sonne comme un avertissement : dans un environnement sécuritaire en pleine mutation, la vulnérabilité d’une nation se mesure désormais à la robustesse de ses artères vitales.

C’est au Cercle national de l’Armée, à Beni-Messous, dans la périphérie ouest d’Alger, que le Général d’armée Saïd Chanegriha, ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale et chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), a réuni mardi  ce que notre pays compte de plus décisif en matière de sécurité, de défense et d’expertise stratégique. Le thème retenu pour cette journée de réflexion collective résume à lui seul l’ampleur du défi : « La protection des installations vitales du pays face aux nouvelles menaces : réalité et perspectives d’amélioration. » Derrière l’intitulé académique, c’est une urgence opérationnelle que l’état-major a choisi d’affronter à visage découvert.

Autour de la table figuraient le secrétaire général de la Présidence de la République, plusieurs membres du gouvernement, le conseiller du président de la République chargé des Affaires de sécurité et de défense, le général de corps d’armée commandant les Forces terrestres, les commandants de forces et de la Garde républicaine, le commandant de la Gendarmerie nationale, le commandant de la 1ère Région militaire, ainsi que des directeurs centraux du ministère de la Défense nationale, des chefs de départements, des cadres supérieurs et des professeurs universitaires. Une configuration rare, qui dit à elle seule le caractère transversal — et désormais impératif — de la question posée.

Des artères de vie, pas de simples actifs économiques

Prenant la parole pour ouvrir les travaux, le général d’armée Chanegriha a posé d’emblée le cadre conceptuel avec une clarté sans ambiguïté. « Les installations vitales ne se limitent plus à de simples actifs économiques, a-t-il affirmé. Dans la mesure où leur rôle s’est consolidé pour constituer de véritables artères de vie, irriguant le corps de l’État moderne en sécurité et stabilité, impulsant les dynamiques d’intégration du développement et contribuant à la promotion de la sécurité nationale dans toutes ses dimensions. » La métaphore est forte, et elle est assumée. En comparant les infrastructures stratégiques aux artères d’un corps vivant, le chef d’état-major de l’ANP signifie que toute atteinte à ces structures n’est pas une simple perturbation économique ou technique — c’est une blessure infligée à l’État lui-même dans sa capacité à fonctionner, à protéger ses citoyens et à exercer sa souveraineté. Dès lors, la conclusion logique s’impose : « La protection des installations vitales et des infrastructures s’impose comme un choix stratégique et rationnel, constituant une composante essentielle du dispositif de défense nationale et se plaçant au cœur de la sécurité globale », a-t-il ajouté, levant tout doute sur l’importance que l’institution militaire accorde désormais à ce dossier.

L’ANP en première ligne

Le général d’armée Chanegriha a tenu à préciser le rôle central que joue l’ANP dans ce dispositif, tout en soulignant que cette mission s’inscrit dans un cadre d’orientation présidentielle assumé. « L’ANP, à la lumière des orientations de Monsieur le Président de la République, Chef Suprême des Forces armées, ministre de la Défense nationale, joue un rôle fondamental et central, contribuant à travers ses unités opérationnelles et son appareil sécuritaire à la sécurisation des installations stratégiques par la mise en œuvre de plans de protection et d’intervention, afin de faire face à diverses menaces, qu’elles soient terroristes, de sabotage, cybernétiques ou relevant de ce que l’on appelle aujourd’hui les menaces hybrides », a-t-il souligné. Cette énumération mérite qu’on s’y arrête. Elle révèle une cartographie des risques qui a considérablement évolué par rapport aux paradigmes sécuritaires traditionnels. Si la menace terroriste reste une réalité que l’Algérie connaît mieux que quiconque, la mention explicite des cyberattaques et des menaces hybrides — ces formes de déstabilisation qui combinent manipulation de l’information, actions clandestines et pressions économiques — témoigne d’une lecture lucide et actualisée d’un environnement géopolitique en pleine recomposition.

La doctrine que le général d’armée Chanegriha a exposée devant l’assistance repose sur une philosophie claire, articulée autour d’un principe fondamental : ne pas attendre d’être frappé pour agir. L’ANP veille, a-t-il précisé, à « l’actualisation et au développement permanent des plans d’intervention des équipes d’intervention et de leur formation, ainsi que des méthodes de planification et de coordination entre les différents secteurs, et ce, dans le cadre d’une approche globale fondée sur l’anticipation plutôt que la réaction, la prévention plutôt que le traitement, tout en consolidant la complémentarité entre le facteur humain et les technologies modernes ». À la suite de l’allocution du chef d’état-major, le séminaire a donné lieu à plusieurs conférences et présentations animées par des experts et professeurs universitaires. Les thèmes abordés ont couvert un spectre large et cohérent : le fondement stratégique et conceptuel de la protection des installations sensibles, la responsabilité des acteurs et les mécanismes de coordination, l’évolution des menaces contre les infrastructures sensibles, le dispositif de protection entre technologie et facteur humain, et enfin — question centrale entre toutes — « le lien entre infrastructures sensibles et défense nationale : quelles orientations stratégiques pour une protection souveraine face aux menaces du futur ». Les interventions ont été suivies de débats nourris. Experts civils et cadres militaires ont confronté leurs analyses, proposé des visions complémentaires et formulé des recommandations destinées à enrichir un dispositif qui, de l’aveu même de ses concepteurs, doit sans cesse s’adapter à une menace qui, elle, n’attend pas.

Ce séminaire national n’est pas un exercice de style. Il s’inscrit dans une dynamique plus large de modernisation et de professionnalisation de la défense nationale, dans un contexte régional marqué par l’instabilité régionale et mondiale. Protéger les installations vitales, c’est, en définitive, protéger la capacité de l’État à tenir debout face aux tempêtes qui s’annoncent. Ce message-là, le général d’armée Chanegriha l’a délivré sans détour.

Salim Amokrane

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