Culture

Première édition des Rencontres afro-méditerranéennes de la pensée : Une «relecture contemporaine et critique» de l’héritage augustinien

Né à Souk Ahras, mort à Annaba — l’Algérie s’apprête à célébrer saint Augustin. Du 28 au 30 avril, Alger et Tipaza accueilleront la première édition des Rencontres afro-méditerranéennes de la pensée, une manifestation intellectuelle annuelle placée sous le patronage du Président Abdelmadjid Tebboune et organisée par le ministère de la Culture et des Arts. La cérémonie d’ouverture aura lieu le 28 avril au site archéologique du Mausolée royal de Maurétanie, à Tipaza. Entre les pierres romaines et la mer, difficile de trouver décor plus explicite pour une rencontre sur les croisements de civilisations. Les travaux reprennent les 29 et 30 avril au Centre international de conférences Abdelatif-Rahal d’Alger, avec des sessions réunissant penseurs et universitaires d’Afrique et d’Europe, ainsi que des chercheurs algériens. L’ambition affichée dépasse le colloque académique ordinaire. Le ministère de la Culture présente ces rencontres comme un levier pour «consacrer la place de l’Algérie en tant que trait d’union naturel et civilisationnel entre le continent africain et l’espace méditerranéen, dans un contexte où le dialogue culturel s’impose comme une nécessité face au repli identitaire et aux défis contemporains». Le message est lisible : dans un monde où les identités se ferment, Alger joue la carte de l’ouverture — avec Augustin comme figure de proue.

C’est bien autour du philosophe-évêque que tout s’organise. Né vers 354 à Thagaste — l’actuelle Souk Ahras —, mort en 430 à Hippone, l’actuelle Annaba, alors que les Vandales assiégeaient la cité, Augustin est une figure que l’Algérie a longtemps laissé aux seuls théologiens catholiques. Ces rencontres proposent une autre lecture : celle d’«une figure africaine façonnée par la Méditerranée, devenue une référence majeure de la pensée universelle et un pont entre les valeurs locales et universelles», selon le communiqué du ministère. L’objectif est explicite : réintégrer Augustin dans une généalogie intellectuelle algérienne et africaine, sans effacer sa dimension universelle.

Les organisateurs annoncent une «relecture contemporaine et critique» de l’héritage augustinien, articulée notamment autour de ce qu’ils nomment la «triple appartenance» du philosophe — algérienne, africaine, méditerranéenne — et de l’influence de son milieu culturel sur sa pensée. Ce cadrage n’est pas neutre. Remettre Augustin dans son terreau berbère, c’est contester la lecture exclusivement occidentale et chrétienne de l’auteur des Confessions. Une relecture qui se pose autant comme exercice intellectuel que comme geste politique. La liste des participants — délégations officielles, personnalités diplomatiques, élite académique des deux rives — laisse encore une place importante au protocole. Mais choisir Tipaza comme point de départ, ce site que Camus aimait pour sa lumière et ses ruines romaines, pour y poser la question de l’héritage augustinien, il y a là quelque chose qui tient.

Mohand S.

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